En chargeant les opposants et en jetant un doute sur la capacité de Laurent Gbagbo à continuer d’incarner la lutte, Pulchérie Gbalet met le doigt là où ça fait mal : les contradictions d’une opposition qui peine à transformer la contestation en véritable alternative politique.
Il fallait peut-être une voix venue de la société civile pour dire tout haut ce que certains pensent tout bas. Pulchérie Gbalet n’a pas choisi la prudence. Dans un entretien télévisé, cette figure de la contestation ivoirienne s’est livrée à une charge frontale contre l’opposition. Son grief tient en un constat. « Je reproche à l’opposition un certain égocentrisme par rapport aux intérêts du peuple qu’il faut défendre », affirme-t-elle.
Puis vient la sentence : les opposants ivoiriens, estime-t-elle, ne disposent pas de la capacité à « privilégier la Côte d’Ivoire » et « ne méritent pas de diriger les Ivoiriens ». Des mots lourds. Mais surtout un avertissement politique.
L’opposition, prisonnière de ses propres querelles
Le problème soulevé par Pulchérie Gbalet dépasse les personnes. Il touche à la mécanique même de l’opposition ivoirienne. Depuis plusieurs années, les forces hostiles au pouvoir se retrouvent régulièrement autour de combats communs. Mais ces rapprochements restent fragiles. Les plateformes se constituent, les fronts communs sont annoncés, les discours convergent. Puis les divergences réapparaissent lorsque surgissent les questions de leadership, de stratégie ou de représentation. Gbalet évoque précisément cette difficulté. Selon elle, le front commun n’aurait pas été bâti sur une sincérité suffisante. Certains acteurs, affirme-t-elle, auraient fini par se dérober au moment de passer des engagements aux actes.
Le constat est sévère, mais il renvoie à une réalité politique observable : une opposition peut additionner les partis sans additionner les forces. Or, une bataille électorale ne se gagne pas seulement avec des figures connues et des discours de circonstance. Elle exige une organisation, une implantation territoriale, des relais locaux, une discipline collective et surtout une capacité à tenir une ligne politique dans la durée.
Pendant ce temps, le RHDP consolide son avantage
C’est précisément sur ce terrain que le contraste avec le RHDP apparaît. Les législatives du 27 décembre 2025 ont donné au parti présidentiel 197 sièges sur 255. Le PDCI-RDA en a obtenu 32, tandis que les indépendants en ont remporté 23.
Ces chiffres ne suffisent pas à résumer toute la réalité politique ivoirienne. Ils traduisent néanmoins un rapport de force parlementaire particulièrement net : le RHDP dispose d’une implantation et d’une capacité électorale qui lui permettent de conserver une majorité très large.
Le contraste est là. D’un côté, un parti présidentiel qui capitalise sur la continuité de son appareil, son implantation dans les circonscriptions et l’expérience accumulée au fil des échéances électorales. De l’autre, une opposition qui continue de chercher la formule capable de transformer ses différentes composantes en force cohérente.
Et puis arrive la question Gbagbo C’est ici que la sortie de Pulchérie Gbalet prend une autre dimension. Sur Laurent Gbagbo, son propos est particulièrement révélateur. Elle reconnaît à l’ancien président son statut d’« homme de la lutte », mais estime qu’il est arrivé à un stade où, « pour des raisons que lui seul maîtrise », il n’ose plus certaines choses.
Cette phrase dépasse la simple critique personnelle. Elle touche au cœur d’un débat qui traverse le camp de l’opposition : que faire du poids historique de ses anciens combattants lorsque les réalités politiques changent ?
Laurent Gbagbo reste une figure majeure de la vie politique ivoirienne. Mais la question du renouvellement du leadership n’en demeure pas moins posée. Peut-on continuer à construire l’avenir politique uniquement à partir des combats du passé ? Comment articuler héritage, transmission et renouvellement ?
La déclaration de Gbalet ouvre brutalement cette discussion. Et elle intervient alors que le PPA-CI, après avoir boycotté les législatives de 2025, se trouve confronté à la nécessité de repenser sa stratégie politique.
Le miroir que Gbalet tend à l’opposition
C’est peut-être le principal enseignement de cette sortie. Pulchérie Gbalet ne dit pas seulement que l’opposition est divisée. Elle lui reproche de ne pas suffisamment placer l’intérêt collectif au-dessus des intérêts particuliers. Elle ne critique pas seulement une stratégie électorale. Elle interroge une culture politique. Son coup de sang oblige ainsi les opposants à regarder davantage vers eux-mêmes.
Car le pouvoir ne se conquiert pas uniquement en dénonçant celui qui l’exerce. Il faut également convaincre que l’on sait faire autrement.
Pour l’heure, le rapport de force électoral reste largement favorable au RHDP. Et pendant que le parti présidentiel consolide ses positions, l’opposition donne encore le sentiment de chercher son point d’équilibre. C’est sur cette ligne que se jouera, demain, sa crédibilité. Et les propos sur Gbagbo pourraient bien avoir ouvert un débat que personne, même dans les rangs de l’opposition, ne pourra éternellement esquiver.
M. Galé



