Alors que certains acteurs politiques, singulièrement dans les rangs de l’opposition, et plusieurs observateurs de la scène nationale expriment régulièrement des réserves sur la vitalité de la démocratie ivoirienne, le gouvernement offre depuis peu un démenti pragmatique aux pronostics les plus pessimistes.
À la faveur du chantier de la réforme électorale, la dynamique de concertation engagée par les autorités témoigne d’une volonté d’inclusivité politique qui bouscule les idées préconçues.
Depuis le début de la semaine, les locaux du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, situés au Abidjan-Plateau, sont le théâtre d’un ballet politique continu. Sous la conduite du général de corps d’armée Vagondo Diomandé, cette phase de consultations directes mobilise l’ensemble du spectre politique ivoirien. Grandes formations traditionnelles comme entités émergentes, chaque état-major est appelé à faire valoir ses analyses, ses réserves et ses recommandations en vue de configurer le futur appareil électoral appelé à succéder à la Commission Électorale Indépendante (CEI).
La table des discussions a ainsi vu défiler les responsables de mouvements aux sensibilités diverses : l’Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire (ADCI) d’Antoine Assalé Tiémoko, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Tidjane Thiam, le Congrès Panafricain pour la Justice et l’Égalité des Peuples (COJEP) de Charles Blé Goudé, ou encore le Front Populaire Ivoirien (FPI) dirigé par Pascal Affi N’Guessan. L’esprit de la démarche repose sur une écoute sans exclusive, permettant à chaque voix d’alimenter la réflexion globale.
L’enjeu de cette série d’audiences réside dans la co-construction du projet de loi. Les propositions transmises par écrit par les différents partis serviront de base à la synthèse que le gouvernement soumettra au débat parlementaire à l’Assemblée nationale. En intégrant les contributions en amont du processus législatif, l’exécutif cherche à poser les jalons d’un cadre électoral consensuel, gage de paix sociale et de stabilité démocratique pour les échéances à venir. « Nous faisons nos propositions pour que la Côte d’Ivoire ne soit pas un pays à risque électoral où les gens se tuent tous les 5 ans », a souligné Blé Goudé, au terme de sa rencontre avec le ministre Vagondo Diomandé.
Pas étonnant que cette méthode ait suscité une adhésion notable, sur le terrain politique. À leur sortie de cabinet, les leaders de l’opposition ont unanimement salué l’initiative du gouvernement. Si des divergences de fond subsistent quant à l’architecture exacte et aux critères d’indépendance de la future instance, l’ouverture du canal de dialogue direct par le gouvernement, à travers le ministre Vagondo Diomandé, marque un pas significatif vers l’apaisement et la consolidation des institutions républicaines.
Zéphirin Gohia


