
Vives contestations des décisions du Conseil constitutionnel: Gbagbo et Thiam préparent-ils un CNT bis en Côte d’Ivoire?
Lemandatexpress – Après l’invalidation de leurs candidatures à la présidentielle 2025 par le Conseil constitutionnel, les leaders de l’opposition, avec à leur tête, Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ne décolèrent pas, faisant planer le spectre d’une mobilisation de rue qui n’est pas sans rappeler le Conseil national de transition (CNT) de 2020 en Côte d’Ivoire.
Entre déclarations explosives et alerte envoyée à ses différentes structures au plan national, le PPA-CI, par l’entremise de son chef de file, a pris langue, cette semaine, avec plusieurs candidats recalés dont Pascal Affi N’guessan, Vincent Toh Bi Irié, Assalé Tiémoko.
Adepte d’une ligne dure de contestation politique, le Parti des Peuples africains-Côte d’Ivoire poursuit ainsi sa logique jusqu’au-boutiste, dans ce processus électoral, après l’invalidation de la candidature de Laurent Gbagbo. En effet, à la lumière du communiqué consécutif à la réunion d’urgence du Secrétariat général tenue le 10 septembre, se dégage la préparation de ce parti à des mouvements de masse!
« La Direction du PPA-Cl demande à l’ensemble de ses structures que sont les fédérations, les structures spécialisées et d’activités de se tenir mobilisées et prêtes pour les autres manifestations démocratiques qui suivront, à l’initiative du Parti et dans le cadre du Front commun », peut-on lire.
“S’opposer de toutes ses forces “
Le communiqué réaffirme, en outre, la détermination du Parti « à s’opposer de toutes ses forces » au « 4eme mandat anticonstitutionnel » du président Alassane Ouattara « et à dénoncer l’exclusion de son candidat, le président Laurent Gbagbo, en utilisant toutes les armes que la Constitution et les lois de la République lui donnent ».
Cet avertissement fait écho à celui du PDCI-RDA dont le président, Tidjane Thiam, est également frappé de plein fouet par l’arrêt du Conseil constitutionnel prononcé le 08 septembre dernier.
Face à la presse, jeudi, Akossi Bendjo a durci le ton. « Dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, il ne peut pas y avoir une élection sans le PDCI. Ce n’est même pas la peine de croire que ça va se passer », a-t-il martelé ajoutant que « Nous irons et avec Tidjane Thiam ». Formel, le Coordonnateur du PDCI prévient par ailleurs : « Ils ont créé les conditions pour ça, mais il n’y aura pas de boycott. Ils nous auront en face. On va s’affronter. »
En clair, que ce soit du côté du PPA-CI ou du PDCI-RDA, il y a un remise en cause manifeste des décisions du Conseil constitutionnel et donc de la tenue de l’élection présidentielle. À demi-mot, les états-majors de ces deux formations de l’opposition appellent désormais leurs partisans à descendre dans la rue pour marquer leur refus.
Souvenir douloureux
En 2020, une initiative similaire avait conduit à des arrestations, à des mises sous contrôle judiciaire prolongées et à des mois de crispation politique. Pascal Affi N’Guessan, Maurice Kakou Guikahué et des dizaines d’opposants avaient vu leur liberté restreinte pour avoir contesté l’ordre institutionnel. L’épisode avait aussi coûté des vies.
Alors, même s’ils présentent leur démarche comme une défense de la démocratie et du pluralisme politique, les partisans du Front commun (PPA-CI et PDCI) savent que défier la plus haute juridiction peut se payer cher.
Dans un contexte marqué par le souvenir douloureux des violences électorales de 2010 et des affrontements de 2020, chaque mot d’ordre est scruté avec appréhension.
Des risques juridiques et politiques assumés ?
En Côte d’Ivoire, défier le Conseil constitutionnel revient à contester une institution dont les décisions sont réputées définitives. Une telle démarche pourrait exposer ses initiateurs à des poursuites pour troubles à l’ordre public ou incitation à l’insurrection. Politiquement, elle risque aussi d’aliéner une partie de l’opinion, lassée des confrontations et soucieuse de stabilité. Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam sont-ils prêts à l’assumer ? Dans une Côte d’Ivoire encore marquée par ses traumatismes électoraux, faut-il mettre en péril la paix sociale au nom de candidatures invalidées ?
Il est évident, qu’en l’état actuel des choses, plane le spectre de 2020 marqué par la création du Comité national de transition, un organe jugé illégal. Toutefois, le contexte n’est pas identique de l’avis de certains analystes pour diverses raisons. D’une part, le pouvoir en place insiste sur son engagement à organiser des élections « dans un climat apaisé », comme l’a rappelé récemment le président Alassane Ouattara. D’autre part, la société civile et la communauté internationale encouragent toutes les parties à privilégier le dialogue. La marge de manœuvre pour une contestation radicale pourrait donc être plus limitée qu’en 2020.
Par ailleurs, dans les quartiers populaires comme dans les cercles d’affaires, une même idée revient : personne ne veut replonger dans une spirale de violences. Cette lassitude pourrait freiner une mobilisation massive, malgré l’influence persistante de Gbagbo et la notoriété de Thiam.
L’armée en arbitre silencieux
Enfin, les forces de défense et de sécurité, placées sous l’autorité du gouvernement, ont déjà annoncé qu’elles prendront « toutes les dispositions » pour prévenir toute dérive. Si leur rôle demeure officiellement neutre, leur présence visible dans les grandes villes rappelle que la stabilité reste une priorité absolue pour l’État.
Malgré tout, l’invalidation des candidatures de Gbagbo, Thiam ou encore d’Affi N’guessan plonge le processus électoral dans l’incertitude. Le choix des leaders de l’opposition dans les jours à venir – mobilisation radicale ou dialogue – déterminera si la Côte d’Ivoire avance vers un scrutin apaisé ou replonge dans la confrontation. Un « CNT bis » est évitable, mais la tension est palpable, et chaque geste comptera dans la préservation d’une paix encore fragile.
M.Galé







