
Aviation en Afrique de l’Ouest : Entre résilience et dépendance internationale des aéroports d’Abidjan et de Dakar
Lemandatexpress – Les plateformes aéroportuaires d’Afrique de l’Ouest, notamment Abidjan et Dakar, affichent une certaine résilience malgré un contexte marqué par les difficultés des compagnies nationales. Portés en grande partie par les transporteurs internationaux, ces hubs révèlent néanmoins des modèles de développement distincts et parfois fragiles.
En Côte d’Ivoire, l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan poursuit sa progression.
En 2025, il a enregistré 2,55 millions de passagers, contre 2,53 millions en 2024. Une croissance modérée, mais qui confirme la dynamique engagée ces dernières années.
Cette performance s’explique notamment par le positionnement stratégique d’Abidjan, qui renforce son rôle de carrefour régional en Afrique de l’Ouest tout en s’appuyant sur des liaisons long-courriers majeures, comme la ligne Abidjan–Paris opérée par Air Côte d’Ivoire, Corsair et Air France.
Selon Dioman Coné, directeur de cabinet du ministre ivoirien des Transports, ces résultats illustrent « la vitalité du secteur aérien ivoirien » et les progrès réalisés récemment. Le hub d’Abidjan se distingue ainsi par une orientation davantage régionale, soutenue par une offre internationale solide.
À Dakar, l’aéroport international Blaise-Diagne affiche également une certaine stabilité. En 2025, il a accueilli 2,93 millions de passagers, contre 2,92 millions l’année précédente. Malgré une offre riche – 49 destinations desservies dans 28 pays par une trentaine de compagnies – le trafic peine à franchir le seuil symbolique des 3 millions de voyageurs.
A en croire Jeune Afrique, cette stagnation s’explique en partie par les difficultés d’Air Sénégal, acteur clé du hub, qui représente environ 20 à 22 % du trafic.
Engagée dans une restructuration, la compagnie fait face à une réduction de sa flotte, à un affaiblissement de son réseau régional et à une quasi-absence de dessertes domestiques. Endettée à plus de 100 milliards de F CFA, elle a dû réduire ses coûts et ajuster son offre.
Malgré cela, le hub dakarois résiste grâce à la présence des compagnies internationales. La baisse du nombre de mouvements d’avions, combinée à un trafic passager stable, traduit même une amélioration du taux de remplissage des appareils, signe d’une certaine efficacité opérationnelle.
Les différences entre les deux hubs tiennent aussi à la nature de leur trafic. Dakar reste principalement tourné vers l’international, tandis qu’Abidjan s’appuie davantage sur les flux régionaux. La présence d’acteurs majeurs comme Air France-KLM contribue également à soutenir l’activité sénégalaise.
En Côte d’Ivoire, malgré quelques tensions opérationnelles sur certaines lignes, Air Côte d’Ivoire demeure un pilier du développement du hub. La compagnie continue de structurer son réseau, notamment autour de l’axe Abidjan–Paris, qui génère à lui seul près de 500 000 passagers par an. Elle envisage par ailleurs l’ouverture d’une liaison directe vers le Liban, destinée notamment à la diaspora libanaise installée dans le pays.
Autre élément notable : le développement du trafic domestique ivoirien. Air Côte d’Ivoire dessert désormais cinq villes à l’intérieur du pays et a transporté plus de 100 000 passagers en 2025, contre 70 000 l’année précédente. Une progression significative, bien que le marché intérieur reste encore limité.
Au Sénégal, en revanche, les vols domestiques ne représentent que 2,44 % du trafic total. Le réseau intérieur est extrêmement restreint, limité à la liaison Dakar–Cap Skirring, tandis que certaines lignes comme Dakar–Ziguinchor ont disparu. Le projet de création d’Air Sénégal Express, censé dynamiser les dessertes nationales, n’a toujours pas vu le jour.
Selon jeune Afrique, dans les deux pays, la faiblesse du trafic domestique limite l’effet de hub régional, les aéroports reposant principalement sur les flux internationaux.
À titre de comparaison, le Ghana présente un modèle différent. En 2025, sur les 3,6 millions de passagers enregistrés à Accra, plus de 900 000 concernaient des vols intérieurs, soit environ 20 % du trafic total. Ce marché, structuré autour d’une trentaine de rotations quotidiennes, est dominé par les compagnies locales Africa World Airlines et PassionAir, même s’il reste secondaire face au poids de l’international.
AS avec jeune Afrique







