À Daoukro, où le Réseau d’entraide des militants du PDCI-RDA (REM-PDCI) organisait une activité le samedi 10 octobre, son président, Marchal Balou, a adressé un message sans détour à Tidjane Thiam.
Connu pour avoir soutenu Tidjane Thiam lors de son accession à la tête du PDCI-RDA, Marchal Balou semble aujourd’hui infléchir son discours. Samedi dernier, à Daoukro, lors d’un rassemblement de son mouvement, il n’a pas mâché ses mots. Depuis la ville natale de feu Henri Konan Bédié, son intervention se voulait un électrochoc pour la direction du parti.
Alors que le PDCI-RDA continue de perdre du terrain sur la scène politique, le président du REM-PDCI estime que les difficultés du parti ne sont pas uniquement électorales : elles sont aussi humaines, organisationnelles et politiques. « Préparons ce débat plutôt que de le craindre », a-t-il lancé.
Lui qui s’était engagé en faveur du plébiscite de Tidjane Thiam en décembre 2023 déplore désormais son absence prolongée du pays. « On ne reconquiert pas la confiance des Ivoiriens en s’éloignant de ses propres militants », a-t-il déclaré. Pour le REM-PDCI, avant de vouloir reconquérir le pays, le parti doit d’abord retrouver le chemin de ses militants.
L’appel de Marchal Balou et de ses compagnons est sans ambiguïté : rapprocher la direction conduite par Tidjane Thiam de la base, écouter les frustrations, accepter la contradiction et organiser le débat interne. « L’unité ne se décrète pas : elle se construit », a insisté Marchal Balou. Il propose la mise en place de cadres régionaux de discussion ainsi que la tenue d’un conclave de haut niveau, afin que les différentes sensibilités du parti puissent échanger et rechercher des solutions.
Derrière cette démarche se dessine une conviction forte : le débat interne ne doit plus être perçu comme une menace pour l’autorité de la direction. « Un militant qui pose une question n’est pas nécessairement un ennemi », a-t-il martelé. Le REM-PDCI entend ainsi rapprocher la direction et la base. Car sans des militants écoutés, considérés et remobilisés, le prestigieux passé du PDCI-RDA ne suffira pas à reconquérir les territoires perdus.
Pour rappel, le PDCI-RDA se trouve à la croisée des chemins. De 63 députés en 2021, le parti n’en a conservé que 32 à l’issue des législatives de 2025. Plusieurs figures et bastions historiques ont également été battus, notamment à Marcory, Yopougon, Yamoussoukro et Bouaké — commune et sous-préfecture — ainsi que dans plusieurs localités de l’Ouest. La situation dépasse donc la seule question des résultats électoraux. Pour de nombreux observateurs de la vie politique ivoirienne, comme pour une partie importante des militants du PDCI-RDA, les échos qui remontent de plusieurs délégations du parti témoignent d’une inquiétude croissante. Plus encore, ils interrogent la capacité du parti à préserver son ancrage territorial et à renouer le dialogue avec sa base.
C’est précisément sur cette fracture que Marchal Balou entend agir, afin de retisser les liens et de restaurer la confiance entre la base et la direction du PDCI-RDA.
AZIZ Krah
Lemandatexpress.net


