
Présidentielle 2025: Le CNDH note un scrutin globalement calme malgré quelques incidents isolés
Lemandatexpress – Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a dressé le bilan de sa mission d’observation de la présidentielle du 25 octobre 2025 et fait des recommandations
Selon la présidente du CNDH, Namizata Sangaré, la mission d’observation déployée sur l’ensemble du territoire a mobilisé 2 350 observateurs, répartis dans les 31 régions et les deux districts autonomes.Ci-après l’intégralité de ladite déclaration
DÉCLARATION PRÉLIMINAIRE DU CONSEIL NATIONAL DES DROITS DE L’HOMME (CNDH) RELATIVE A SA MISSION D’OBSERVATION DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 25 OCTOBRE 2025
INTRODUCTION
Dans le cadre de son mandat de promotion et de protection des droits de l’homme, le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) a déployé une mission d’observation, à l’occasion de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Cette mission s’inscrit dans une approche basée sur les droits de l’Homme, visant à garantir que l’ensemble du processus électoral respecte les principes fondamentaux de liberté, d’égalité, de participation et de non-discrimination.
À travers son Observatoire pour le respect des droits de l’Homme dans les processus électoraux, lancé le 18 septembre 2025, le CNDH a observé toutes les phases de ce scrutin du 25 octobre 2025.
Aussi, le CNDH tient-il à remercier les partenaires techniques et financiers ayant contribué au succès de cette observation électorale, la Commission Électorale Indépendante (CEI) pour sa collaboration, les OSC qui ont bien voulu déployer des observateurs avec le CNDH.
La présente déclaration préliminaire souligne les premières constatations faites par les observateurs/observatrices du CNDH, et formule des recommandations pour renforcer la démocratie et la participation citoyenne. Un rapport final détaillé, sera publié ultérieurement sur tous nos supports de communication.
I. OBJECTIF ET MÉTHODOLOGIE DE LA MISSION
La mission d’observation du CNDH avait pour principal objectif l’évaluation indépendante et objective du respect des droits de l’homme et des libertés durant ce scrutin, notamment des droits civils et politiques.
La méthodologie de l’évaluation faite par la mission a consisté en une analyse des données recueillies via sa plateforme d’alerte précoce ‘’CNDH RCI Alerte Précoce’’, des fiches d’observation ainsi que les échanges avec des missions d’observation nationales et internationales.
Pour ce faire, le CNDH a déployé 2350 observateurs/observatrices répartis dans les trente-et-une (31) régions administratives et les deux districts autonomes (Abidjan et Yamoussoukro) du pays. Les observateurs/observatrices ont été répartis selon la méthode de la proportionnalité en tenant compte de la population électorale. Ainsi, 400 observateurs ont été mobilisés dans le district d’Abidjan et 1950 dans les 516 Sous-préfectures à l’intérieur du pays, avec une représentation sur l’ensemble de 30% de femmes, 75% de jeunes et 2% de personnes vivant avec un handicap.
En vue d’une large couverture du territoire national par ses équipes d’observation, les personnels au siège du CNDH et dans ses Commissions régionales ont été renforcés par des jeunes hommes et femmes dans les régions et dans le district d’Abidjan issus des organisations de la société civile et des auditeurs de l’Université des droits de l’Homme du CNDH. Ils ont tous été formés aux principes des droits de l’homme et aux normes nationales et internationales relatives aux élections, au renseignement des fiches d’observation, ainsi qu’à l’utilisation de l’application ‘’CNDH RCI Alerte Précoce’’.
II. CONTEXTE SOCIOPOLITIQUE
L’élection du Président de la République intervient dans un contexte d’invalidation par le Conseil Constitutionnel le lundi 08 septembre 2025, de la candidature de 55 personnalités sur 60 candidatures à l’élection présidentielle. Cinq (05) d’entre elles ont été jugées recevables, dont celle de Alassane OUATTARA du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), Simone Ehivet GBAGBO du Mouvement des Générations Capables (MGC), Henriette LAGOU du Groupement des Partenaires Politiques pour la Paix (GP-Paix), Jean Louis BILLON (candidat indépendant sous la bannière du Congrès Démocratique en abrégé CODE) et AHOUA Don Mello (candidat indépendant).
L’opposition politique organisée par des alliances telles que CAP-CI (coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire) et le front commun (PPA-CI et PDCI) a décidé de ne pas participer à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Elle n’a donné aucune consigne de vote à ses militants. Elle a appelé ses militants à des marches de protestations ayant occasionné des échauffourées à Abidjan, Bonoua, Dabou, Daloa, Gagnoa, Grand-Moutcho, Yamoussoukro et dans bien d’autres localités. Ces manifestations organisées du samedi 11 au 14 octobre 2025 ont enregistré des arrestations, des destructions de biens et une perte en vie humaine.
Face à cette situation, un arrêté conjoint a été pris le 17 octobre 2025 interdisant pour une durée de deux mois les meetings et manifestations publiques des partis ou groupements politiques sur l’ensemble du territoire, pour préserver l’ordre public selon le Gouvernement. Toutefois, celles entrant dans le cadre du processus électoral relatif à l’élection du Président de la République prévue le 25 octobre 2025, étaient autorisées.
La Commission Électorale Indépendante (CEI) a également réaffirmé sa capacité à organiser le scrutin dans les délais sur l’ensemble du territoire, même après l’incendie d’une de ses annexes à Yamoussoukro.
III. CONSTATS ET OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
Au terme de sa mission d’observation, le CNDH fait les observations préliminaires suivantes :
- Avant le jour du scrutin
Concernant l’exercice des libertés de réunion et manifestation, le CNDH a observé du samedi 11 au 21 octobre 2025, plusieurs tentatives de manifestations à Abidjan et dans plusieurs localités à l’intérieur du pays malgré leur interdiction par le Gouvernement. Suite aux interventions des forces de l’ordre, plus de 700 personnes ont été interpellées selon les Autorités et contre lesquelles des procédures judiciaires ont été ouvertes. Six (06) autres ont perdu la vie dont 2 dans la région du Sud Comoé, 01 dans la région de l’Agneby-Tiassa (Grand Yapo), 01 à Daloa et 02 à Yamoussoukro.
La campagne électorale débutée le vendredi 10 octobre à minuit et qui a pris fin le jeudi 24 octobre 2025 à minuit, s’est déroulée dans un climat apaisé et de débats démocratiques. Les candidats à l’élection présidentielle ont tenu des meetings et autres manifestations avec leurs militants et sympathisants dans les villes sillonnées dans le respect de leurs droits à la liberté de circulation et à la sécurité. Chaque candidat a eu un temps de passage sur les antennes de la RTI et les autres médias de service public (Fraternité Matin, AIP, Radio Côte d’Ivoire), sous la surveillance des Autorités Administratives Indépendantes de régulation et de contrôle, à savoir la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) et l’Agence Nationale de Presse (ANP).
- Le jour du scrutin
2.1. Nombre de lieux et bureaux de vote visités
La mission a pu visiter sur l’ensemble du territoire, 9400 lieux de vote sur les 11835, soit 79,43% en raison de quatre (04) lieux de vote par observateur, et 18800 bureaux de vote sur 25370 soit 79,16% en raison de huit (08) bureaux de vote par observateur.
La mission a observé que 71 lieux de vote n’ont pas ouverts sur l’ensemble du territoire national, soit 0,27%, et 129 urnes saccagées.
2.2. Ouverture des Bureaux de Vote
Les observateurs déployés font noter via l’application ‘’CNDH RCI Alerte Précoce’’ que sur 2350 bureaux de vote observés à l’ouverture, 1527 ont respecté l’heure légale (8 heures), soit 64,98%.
Les 823 bureaux de vote restants, soit 35,02 %, n’ont pas pu ouvrir à l’heure d’ouverture officielle prévue. Selon les observateurs, ces retards s’expliquent principalement par l’arrivée tardive de certains membres des bureaux de vote, le retard dans l’acheminement du matériel électoral, des délocalisations de bureaux de vote ainsi que des contraintes d’ordre sécuritaire.
2.3. Composition des bureaux de vote
L’ensemble des bureaux de vote visités comptait 56 400 agents électoraux, dont 23 124 femmes, représentant 41 % de l’effectif total, et 1 692 personnes en situation de handicap, soit 3 %. Par ailleurs, selon les observateurs du CNDH, 14 100 femmes occupaient la fonction de présidente de bureau de vote, soit 25 % des présidences.
2.4. Accessibilité aux bureaux de vote.
De manière générale, les bureaux de vote offraient une accessibilité satisfaisante aux personnes en situation de handicap ainsi qu’aux personnes âgées. Toutefois, les observateurs ont relevé que 2,1 % des lieux de vote présentaient encore des obstacles à l’accès de ces catégories de populations. À titre illustratif, certains sites tels que le collège « Le Destin » à Abobo Akeikoi, le Groupe scolaire « Les Cours sociaux » à Abobo Habitat, ou encore l’école pratique de la Chambre de commerce au Plateau, abritaient des bureaux de vote aménagés à l’étage, rendant l’exercice du droit de vote particulièrement difficile pour les personnes à mobilité réduite.
2.5. Sécurisation du scrutin
Les observateurs du CNDH ont constaté la présence des forces de l’ordre dans 8084 lieux de vote sur 9400 lieux visités, soit 86%. Leur présence était discrète et ces agents ont fait preuve de professionnalisme même dans les lieux de vote où des incidents ont été observés.
2.6. Matériel électoral et mode opératoire
Les observateurs ont porté un regard sur la disponibilité du matériel de vote, sa gestion et la maîtrise du mode opératoire par les agents électoraux.
Les observateurs du CNDH ont constaté la présence du matériel dans l’ensemble des bureaux visités. Toutefois, des équipes ont relevé leur destruction dans certains bureaux de vote, tels qu’à Zaguiéta dans le département de Bouaflé, à Golilié, Guehou, Mbazo et Doubo dans le département de Divo, à Nahio dans la région du Haut-Sassandra.
Les observateurs ont relevé dans certains bureaux de vote des dysfonctionnements des tablettes biométriques. Ce qui a ralenti l’identification des électeurs dans ces bureaux.
Les observateurs ont également relevé la non-maitrise du mode opératoire par certains agents électoraux susceptible d’invalider le vote de certains électeurs. Il a été ainsi signalé la signature du bulletin de vote par un seul membre du bureau de vote n° 03 du « Groupe scolaire Descartes » à Marcory, ou l’absence de signatures requises sur des bulletins dans le bureau de vote n° 11 au « Groupe Scolaire Abobo Hontué ».
2.7. Présence des observateurs accrédités
Les observateurs du CNDH ont relevé avoir rencontré dans les 42% des bureaux visités d’autres missions d’observation nationales qu’internationales, notamment celles du WANEP, Interpeace et Indigo, de la CEDEAO/Union Africaine, de l’OIF.
Cependant, des présidents de bureau ont refusé l’accès du bureau de vote à des observateurs accrédités ou ont limité de 5 à 10 minutes leur temps de présence dans le lieu, alors même que les standards internationaux recommandent au moins 30 à 45 minutes. Ainsi, des observateurs du CNDH ont été empêchés d’observer les opérations de dépouillement dans des bureaux de vote au Lycée Mamie Faitai de Bingerville et au Groupe scolaire 2 plateaux nord à Cocody.
2.8. Représentation des candidats dans les bureaux de vote
De façon générale, le candidat du RHDP était représenté dans une proportion de 82,7% des bureaux de vote visités. La représentation des autres candidats a été estimée à moins de 20% par les équipes d’observation.
2.9. Fermeture des bureaux de vote
Les observateurs du CNDH ont pu prendre part à la fermeture et au dépouillement de 813 bureaux de vote, soit 3,20%.
Cela s’explique par le fait que certains observateurs accrédités dont ceux du CNDH, ont été refoulés par des présidents de bureaux de vote en dépit du mode opératoire. Les délocalisations de bureaux de vote pour des raisons sécuritaires ont également empêché l’observation de dépouillement.
- Incidents rapportés dans la plateforme d’alerte précoce ‘’CNDH RCI Alerte Précoce’’
A la date du 27 octobre 2025, à 9 heures, 212 incidents ont été rapportés dans le système d’alerte précoce ‘’CNDH RCI Alerte Précoce’’ par les observateurs à la clôture du scrutin. Ces incidents étaient de divers types à savoir :
- Saccage de matériel électoral ;
- Destruction et dégradation de biens privés et publics ;
- Intimidation des agents des bureaux de vote et d’électeurs ;
- Obstruction de voies ;
- Agressions physiques d’agents électoraux, des éléments des forces de l’ordre, d’observateurs accrédités et d’électeurs ;
- Empêchements de vote ;
- Refus d’accès ou restriction imposés à des observateurs accrédités pour l’observation de certaines phases du scrutin par des présidents de bureau de vote ;
- Regroupement tardif de lieux de vote.
Le CNDH note que 80% des incidents ont fait l’objet d’analyse et de traitement afin d’organiser la réponse avec les acteurs de la réponse.
- Analyse du respect des droits de l’homme au cours du scrutin
De l’examen des différents indicateurs droits de l’Homme ayant permis l’observation du déroulement du scrutin du 25 octobre 2025, le CNDH note :
- sur le droit à la vie et à l’intégrité physique, les observateurs ont rapporté avoir été informé de pertes en vie humaine à Nahio, dans la région du Haut-Sassandra et des violences contre des personnes, y compris des éléments des forces de l’ordre et des agents électoraux ;
- sur le droit de vote, des électeurs ont été empêchés par des individus non identifiés de l’exercer suite à des violences, intimidations, destructions du matériel électoral, délocalisation tardive de bureaux de vote pour raisons sécuritaires ;
- sur le secret du vote, les dispositions ont été prises dans l’aménagement des bureaux et du matériel de vote pour en garantir le respect. Les électeurs se sont exprimés librement au cours de ce scrutin ;
- sur le droit à la sécurité des électeurs, des candidats et du personnel électoral, des efforts ont été déployés pour la sécurisation du scrutin en dépit de quelques incidents localisés dans certaines régions ;
- s’agissant du principe de non-discrimination, il convient de souligner que les personnes en situation de handicap ainsi que les personnes âgées ont, de manière générale, bénéficié de conditions d’accessibilité leur permettant de participer au scrutin dans des proportions jugées satisfaisantes.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le CNDH relève que le scrutin s’est globalement déroulé dans un climat serein, propice au respect des droits de l’homme. La remontée diligente des incidents par le mécanisme d’alerte précoce du CNDH, conjuguée à la réactivité des acteurs de réponse – notamment la CEI et le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité -, a permis de prévenir, dans de nombreuses localités, d’éventuels débordements. En outre, le dispositif mis en place par l’Observatoire du CNDH a contribué à renforcer la transparence du processus électoral ainsi qu’à assurer une circulation fluide et en temps réel des informations issues du terrain.
Le CNDH exhorte les candidats à recourir exclusivement aux voies légales de contestation à la suite de la proclamation des résultats provisoires. Il invite également les militants, sympathisants et, plus largement, l’ensemble de la population à faire preuve de retenue, à respecter les décisions émanant des institutions électorales compétentes et à s’abstenir de tout acte de violence susceptible de compromettre la paix sociale et la cohésion nationale.
Le CNDH formule les recommandations suivantes :
Au Gouvernement :
• Poursuivre les efforts en faveur du dialogue avec toutes les parties prenantes pour les prochaines échéances électorales ;
• Veiller au respect des droits de l’homme durant tout le cycle électoral ;
• Harmoniser la législation électorale avec celle portant sur la représentativité des femmes dans les assemblées élues ;
• Renforcer les mécanismes de lutte contre les discours de haine et la désinformation ;
• Maintenir les mécanismes de garantie de la couverture médiatique équilibrée et pluraliste.
A la CEI :
• Poursuivre les interactions avec toutes les parties prenantes afin de renforcer son capital confiance ;
• Accroitre les campagnes d’éducation civique et électorale à l’endroit des populations, notamment des femmes, des jeunes et des personnes en situation de handicap ;
• Veiller à l’application stricte du mode opératoire par les agents électoraux ;
• Renforcer la formation des agents électoraux à l’utilisation des outils de gestion électorale.
Aux candidats :
• Recourir uniquement aux voies légales de contestation devant les organes compétents ;
• S’engager à promouvoir la paix et la cohésion sociale.
A la Société Civile :
• Poursuivre l’éducation civique et électorale pour une participation accrue des populations aux différents processus électoraux ;
• Renforcer les mécanismes de veille citoyenne.
Aux populations
• Préserver le calme et la cohésion sociale ;
• S’abstenir de tout discours ou comportement susceptible d’alimenter des violences ou de fragiliser la cohésion sociale ;
• Se fier exclusivement aux informations officielles des Institutions en charge des élections ;
• Participer activement à la vie démocratique et citoyenne.
Fait à Abidjan, le 27 octobre 2025
Pour le CNDH
La Présidente
Namizata SANGARE







