RHDP-PDCI: les dessous d’un rapprochement qui se précise
Les signes d’un retour aux vieilles amours entre le RHDP, parti au pouvoir, et le PDCI-RDA sont de plus en plus perceptibles. La volonté de se retrouver semble, en tout cas, habiter les deux formations houphouëtistes. Mais plusieurs questions restent en suspens.
Entre deux anciens tourtereaux, le feu de l’amour peut se rallumer à la moindre étincelle. Le RHDP et le PDCI-RDA pourraient ainsi renouer le dialogue, voire se retrouver. Les premiers signes de ce nouveau cap sont apparus lors de la cérémonie officielle marquant les 80 ans du parti doyen. À cette occasion, le parti présidentiel avait déployé une forte délégation, conduite par son secrétaire exécutif en chef, Ibrahim Cissé Bacongo. Une présence interprétée comme un signal d’apaisement dans le paysage politique ivoirien.
Dans cette dynamique, et malgré quelques sarcasmes propres au jeu politique, le PDCI-RDA a pris une part importante à la célébration officielle du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, à Yopougon-FICGAYO.
“Une bataille qui n’est pas facile”
Lors des préparatifs de cette célébration, l’honorable Yohou Dia Houphouët, ancien député PDCI-RDA, avait clairement mis les pieds dans le plat. Tout en défendant l’esprit républicain du PDCI-RDA, il confortait les spéculations qui circulent depuis plusieurs mois sur une possible volonté de rapprochement avec la grande famille houphouëtiste. « Il y a des personnes qui veulent que nous soyons unis pour la Côte d’Ivoire, il y en a qui ne veulent pas que cela se passe. Donc, c’est une bataille qui n’est pas facile », déclarait-il, laissant transparaître une volonté d’union qui se heurte encore à quelques résistances.
Dans le même contexte, la réception, mardi 4 août, d’une délégation du PDCI-RDA par le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo, également secrétaire exécutif en chef du RHDP, prenait tout son sens. Ce dernier avait d’ailleurs salué l’engagement du PDCI-RDA à contribuer à la réussite de cette importante célébration nationale.
Mais si l’horizon semble s’éclaircir quant à une possible cohabitation entre les deux formations politiques, l’éventualité d’un tel rabibochage soulève, en creux, plusieurs questions fondamentales.
La première concerne l’absence prolongée de Tidjane Thiam du pays. Difficile, en effet, d’imaginer un véritable deal entre le RHDP et le PDCI-RDA tant que le chef de file du parti doyen demeure hors du pays.
Lors de la formation de l’actuelle équipe gouvernementale, des informations avaient circulé sur une éventuelle entrée du PDCI-RDA au gouvernement. Un poste de Premier ministre aurait même été proposé à Tidjane Thiam, qui était déjà installé à l’étranger. Une proposition qui se serait heurtée à une batterie de préalables. À l’époque, la qualité de ses rapports avec le chef de l’État ne plaidait pas forcément en faveur d’une telle collaboration. Les contacts étaient au point mort.
De l’eau a coulé sous le pont
Mais, selon des indiscrétions, de l’eau aurait coulé sous les ponts depuis. L’ancien directeur général de Crédit Suisse aurait désormais des échanges avec le chef de l’État, directement ou par personnes interposées. Ce qui pourrait expliquer le changement de ton observé dans ses dernières sorties, en rupture avec l’interview au vitriol accordée à Alain Foka.
En clair, Thiam semble faire profil bas, allant jusqu’à demander pardon pour certaines de ses critiques les plus acerbes. De quoi obtenir des garanties pour un éventuel retour au bercail, à l’abri de toute pression politique ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que, visé par aucun mandat, le petit-fils de Félix Houphouët-Boigny poursuit son expatriation volontaire. Après la France, il s’est désormais établi aux États-Unis.
Le deuxième problème concerne la procédure judiciaire engagée contre le PDCI-RDA. Le verdict attendu dans les dernières plaintes introduites successivement par Charles Abié Tchétché et Antoine Siaba plane, tel une épée de Damoclès, sur le parti et son président. À l’issue de ces deux procédures, Tidjane Thiam risque une destitution de son poste et le PDCI-RDA, une mise sous administration provisoire.
Et si Tidjane Thiam attendait de connaître l’issue de ces procédures avant de signer son grand retour ? Il jouerait alors la montre.
Les avis sont partagés
Pendant ce temps, au sein du PDCI-RDA, la tension monte entre les différents blocs. Son absence prolongée du pays, conjuguée au flou qui entoure toujours son statut juridique, alimente les débats sur son leadership. Ses fidèles partisans appellent à la mobilisation autour de lui, tandis que certains militants penchent pour une alternative afin de préparer efficacement 2030. Pour ces derniers, le PDCI-RDA ne peut pas se permettre de traverser une nouvelle échéance présidentielle en spectateur.
Cette dichotomie se prolonge jusque dans la perspective d’un éventuel rapprochement avec le parti au pouvoir. Les avis sont partagés. Beaucoup, à l’image de Valérie Yapo, estiment qu’il faut régler cette question au Bureau politique. D’autres écartent tout simplement l’idée d’un nouveau deal.
Tout ce jeu se déroule sous le regard attentif du RHDP, qui attend, patiemment, la position finale de son ancien allié.
Au total, quoi qu’il en soit, un ménage à deux avec le PDCI-RDA constituerait, sur le papier, un retour aux idéaux de l’houphouëtisme que les deux formations ont en partage. Mais derrière les retrouvailles annoncées, la situation de Tidjane Thiam reste la grosse inconnur qui pourrait accélérer ou freiner la dynamique.
M.Galé







