
PDCI-RDA: les calculs derrière les rencontres, médiations et missions stratégiques
Au PDCI-RDA, les derniers événements suscitent une vive curiosité dans la perspective de la présidentielle de 2030. Entre médiations souterraines, rencontres très médiatisées et missions stratégiques, les signaux envoyés par le parti doyen laissent entrevoir un changement de paradigme. Mais à quelle fin ?
Les faits sont trop rares et éloquemment saisissants pour ne pas être soulignés. Des cadres du PDCI-RDA (Jacques Ehouo, KKP, Adi Isaac, Yasmina Ouégnin…) s’affichent, tout sourire, avec Jean-Louis Billon autour d’une table dans un restaurant d’Abidjan. Peu avant, un message de Jean-Marc Yacé sur Facebook, illustré par un cliché d’une rencontre avec l’ancien ministre du Commerce, annonçait déjà la couleur. Ces scènes successives tranchent avec les réalités d’un passé récent. Le temps où Jean-Louis Billon, farouchement opposé à la gouvernance de Tidjane Thiam, semblait presque isolé dans la sphère du PDCI-RDA. Dans un contexte où le parti doyen navigue entre l’espoir d’un renouveau et l’amertume d’une parenthèse désenchantée, ces événements ont tout l’air d’un revirement spectaculaire. Le PDCI est visiblement en train de changer de paradigme, alors que son président, Tidjane Thiam, poursuit son « exil politique » en France depuis plus d’un an.
« Billon a certainement raison »
Pour Félix Bony, cette image d’unité affichée résonne avant tout comme un triomphe pour Jean-Louis Billon. « Le fait que ces personnalités se retrouvent dans le même moule que lui montre qu’il y a une convergence de vues. Cela montre que Jean-Louis aura certainement eu raison par rapport à Tidjane Thiam, dont il a remis en cause l’avènement à la tête du PDCI-RDA », soutient-il. Convaincu d’un changement en gestation au sein du parti, le journaliste et analyste politique affirme que, dans un passé récent, ces cadres et élus ne pouvaient pas s’exposer ainsi sans courir le risque d’être qualifiés de traîtres vis-à-vis du président Tidjane Thiam. Une question se pose toutefois sur la nature de ces rapprochements : procèdent-ils d’un simple réflexe de solidarité dans une période délicate ou constituent-ils les premiers ajustements en vue de la présidentielle de 2030 ? Selon les informations de Jeune Afrique du 29 mai, faisant état de médiations souterraines menées avec la caution de Tidjane Thiam, l’heure semble, a priori, à une recherche de cohésion au chevet d’un parti longtemps éprouvé de l’intérieur. En effet, un comité de sages conduit par Amoakon Thiémélé Edjampan, Kouamé Kra et plusieurs autres vice-présidents (Bernard Véi, Dominique Babli, Assana Sangaré, Désiré Gnonkonté, Kouassi Yao…) aurait approché, « depuis plusieurs semaines », Jean-Louis Billon, candidat à la présidentielle de 2025. Le confrère cite également les trois députés-maires PDCI d’Abidjan — Jacques Ehouo (Plateau), Jean-Marc Yacé (Cocody) et Emmou Sylvestre (Port-Bouët) — comme ayant été contactés dans le cadre de ce plaidoyer. De même que Valérie Yapo, initiatrice du courant interne « Héritiers pour la démocratie et la légalité » (HDL-PDCI-RDA). L’objectif serait de « ramener tout le monde autour du parti » et de mettre les égos de côté. Parce que, désormais, certains considèrent qu’il n’y a pas un camp qui a raison et l’autre qui a tort.
La position de Thiam complexifie la situation
La paix des braves, donc, pour un PDCI-RDA déterminé à revenir plus fort dans le jeu électoral. Avec, cette fois-ci, tous ses cadres en rangs serrés. Sauf que, et c’est un fait, la position de Tidjane Thiam, enveloppée dans un épais écran d’incertitudes, complexifie la situation. Reclus à Paris, le président du PDCI-RDA entretient le flou sur son avenir. Ses sorties épisodiques sur les réseaux sociaux, si elles enchantent une partie de ses partisans, restent peu édifiantes quant à l’issue de sa situation hors du pays. Dans ce contexte, l’ancien directeur général du Crédit Suisse, profitant de la fête des mères, a dépêché des émissaires auprès de Mesdames Dominique Ouattara, Henriette Bédié et Simone Ehivet Gbagbo, comme l’indique Le Nouveau Réveil. Selon certaines indiscrétions, cette démarche serait purement stratégique dans la perspective de la présidentielle de 2030. En approchant Mme Ouattara, Tidjane Thiam espérerait bénéficier de la faveur du camp présidentiel afin de se relancer politiquement. Il s’agirait d’une diplomatie souterraine menée par le chef de file du PDCI-RDA. Une démarche qui s’ajouterait à celle conduite, dit-on, par son frère Aziz Thiam. Malgré les procédures judiciaires qui pèsent contre lui, ainsi que les conséquences potentielles de ses déclarations au vitriol visant le régime d’Abidjan, le banquier s’accroche fermement à son rêve présidentiel. Avec lui, le secrétaire exécutif en chef reste catégorique : « Le PDCI s’apprête à entamer une nouvelle phase, celle de la reconquête du pouvoir d’État avec le président Tidjane Thiam », proclame Yapo Yapo Calice. Mais comment maintenir mobilisé un parti de conquête lorsque son principal leader mène la bataille à distance ?
L’option d’un plan B à l’étude
À moins que Tidjane Thiam ne parvienne, à travers quelques leviers stratégiques, à mettre fin à son expatriation politique pour retrouver la grande famille du PDCI-RDA tel un capitaine retrouvant son équipage, l’avenir risque de se dessiner en pointillés. Les appréhensions gagneraient d’ailleurs progressivement le parti. Ainsi, par anticipation, l’option d’un plan B serait à l’étude. Les caciques ne seraient plus totalement accrochés à l’idée d’un Thiam indéboulonnable ou irremplaçable. « C’est ce que nous avons toujours demandé. Si le président n’est pas éligible, il faut trouver un cadre capable de défendre les couleurs du PDCI-RDA. Dans leur entêtement, ils nous ont entraînés dans une impasse en 2025. S’ils reconnaissent enfin leur erreur, qu’ils rectifient le tir », exige un membre du Bureau politique. Selon lui, si le PDCI-RDA n’a pas de candidat en 2030, il signerait sa propre mort politique. En clair, quelques mois seulement après la présidentielle d’octobre 2025, le parti octogénaire est déjà plongé dans les calculs. Il n’a pas le choix s’il veut répondre présent aux échéances de 2030, un rendez-vous qui pourrait marquer un tournant déterminant dans la vie politique nationale.
Martial Galé







