
Pêche durable : la Côte d’Ivoire et l’UE signent un nouveau protocole de partenariat 2025-2029
La République de Côte d’Ivoire et l’Union européenne ont signé un nouveau protocole d’accord dans le cadre de leur partenariat pour une pêche durable. Ce protocole, valable pour la période 2025-2029, remplace celui arrivé à échéance le 31 juillet 2024, et vise à renforcer la coopération entre les deux parties dans un esprit de durabilité, d’équité et de bénéfices mutuels.
Signé le 6 juin dernier à Bruxelles, ce nouveau protocole s’inscrit dans la continuité de l’Accord de Partenariat pour une Pêche Durable (APPD) mis en place en 2008, qui a progressivement remplacé les anciens accords de simple accès aux ressources par des partenariats intégrant des objectifs de gouvernance, de lutte contre la pêche illicite, et de soutien au développement du secteur halieutique local.
Un partenariat historique renforcéLes relations de pêche entre la Côte d’Ivoire et l’Europe remontent à 1990. Le premier accord, essentiellement commercial, permettait aux flottes européennes d’accéder aux ressources ivoiriennes contre des compensations financières. Depuis, la coopération a évolué vers un modèle plus équilibré et respectueux des principes de durabilité environnementale et socio-économique.
Le précédent protocole (2018-2024) permettait l’accès à 28 thoniers senneurs congélateurs et 8 palangriers de surface pour un montant annuel de 682 000 euros. Le nouveau protocole 2025-2029 renforce cet engagement avec 32 navires européens autorisés (25 thoniers senneurs et 7 palangriers), tout en maintenant une stricte réglementation :
La pêche reste limitée au thon et s’effectue au-delà de 12 milles marins des côtes, une zone non exploitée par la pêche artisanale ivoirienne, afin d’éviter toute concurrence locale.
L’enveloppe financière convenue dans le cadre du nouveau protocole s’élève à 740 000 euros par an, soit 2,96 millions d’euros sur quatre ans, marquant une hausse de 8,5 % par rapport à l’accord précédent. Cette somme se décompose en :305 000 euros/an pour l’accès à la ressource,435 000 euros/an en appui au développement du secteur de la pêche en Côte d’Ivoire.
Par ailleurs, les armateurs européens verront leurs contributions revalorisées. Par exemple, les thoniers senneurs paieront jusqu’à 12 750 euros par an à partir de la troisième année, contre 8 890 euros auparavant, soit une hausse de 43 %.
Impacts positifs pour l’économie localeCe protocole présente plusieurs retombées stratégiques majeures pour la Côte d’Ivoire :
Dynamisation du Port autonome d’Abidjan, deuxième port thonier mondial après le Japon, grâce à l’augmentation du trafic maritime lié à la pêche industrielle.
Approvisionnement régulier des conserveries locales et des marchés ivoiriens en thon, un poisson très prisé par les ménages à faible revenu.
Création d’emplois : les activités générées par ce partenariat soutiennent plus de 28 000 emplois directs et indirects dans le secteur de la pêche et les services associés.
Renforcement de la lutte contre la pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée), développement de l’aquaculture et promotion de la pêche artisanale locale.Une coopération sans impact négatif sur la pêche artisanale.
Contrairement à d’autres pays africains dont les accords avec l’UE concernent plusieurs espèces halieutiques, celui de la Côte d’Ivoire demeure exclusivement tourné vers la pêche thonière en haute mer, sans empiéter sur les zones exploitées par les pêcheurs artisanaux. Ce positionnement protège la ressource locale tout en garantissant un partenariat stable avec l’Europe.
Engagée dans une politique ambitieuse de souveraineté alimentaire, la Côte d’Ivoire entend capitaliser sur ce partenariat tout en développant sa propre flotte thonière. À cet effet, le gouvernement a adopté, le 19 janvier 2022, la Politique Nationale de Développement de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture (PONADEPA), assortie d’une Stratégie nationale de gestion des pêches (SNGP). Celle-ci encourage le secteur privé à investir dans le développement d’une industrie thonière nationale forte et compétitive.-
Ce nouveau protocole avec l’Union européenne renforce les bases d’une pêche durable, responsable et économiquement bénéfique pour la Côte d’Ivoire, tout en offrant à l’Europe un accès régulé à une ressource halieutique précieuse. Il s’agit d’un exemple de coopération Sud-Nord gagnant-gagnant, au service de la sécurité alimentaire et du développement industriel ivoirien.
HILAIRE GUEBY






