
Efficacité énergétique: Des solutions innovantes intelligentes
Le gouvernement s’engage à garantir l’accès à une énergie abordable, fiable, inclusive, durable et propre pour toute la population ivoirienne, à travers le Pacte national Energie pour la République de Côte d’Ivoire (PNERPCI), adopté en janvier 2025. Comment cet engagement se traduit-il ? Enquête.Le microcosme des entreprises du secteur énergétique en Côte d’Ivoire a enregistré ces dernières années, l’apparition de nouveaux opérateurs. Il s’agit essentiellement d’entreprises opérant dans le domaine de l’énergie solaire. Ce regain d’activisme s’explique à la fois par les enjeux et les opportunités majeures de lutte contre le changement climatique. Le site de ‘’go Africa online’’ enregistre 84 entreprises évoluant dans le domaine de l’efficacité énergétique. Ce chiffre est loin d’être exhaustif, car il y a des opérateurs dans l’informel. « Aujourd’hui, le secteur de l’énergie solaire est très porteur en Côte d’Ivoire. Il y a un nombre croissant de la clientèle au fil des jours », relève Jean Paul Ayewa, Directeur général d’une entreprise située à Cocody. Jean Marc Kassi, Directeur général d’une autre firme dans la capitale économique, abonde dans le même sens : « Nous avons sur la table beaucoup de devis de clients qui attendent d’être validés ». Stéphane Djaha, un autre responsable de société, explique que la vaste campagne de sensibilisation du gouvernement sur le changement climatique a poussé les Ivoiriens à être plus regardants sur la question énergétique. « La tendance clientèle est évolutive parce qu’aujourd’hui beaucoup de gens ont été sensibilisés à l’énergie renouvelable. L’augmentation du prix du kilowattheure de l’électricité a poussé beaucoup de gens à s’interroger. Les gens vont vers les entreprises qui proposent des solutions vertes dans l’optique de réduire leur consommation. Depuis 2024, nous sommes plus sollicités. Par moment, nous sommes obligés de décaler nos interventions », a-t-il déclaré.
De nouvelles entreprises dans le domaine de l’énergie solaire
Certes beaucoup d’entreprises offrant l’énergie solaire et d’autres solutions alternatives à l’électricité ont vu le jour, mais des experts estiment qu’elles ne sont pas toutes qualifiées. Ils pointent du doigt le manque « criant » de professionnalisme de certains acteurs. « D’experts en énergie solaire, je pense qu’il n’y a n’en pas beaucoup. Certains pensent qu’une formation en électricité peut leur permettre de faire du solaire, mais c’est faux. La maitrise de l’énergie solaire demande plus d’aptitudes », fait comprendre Jean Marc Kassi, le DG d’une entreprise, qui a fait ses études au Maroc. Poursuivant, il dira que beaucoup d’Ivoiriens sont déçus en raison du nombre élevé d’échec de projets solaires : « Les gens dépensent des millions pour rien. Chaque fois nous sommes sollicités pour rattraper des choses ». Les entreprises offrent des solutions innovantes intelligentes pour l’efficacité énergétique. Ce sont des systèmes qui favorisent l’optimisation des consommations, qui passent par la recherche de la moindre intensité énergétique (à service égal) et une « utilisation rationnelle de l’énergie ». Il y a un volet économie d’énergie qui cherche à réduire les gaspillages et les consommations inutiles. Une autre firme propose l’audit énergétique et les solutions d’énergies renouvelables. « L’audit énergétique consiste à faire une évaluation du niveau de consommation énergétique. Cela passe par le recueil des données (voir les équipements qui consomment le plus, faire une campagne de mesure diagnostic), l’analyse de celles-ci à partir de laquelle un rapport est produit. Après cette évaluation, on établit un plan d’action », explique Stéphane Djaha, l’un des responsables. L’énergie renouvelable est le solaire qui se décline à travers un système de panneaux solaires qui capte les rayons du soleil, les convertis en énergie stockée dans des onduleurs hydriques. Celle-ci sera utilisée en alternance avec le courant électrique, réduisant la consommation d’électricité. Toujours dans l’offre pour la réduction de la consommation d’énergie, des travaux techniques d’électricité permettent de remplacer des équipements vétustes ou défaillants, sources de grande consommation. A cela s’ajoutent les « data center » qui permettent de suivre la consommation d’énergie. « La data center permet aux ménages de faire un suivie de la consommation des équipements. De sorte que des aménagements peuvent être faits pour rectifier le tir », indique le directeur général. A titre illustratif, le responsable évoque les travaux de l’immeuble SOGEPHIA à Abidjan-Plateau. « Nous avons rénové la climatisation ; nous avons installé un parc solaire ; nous avons revu le vitrage pour bénéficier plus de rayons du soleil, et nous avons installé un système de contrôle de l’énergie », détaille Stéphane Djaha.
Des systèmes qui favorisent l’optimisation des consommations
Une autre solution qui met l’accent sur l’économie de l’électricité est celle du système régulateur de la tension électrique. « Notre système et basé sur l’utilisation à bon escient des pertes d’énergie. Pendant le transit du courant du compteur au DPN (la boîte à fusible), il y a des pertes d’énergie. Par ailleurs, les constructions vieilles de plus dix ans concèdent des pertes d’énergie en raison des équipements vétustes et défaillants », évoque François Kouassi, le responsable des opérations de l’entreprise. Qui ajoute : « Nous faisons en sorte que toutes les pertes d’énergie soient gérées de manière rationnelle pour que le consommateur paie moins ». Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’un système reconnu par l’Etat de Côte d’Ivoire qui ne s’apparente pas à une fraude sur l’électricité. « Nos installations interviennent en dehors de la niche, loin du compteur. Ce n’est pas de la fraude », martèle François Kouassi. Autre chose, l’entreprise forme les clients aux « éco-gestes », les gestes économiques. « Nous sensibilisons sur l’utilisation des appareils comme le climatiseur, les chauffe-eau etc. En général nous créons un groupe whatsapp, et nous suivons ensemble l’évolution des factures », affirme François Kouassi. Une autre firme située à Cocody offre également un système de dimensionnement de courant électrique. « Nous proposons un appareil importé qui permet de fluidifier le trop plein de courant pour réduire la consommation d’énergie et protéger les appareils contre le court-circuit ». L’offre de l’énergie solaire est de loin la plus abondante, avec des variations au niveau des équipements. « Nous avons un système solaire avec des ondulaires hybrides monophasés et triphasés, montés sur des batteries Lithium. Il s’agit d’équipement de haute densité énergétique dans un format léger et compact. Il permet de stocker une grande capacité d’énergie solaire », relève Jean Marc Kassi. Cette solution, fait-il remarquer, est une offre alléchante pour les entreprises dans les zones reculées où il n’y a pas l’électricité. Jean Paul Ayewa propose une solution solaire intelligente avec des ondulaires hybrides qui permettent de basculer automatiquement de l’énergie électrique à l’énergie solaire. « Nous faisons une analyse de la consommation en énergie à partir de laquelle nous définissons le nombre de panneaux solaires nécessaires. L’étude nous permet de savoir également combien le client consomme la journée et la nuit. Sur cette base, nous faisons le dimensionnement de sorte que, par exemple, la consommation bascule de l’énergie électrique au solaire la nuit », indique-t-il.
Entre 30 et 60% d’économie
Aux dires des promoteurs, l’efficacité des solutions ne fait l’ombre d’aucun doute : les bénéfices des offres sont évalués entre 30 et 60%. « Les travaux à l’immeuble SOGEPHIA ont permis de réaliser un gain de 30% sur les dépenses de l’électricité », révèle Stéphane Djaha. Il fait savoir que dans certains cas, la baisse de la facture est allée jusqu’à 60%. Jean Marc Kassi brandit des factures d’électricité qui sont passées de 100.000 francs CFA à 57000 francs. Autre exemple, celui d’une église qui dépensait plus de 300.000 francs cfa en électricité tous les deux (2) mois, qui a vu une baisse drastique de sa facture. Même son de cloche chez Jean Paul Ayewa, qui avance une économie d’environ 60 % sur la facture d’électricité après les travaux de dimensionnement. La firme située à Cocody présente seize attestations de bonne exécution de travaux fournies par divers clients, pour traduire leur satisfécit total. Entre autres structures, des Supermarchés et une longue liste de pharmacies. « Nous soussignés Société Pharmacie et Laboratoire …à Abidjan Plateau, en Côte d’Ivoire, attestons que l’entreprise… a exécuté pour le compte de notre Pharmacie et Laboratoire durant l’année 2023, les travaux suivants : économie d’énergie (économie sur les factures CIE d’électricité) ; protection électrique- stabilité. Les prestations contractuelles ont été exécutées avec succès. Nous pouvons confirmer que notre société est satisfaite des services réalisés par l’entreprise. En foi de quoi, nous délivrons cette attestation pour faire valoir ce que de droit », mentionne le document.

Le coût de l’investissement constitue un obstacle
Certes les solutions de l’efficacité énergétique sont bénéfiques économiquement et pour la sauvegarde de l’environnement, mais elles sont loin de recueillir l’adhésion. Le coût de l’investissement constitue un obstacle pour le citoyen lambda. « Lorsqu’on regarde le revenu du citoyen moyen, on peut dire que l’option du solaire est aujourd’hui un luxe », estime Jean Marc Kassi. Pour sa part, Jean Paul Ayewa rapporte que beaucoup de personnes manifestent leur intérêt pour l’option du solaire, mais après le dévoilement du devis, elles s’éclipsent. Le Directeur général fait remarquer qu’en général, les particuliers qui s’engagent sont des personnes contraintes, qui vivent dans des localités où elles n’ont pas accès à l’électricité. « Les gens prennent le solaire moins pour la sauvegarde de l’environnement que pour répondre à une exigence de survie. Soit parce qu’il y a une coupure intempestive de l’électricité dans la zone, soit parce qu’il n’y a pas l’électricité », précise-t-il. L’entreprise propose des coûts d’investissement dont le montant varie entre 3,5 millions et 19 millions francs CFA. « Pour une maison de 2 chambres plus 1 salon, avec un climatiseur un cheval, frigo et quelques lumières, ça peut vous coûter environ 3,5 millions pour plusieurs années. Pour une villa d’environ 5 pièces avec un préau, l’investissement peut atteindre 19 millions », explique Jean Paul Ayewa. La firme basée à Cocody avance un investissement minimal de 2,5 millions pour les particuliers. Les équipements pour le dimensionnement de l’électricité ont un coût relativement accessible. Une autre estime à 180.000 francs un dispositif installé sur un compteur de 10 à 15 ampères. Stéphane Djaha pense que ‘‘le citoyen lambda peut se procurer le solaire’’. « Il y a certains équipements comme les batteries et les plaques solaires qui sont relativement chers, mais aujourd’hui avec l’évolution de la technologie les prix comment à baisser », se convainc-t-il. Et de poursuivre : « Depuis octobre 2024, les matériels et équipements destinés à la production et la distribution d’énergies renouvelables sont exonérés de TVA, de droits de douane et de taxes sur les opérations bancaires. Par ailleurs, il y a beaucoup de subventions qui font que les entreprises qui s’engagent dans cela ont des avantages financiers. Entre la déclaration et la réalité, il y a un écart ». Les observateurs sont unanimes pour dire que davantage d’efforts doivent être faits pour pousser les Ivoiriens, dans leur grande majorité, à opter pour les énergies renouvelables. « On n’est pas encore bien éduqué sur la question. On voit le solaire de loin. Il y a donc un travail de sensibilisation à faire », soutient Stéphane Djaha.
César Ebrokié
L’engagement fort du gouvernement
En conformité avec l’Accord de Paris sur le climat, lequel prescrit aux Etats des engagements pour la protection de l’environnement, le gouvernement ivoirien s’est engagé, dans ses Contributions déterminées au niveau national (CDN), en 2015, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 28 % d’ici 2030 par rapport à un scénario de référence. En 2022, la Côte d’Ivoire a révisé sa CDN pour la période 2021-2030, augmentant son ambition climatique à 30,41 %, ce qui correspond à une réduction de 37 millions de tonnes équivalent de CO2 des émissions de GES d’ici 2030. Le gouvernement a pris le pari de ne pas se mettre en marge de la lutte contre le changement climatique qui, aux yeux des observateurs, représente une menace sérieuse pour les pays en développement. La question énergétique occupe une place de choix dans ce document stratégique. Ainsi le gouvernement s’engage à améliorer l’accès des populations à l’électricité et à l’énergie à un prix accessible ; à accroître l’utilisation des énergies renouvelables dans la production d’électricité ; à améliorer l’efficacité énergétique ; à renouveler et diversifier le parc automobile ivoirien ; à promouvoir le transport de masse. Dans cette optique, le Pacte national Energie de la République de Côte d’Ivoire a été adopté en janvier 2025. Il vise à accélérer le rythme d’accès à l’électricité et à la cuisson propre jusqu’à 100% et 50%, respectivement d’ici 2030, et à augmenter significativement la capacité de production de l’électricité à partir des sources renouvelables (45% à l’horizon 2030). Le secteur privé jouera un rôle clé pour atteindre ces objectifs, avec pour ambition de mobiliser environ 2 milliards de dollars US d’investissements privés dans la production, le transport, la distribution d’énergie ainsi que dans les solutions d’Énergies Renouvelables Décentralisées (ERD) et de cuisson propre. Une décision notable est l’arrêté interministériel n°156 du 23 avril 2024 qui instaure un audit énergétique pour les organismes à forte consommation d’énergie. Il fixe un seuil de consommation d’énergie aux entreprises. De sorte qu’elles sont contraintes de basculer vers les énergies renouvelables.
C. Ebrokié






