À l’occasion d’Octobre Rose (Octobre, mois dédié à la lutte contre le cancer du sein), Berthe Kouadio, Conseillère nutritionnelle, bien-être et beauté, rappelle que la prévention du cancer du sein ne se résume pas au dépistage. Alimentation, activité physique, poids, consommation d’alcool ou encore habitudes de cuisson peuvent aussi influencer le risque. Dans cet entretien, elle livre des conseils pratiques adaptés aux habitudes alimentaires locales, et alerte sur les régimes miracles, les compléments alimentaires et les fausses promesses qui peuvent mettre en danger les femmes concernées par la maladie
Octobre Rose commence. Quel est, selon vous, le message de prévention que les femmes ne doivent surtout pas laisser passer ?
Le dépistage sauve des vies. Plus le cancer du sein est détecté tôt, plus les chances de guérison sont grandes. Chaque femme doit connaître ses seins, consulter au moindre changement (boule, écoulement, modification de la peau) et se faire examiner régulièrement par un professionnel de santé. N’attendons pas d’avoir mal.
Peut-on réellement réduire son risque de cancer du sein par son alimentation et son hygiène de vie ? Si oui, dans quelle mesure ?
Oui, en partie. On estime qu’une part importante des cancers du sein, de l’ordre d’un quart à un tiers, est liée à des facteurs modifiables : poids, alcool, sédentarité, alimentation. Le risque ne tombe jamais à zéro : une bonne hygiène de vie réduit le risque, elle ne remplace pas le dépistage.
Quels sont les trois aliments ou familles d’aliments que vous conseillez de mettre plus souvent dans l’assiette pour protéger sa santé ?
Il s’agit des légumes et les feuilles vertes : feuilles de patate, gombo, chou, carotte ; les fruits variés : papaye, mangue, goyave, agrumes, ananas ; les aliments riches en fibres : niébé, haricot, fonio, mil ; et les poissons gras : sardine, maquereau.
À l’inverse, quels aliments ou habitudes alimentaires devraient être fortement limités, et pourquoi ?
Il s’agit de l’alcool, c’est le facteur alimentaire le mieux établi, dès de petites quantités. Les boissons sucrées, les aliments ultra-transformés et les fritures répétées qui favorisent la prise de poids ; les viandes et poissons fumés ou grillés au charbon consommé très souvent ; le tabac.
Surpoids et cancer du sein, quel est le lien réel, et quels chiffres permettent de mesurer ce risque ?
Après la ménopause, le tissu graisseux produit davantage d’œstrogène, ce qui augmente le risque. Pour se situer, on utilise l’IMC (Indice de masse corporelle), c’est-à-dire le poids en kilo divisé par la taille en mètres au carré. Selon l’OMS, de 18,5 à 24,9, le poids est normal ; à partir de 25, on parle de surpoids ; à partir de 30, d’obésité. Le tour de taille doit rester inférieur à 80 cm chez la femme. Selon les études du Fonds mondial de recherche contre le cancer (WCRF/AICR), après la ménopause, chaque tranche de 5 points d’IMC en plus est associée à une hausse du risque relatif d’environ 10 à 12 %. C’est un ordre de grandeur : une hausse réelle mais modérée, que l’on peut en partie corriger par l’alimentation et l’activité physique.
On parle beaucoup des antioxydants. Lesquels sont réellement intéressants, et où les trouver dans nos aliments locaux ?
En tout cas, mieux vaut les puiser dans l’assiette que dans des gélules. Pour les caroténoïdes, on citera la patate douce à chair orange, la carotte, la mangue, la papaye. Pour la vitamine C, on a la goyave, le citron, l’orange. Pour le lycopène, la tomate cuite. Les polyphénols, il y a le bissap (hibiscus) non sucré, le gingembre et le thé vert.
Entre le sucre, les aliments ultra-transformés, les fritures et les boissons alcoolisées, quelle place accordez-vous à chacun dans les facteurs de risque liés au mode de vie ?
L’alcool et le surpoids sont les mieux documentés. Le sucre, les produits ultra-transformés et les fritures agissent surtout de façon indirecte, par la prise de poids et l’inflammation. Aucun aliment n’est à lui seul responsable : c’est l’ensemble de nos habitudes qui compte.
Une femme qui mange « sainement » mais reste très sédentaire est-elle réellement protégée ? Quelle activité physique minimale recommandez-vous ?
La protection est incomplète. L’activité physique agit en elle-même sur les hormones, l’inflammation et le poids. Le minimum : 150 minutes par semaine d’activité modérée (marche rapide, danse, vélo), soit 30 minutes, 5 jours par semaine, en évitant les longues périodes assises.
Pendant et après un traitement contre le cancer du sein, quelles erreurs alimentaires voyez-vous le plus souvent chez les patientes ?
C’est le fait de suivre des régimes très restrictifs ou supprimer les protéines (viande, poisson, œufs), au risque de la dénutrition ; croire qu’il faut « affamer la tumeur » en supprimant tout sucre ; prendre de fortes doses d’antioxydants ou de plantes sans avis médical ; sauter des repas au lieu de les fractionner et de les enrichir. Toute modification alimentaire doit être discutée avec l’équipe soignante ou un(e) diététicien(ne).
Compléments alimentaires, tisanes, produits « détox » et recettes miracles : lesquels peuvent être inutiles, voire dangereux, pour une femme concernée par le cancer du sein ?
Certains produits peuvent interférer avec la chimiothérapie ou l’hormonothérapie ou surcharger le foie. Les cures « détox » et les jeûnes prolongés n’ont aucune preuve d’efficacité et affaiblissent la patiente. Le plus dangereux : les « recettes miracles », qui font retarder ou abandonner le traitement. Règle simple : tout complément ou tisane doit être validé par le médecin traitant. Les compléments ne remplacent ni l’alimentation ni le suivi médical.
Existe-t-il des aliments ou habitudes de vie dont les effets protecteurs sont encore méconnus du grand public en Côte d’Ivoire ? Donnez-nous des exemples concrets.
L’allaitement maternel, notamment prolongé ; les céréales et tubercules locaux peu transformés (fonio, mil, igname) riches en fibres ; les feuilles vertes du quotidien encore trop peu consommées ; le bissap non sucré à la place des boissons sucrées ; les cuissons à la vapeur, à l’étouffée ou bouillie plutôt qu’au charbon ou frites ; un sommeil régulier et la gestion du stress en font partie.
Si vous deviez donner seulement cinq gestes à adopter dès ce mois d’Octobre Rose pour protéger sa santé et celle de sa famille, lesquels seraient-ils ?
Il faut planifier un examen clinique des seins et parler du dépistage avec un professionnel de santé ; bouger 30 minutes par jour ; mettre légumes et fruits locaux à chaque repas ; réduire, voire supprimer l’alcool et les boissons sucrées ; sensibiliser sa famille et ses amies : un message partagé peut sauver une vie. Ces conseils relèvent de l’hygiène de vie et de l’alimentation. Ils ne remplacent jamais l’avis d’un médecin.
Entretien réalisé par Mathias Kouamé



