
Sommet de l’Union Africaine: Addis-Abeba dicte sa loi contre les putschs, la « tolérance zéro » érigée en dogme
Lemandatexpress – Réunis les 14 et 15 février dans la capitale éthiopienne pour leur 39ᵉ session ordinaire, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) ont envoyé un message sans équivoque aux auteurs de coups d’État sur le continent.
Face à la récurrence des changements anticonstitutionnels de pouvoir, l’organisation panafricaine a réaffirmé une ligne de fermeté absolue, plaçant le respect strict des constitutions au cœur de sa doctrine de sécurité.
La grand-messe d’Addis-Abeba n’a pas seulement été une réunion diplomatique classique ; elle a fonctionné comme un tribunal des pratiques démocratiques, où la souveraineté des urnes a été défendue bec et ongles face à la force des armes. Le ton a été donné dès les premières séances par Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA.
Selon sa déclaration qui a résonné comme une mise en garde, l’organisation ne tolérera aucune violation de l’ordre constitutionnel. « L’UA n’accepterait aucune violation de l’ordre constitutionnel », a-t-il martelé avec force.
Car, à l’en croire, « la stabilité du continent dépend du respect strict des institutions ».
Poursuivant, Mahmoud Ali Youssouf a souligné que tout changement anticonstitutionnel est désormais considéré comme une menace directe pour la paix et la sécurité continentales, conformément aux instruments normatifs de l’UA. Cette doctrine de « tolérance zéro » marque une volonté de rompre avec une certaine complaisance passée face aux faits accomplis. Ce sommet marquait également la fin du mandat du Président angolais, João Manuel Gonçalves Lourenço, à la tête de l’Union.
Son bilan est marqué par cette ligne dure contre les putschistes. M. Lourenço a notamment tenu à clarifier un point crucial : la tenue d’élections après un putsch ne suffit pas à légitimer une transition ni à rétablir automatiquement l’ordre constitutionnel. C’est sous ce sceau de la fermeté qu’il a passé le flambeau au Président burundais, Évariste Ndayishimiye.
Le nouveau président en exercice hérite d’un dossier brûlant, où la protection des constitutions africaines est devenue un enjeu stratégique majeur.
Pour Ndayishimiye, la normalisation des relations avec les pays en transition ne sera pas automatique, mais conditionnée à des « progrès tangibles et vérifiables ».
Le Sommet a illustré cette fermeté à travers le traitement réservé à la délégation malgache. Depuis la prise de pouvoir par les forces armées en octobre 2025, Madagascar vit sous le régime des sanctions de l’UA.
Le Conseil de paix et de sécurité a maintenu la suspension du pays de toutes les instances et activités de l’organisation. La mise à l’écart volontaire de la délégation malgache des réunions préparatoires et des séances officielles à Addis-Abeba confirme que l’UA n’entend pas céder sur ses principes : le rétablissement complet de l’ordre constitutionnel, sanctionné par des élections libres et crédibles, reste le seul sésame pour réintégrer la famille africaine.
Cette 39ᵉ Session ordinaire confirme la détermination de l’Union africaine à défendre les normes constitutionnelles. Si l’organisation reconnaît la nécessité d’adapter ses réponses aux spécificités de chaque État, elle refuse de faire de la ‘’realpolitik’’ au détriment de la démocratie.
Le message est clair : la prise de pouvoir par la force n’est plus une voie acceptable pour gouverner en Afrique.
Source: Le Mandat
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