Après les réactions qui ont fait suite à la sortie du Procureur de la République dans l’affaire de la démolition du quartier Koumassi-Campement, certains pouvaient imaginer voir le Ministre, Gouverneur du District autonome d’Abidjan ralentir, se retirer ou se justifier. Pourtant, hier jeudi 24 septembre 2026, il était sur un autre chantier : aux côtés des responsables de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, pour poursuivre la rénovation d’envergure de la Maison de la presse d’Abidjan. Pas de conférence de presse, pas de grand discours, mais simplement des travaux et un projet à poursuivre.
Cette scène invite à dépasser les commentaires du moment pour observer une constante : la volonté de transformer, même si cela bouscule l’existant. On peut discuter les méthodes, contester des décisions, interroger les conséquences. C’est le débat démocratique. Mais réduire Cissé Ibrahima Bacongo aux controverses actuelles ne serait pas juste.
De l’Université à la Fonction publique : une même logique
En 2011, le système universitaire ivoirien sort d’une crise profonde. Les travaux conduits sous son ministère permettent la réouverture des universités publiques en septembre 2012. Des habitations et occupations anarchiques ont été démantelées. Le CAMES saluera l’ampleur de la reconstruction et des réformes. Et rien ne sera remis en cause après son départ. Plus tard, au Ministère de la Fonction publique, les locaux du Plateau sont modernisés et réaménagés. Bacongo résume alors sa philosophie : la réhabilitation morale des fonctionnaires passe aussi par l’amélioration de leurs conditions de travail. Avant Abidjan, il y avait déjà cette conviction : changer l’environnement pour changer les comportements.
Koumassi : quand la transformation devient visible
À la tête de Koumassi en 2018, il affronte des problèmes d’infrastructures, de salubrité, de circulation et d’occupation de l’espace public. Les changements sont visibles : bitumage, nouvelles voiries, trottoirs, drainage, réaménagement du Grand Carrefour. Certaines voies autrefois impraticables sous la pluie sont aujourd’hui fluidifiées. On peut débattre des coûts ou des méthodes, mais nier la transformation physique serait difficile.
L’action de Koumassi-Campement n’est pas d’un registre différent
Il faut le préciser : l’action à Koumassi-Campement ne relève pas d’un registre différent de tout ce qu’il a fait durant son parcours. À une différence près : cette opération a été parasitée par la revendication d’un privé sans compétence ni documents, qui a osé invoquer le sceau de l’État et la formule consacrée : « le Chef de l’État demande à toute autorité de faciliter l’exécution de cette décision ». Or il n’en était rien. C’est sur cette base que l’enquête a été ouverte. Au départ, la justice n’a pas ouvert d’enquête sur l’action du District autonome d’Abidjan.
L’action du Ministre, Gouverneur s’inscrit dans une mission au service d’une institution : le District autonome d’Abidjan. Cissé Ibrahima Bacongo n’agit pas pour des intérêts personnels. Comprendre cela aide à appréhender son mode opératoire et Koumassi-Campement, loin de tout amalgame et des parasitage d’une revendication mal fondée par un tiers.
Casser n’est pas une politique. Reconstruire en est une.
Démolir ne peut être une fin en soi. La question essentielle : qu’est-ce qu’on construit à la place ? Et que devient la population concernée ? Gouverner une métropole, c’est anticiper la ville de demain, parfois prendre des décisions difficiles aujourd’hui. D’où le caractère clivant de son action. Il n’a pas choisi la facilité.
Et hier, la Maison de la presse
Alors que les commentaires vont bon train sur Koumassi-Campement, le Ministre, Gouverneur était sur un chantier destiné à rénover entièrement la Maison de la presse. Un symbole : au moment où certains réclament son départ, il montre ce qui se construit. Cela ne répond pas à toutes les interrogations, mais permet de regarder l’homme autrement. Au-delà des polémiques, il y a un homme de mission qui considère que sa responsabilité première est d’agir : faire, décider, assumer, corriger si nécessaire, et surtout reconstruire.
Le courage de faire
Peu de responsables publics échappent au dilemme : préserver ou transformer. Le second choix expose davantage, car il produit immédiatement des mécontents. Au milieu des réactions de soutien ou d’hostilité , je retiens l’image d’un responsable qui continue de travailler. Cela n’approuve pas toutes ses décisions, mais invite à les regarder dans leur totalité : réussites, difficultés, controverses, résultats et conséquences humaines.
La vraie question n’est pas seulement ce qu’un responsable a démoli, mais ce qu’il a construit à la place, et pour qui. C’est sur cette double exigence ( transformer et protéger, construire et rendre compte ) que se mesure toute action publique. Pour ma part, je vois chez Cissé Ibrahima Bacongo un responsable qui accepte le risque de faire, quand il serait plus confortable de ne rien faire. Casser quand c’est nécessaire, mais surtout reconstruire pour le bien de tous. Les polémiques passent. Les chantiers restent. Et ce sont les réalisations, le traitement des populations et le devenir des territoires qui permettront, avec le recul, d’apprécier la portée de ces décisions.
Une contribution de Franck ETTIEN, Journaliste-politologue et écrivain

