
Loi d’amnistie: face aux populations de Gagnoa, la Chambre des rois et chefs traditionnels pointe la responsabilité de l’opposition
Lemandatexpress – Le président du Directoire de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels (Cnct) de Côte d’Ivoire a eu une rencontre avec les populations de Gagnoa, le 03 juillet 2025. C’était à la faveur de sa tournée nationale relative à la présidentielle d’octobre.
À cette occasion, les populations ont fait une recommandation pour la tenue d’une élection apaisée. À en croire la majorité des intervenants, dont Gouan Patrick, l’un des responsables locaux de l’Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (Ugtci), et Paulin Gbokoua, militant de l’Union pour la République (Upr-un parti de l’opposition), une seule question cristallise le climat politique : l’exclusion de la liste électorale de quatre leaders politiques, à savoir l’ex-chef de l’État Laurent Gbagbo; l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro ; le leader du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), Charles Blé Goudé ; et le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), Tidjane Thiam.
Selon eux, la réintégration de ces quatre leaders de l’opposition sur la liste électorale va contribuer à éviter une autre grave crise post-électorale. C’est pourquoi ils ont demandé à la Cnt et son président de plaider auprès du président Alassane Ouattara, pour une décrispation du dialogue politique.
Face à cette recommandation, Nanan Amon Paul Tanoé Désiré a été très ferme. Il a ouvertement accusé l’opposition d’être à la base de ses propres problèmes. Notamment avec la radiation de Laurent Gbagbo, le président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-CI). Répondant à des préoccupations, notamment celle concernant la prise d’une loi d’amnistie, il a déclaré : « Nous nous trouvons dans une situation curieuse, quand certains de nos frères nous demandent d’aller dire au président de la République de faire prendre un projet de loi d’amnistie. Est-ce que vous connaissez le président Ouattara ? Visiblement, ceux qui parlent ainsi ne le connaissent pas. Si nous allons le voir, il va nous dire poliment, “est-ce que nous avons encore ce que nous en voulons pourquoi chacun de leurs fils qu’ils ont élu n’ont pas introduit une proposition de loi, s’ils tant est qu’ils voulaient que le nom de leur leader figure sur la liste électorale ?” » Et il aura eu raison de nous poser cette question. Et l’ancien ambassadeur de poursuivre : « C’est pourquoi, chers collègues chefs, nous vous posons la question ici et maintenant, mais vous ne répondez pas. Dites-nous, pourquoi alors qu’ils pouvaient le faire, les partis de l’opposition ont préféré menacer. ’’Si ces noms ne sont pas inscrits, il va y avoir des troubles’’ Mais au fond, qui voulez-vous effrayer ? Vous-mêmes ! Vous voulez effrayer votre pays, alors que vous avez la possibilité d’obtenir ce que vous demandez sans aucune violence. C’est d’autant même curieux », a-t-il martelé.
Il a affirmé que ses collègues de la Cnct ne sont pas des responsables. « Nous ne sommes pas des que l’on envoie faire n’importe quoi. Si vous nous expliquez pourquoi aucun député n’a voulu introduire une proposition de loi, alors nous sommes prêts à aller rencontrer les autorités », a fait savoir Tanoé Désiré, dans une salle où l’on commençait à attendre de longs murmures.
Le leader des rois et chefs traditionnels ne s’est pas arrêté là, poursuivant pour dénoncer ce qu’il a appelé une “menace cachée” : « Si quelqu’un dans cette salle peut m’expliquer pourquoi un député de l’opposition n’a pas encore introduit un projet de loi d’amnistie, alors permettez que certaines personnes se posent des questions sur les intentions cachées de certaines acteurs politiques parce qu’il est évident que si le 25 octobre, c’est la porte ouverte à l’anarchie , vu que cette date est constitutionnelle », a-t-il fait savoir.
Interrogé sur le chef du village de Guibéroua, dans le canton Paccolo, sur la mission de médiation entreprise par la Chambre nationale en prélude à l’élection présidentielle de 2025, Nanan Désiré a expliqué que cette situation critique et que le respect des institutions de la République est une nécessité pour la paix.
À noter qu’après cette rencontre avec la Chambre, les chefs traditionnels de Gagnoa ont produit une motion de soutien à l’Assemblée des rois et chefs traditionnels, en réaffirmant leur attachement à l’unité et à la cohésion sociale ivoirienne.
M.G avec Soir Info







