
Économie : La Côte d’Ivoire et le Ghana resserrent les rangs pour défendre la filière cacao
Lemandatexpress – Face à la volatilité persistante du marché mondial du cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent ensemble près de 60 % de la production mondiale, entendent renforcer leur coopération afin de mieux défendre les intérêts de leurs producteurs et de leurs économies.
Réunis le 16 juin 2026 à Abidjan dans le cadre d’un sommet de haut niveau, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont réaffirmé leur volonté de donner un nouvel élan à l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, souvent présentée comme une « OPEP du cacao ».
Cette relance intervient dans un contexte marqué par de fortes fluctuations des prix. Après avoir culminé à près de 13 000 dollars la tonne à la fin de l’année 2024, les cours du cacao ont enregistré un net recul durant la campagne 2025-2026.
Évoquant les conséquences de cette situation, le président ivoirien a souligné que « La volatilité des cours mondiaux continue de peser sur les revenus de nos planteurs et sur nos finances publiques. Aucun de nos deux États ne peut, à lui seul, absorber durablement de tels chocs ». Selon les autorités ivoiriennes, ces difficultés auraient engendré des pertes estimées à au moins 280 milliards de francs CFA pour la filière durant la campagne en cours.
De son côté, le président ghanéen a insisté sur la nécessité de consolider davantage le partenariat entre les deux pays. « Nous devons procéder à une restructuration pour renforcer l’initiative. La solidarité doit rester à un niveau parfait. Nous devons choisir la coopération et non la compétition », a-t-il déclaré.
Parmi les principales mesures envisagées figurent l’harmonisation des prix d’achat aux producteurs et l’alignement des calendriers des campagnes cacaoyères. Les deux pays souhaitent notamment faire coïncider le démarrage de la campagne principale au 1er septembre afin de réduire les tensions et les risques de contrebande observés par le passé.
Selon une source proche de l’initiative, « Il s’agissait de verrouiller la stratégie à un très niveau pour permettre aux équipes de travailler dans la sérénité et d’avancer concrètement ».
Depuis son lancement en 2018, l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana a notamment obtenu la mise en place du Différentiel de Revenu Décent (DRD), une prime de 400 dollars par tonne destinée à améliorer la rémunération des producteurs.
L’organisation a également contribué à l’adoption de la norme ARS-1000, un mécanisme commun de certification et de traçabilité de la production, en prévision de l’entrée en vigueur de la réglementation européenne contre la déforestation à partir de janvier 2027.
Toutefois, plusieurs obstacles demeurent. Des divergences sur les calendriers de commercialisation et les systèmes de gestion du secteur ont parfois fragilisé la coopération entre les deux principaux producteurs africains. Une source ghanéenne citée par Jeune Afrique estime ainsi que « Malgré l’alliance, tout opposait les deux pays qui s’accusaient mutuellement de ne pas jouer franc jeu ».
L’harmonisation des prix reste également un chantier complexe, notamment en raison des différences monétaires et des mécanismes de commercialisation propres à chaque pays. D’après un membre de la délégation ghanéenne, « Les équipes techniques sont déjà à l’œuvre pour définir un équilibre en tenant compte des marges et des contraintes liées à la monnaie qui diffère d’un pays à l’autre ».
Cette relance intervient alors que les perspectives de production sont favorables. La Côte d’Ivoire devrait atteindre environ 2,2 millions de tonnes de cacao au terme de la campagne 2025-2026, contre 1,8 million de tonnes la saison précédente. Au Ghana, la production est projetée à 650 000 tonnes, contre 585 000 tonnes un an plus tôt.
Au-delà du renforcement de leur partenariat bilatéral, Abidjan et Accra souhaitent également élargir l’initiative à d’autres pays producteurs du continent, notamment le Cameroun et le Nigeria, afin d’accroître davantage leur influence sur le marché mondial du cacao.
Source: Jeune Afrique







