Cristiano Ronaldo, la légende du football portugais, a claqué la porte de la sélection, mercredi en pleine Ligue des Nations européenne. Tout en signant, par la même occasion, la fin d’une aventure longue de plus de 20 ans, cet événement suscite un débat sur la gestion des légendes au soir de leur carrière.
Le meilleur buteur de la sélection portugaise (146 buts en 234 matchs) et quintuple Ballon d’or France Football tourne une page de son parcours footballistique. Plus de maillot de la Seleção, plus de brassard de capitaine, donc. Une parenthèse qui se referme. Mais de quelle manière !
Si la retraite internationale de CR7 était dans les tuyaux depuis des mois, l’arrivée de Jorge Jesus sur le banc du Portugal a précipité l’échéance. Sa manière de le gérer, notamment lors de la fenêtre internationale de septembre-octobre, n’a pas plu au quintuple Ballon d’or, qui a décidé de plier bagages.
CR7 a promis de dire sa vérité
Une scène pour le moins inattendue. Resté sur le banc face à la Norvège, Cristiano Ronaldo a quitté le camp de regroupement des Portugais à Copenhague. À la surprise générale, il a regagné l’hôtel, fait ses valises, puis pris la direction de l’aéroport pour monter à bord de son jet privé.
CR7 a promis de dire sa vérité aux Portugais en temps opportun. Mais déjà, cette fin houleuse fait le lit d’une controverse explosive à la surface du monde footballistique. Le sélectionneur, lui, semble être passé à autre chose. Aussitôt le capitaine parti, Jorge Jesus a confié son légendaire numéro à Rafael Leão.
Le technicien a également réagi avec fermeté à la déclaration de l’ancien Madrilène : « Quand un joueur commence à croire que son nom lui donne le droit de contester chaque décision, vous avez un problème. »
Ajoutant par la suite : « Cristiano Ronaldo est une légende du Portugal, mais les légendes sont souvenues pour ce qu’elles ont accompli. Elles ne sont pas garanties de temps de jeu en raison de leur passé. »
“Nous construisons une équipe”
Au cœur de la polémique, le technicien lusitanien privilégie l’intérêt du pays. Aussi appelle-t-il Cristiano Ronaldo à comprendre une chose : « Nous construisons une équipe, pas un monument à un seul joueur. »
Luis Figo, autre légende du football portugais, vit quant à lui ce drame avec une profonde amertume. Pour le Ballon d’or 2000, ce n’est pas tant l’absence de CR7 au sein de la sélection qui pose problème, mais la forme et le contexte de son départ, eu égard à sa légende et à sa réputation.
« Ce qui m’inquiète, ce n’est pas que le Portugal puisse continuer sans Cristiano. Bien sûr qu’il le peut. Ce qui m’inquiète, ce sont les enfants portugais qui regardent tout cela. Le garçon de 12 ans qui a commencé à jouer au football grâce à Cristiano. Celui qui porte le numéro 7 sur chaque maillot du Portugal. Celui qui rêve, un jour, de représenter son pays », regrette Figo, qui témoigne d’un profond respect pour la carrière de son successeur.
José Seguro, le Président de l’État portugais, abonde dans le même sens, affirmant: « Vous ne pouvez pas traiter ainsi quelqu’un qui fait connaître notre pays et notre culture à toute la planète. » Il aurait même demandé des explications au sélectionneur.
Parmi les observateurs et experts du football, le feuilleton CR7 fait débat. Chacun défendant une position selon sa perception des faits. Au bord des larmes, Nabil Djellit juge lunaire le traitement réservé à Cristiano Ronaldo pour son clap de fin en équipe nationale.
« Jorge a tort. Tu ne peux pas demander à un joueur comme Ronaldo d’aller se chauffer pendant 30 minutes et, au final, ne pas le faire entrer, tout en faisant entrer un autre joueur. On parle de Cristiano Ronaldo, une légende qui a tout donné pour son pays », a souligné le consultant de Canal+ d’un ton amer. « Si tu es sûr que tu ne vas pas le faire jouer, laisse-le sur le banc dès le départ. »
« Un psychodrame », un « gâchis »
D’autres, en revanche, estiment que l’ego « surdimensionné » du natif de Madère a fini par jouer contre lui. Dans l’ensemble, la presse internationale parle d’un « psychodrame », d’un « gâchis » pour le plus grand joueur de l’histoire du football portugais. Les consultants sportifs pointent du doigt son incapacité à accepter le poids des années, lui qui a désormais 41 ans, ainsi que son nouveau statut de remplaçant sous les ordres de Jorge Jesus.
La conséquence directe de ce divorce brutal est que Cristiano Ronaldo n’aura certainement pas droit aux honneurs rendus à Lionel Messi par toute l’Argentine. La Pulga, officiellement retraitée sur le plan international, disputera son dernier match sous les couleurs argentines, lundi 6 septembre, au Stade Monumental de Buenos Aires. En guise d’adieux, dans une fusion totale avec les supporters. Adidas a d’ailleurs produit une édition spéciale du maillot albiceleste pour cette ultime danse de l’un des plus grands joueurs de la planète football.
Silence radio dans le vestiaire
À contrario, au Portugal, le vestiaire est plongé dans un profond malaise. Sur le sujet Cristiano, c’est silence radio exigé. « Je suis très proche de Cris », a confié Renato Veiga, selon L’Équipe. Et le joueur de Villarreal de poursuivre : « Il sait toute l’affection que je lui porte, mais j’ai reçu des indications (consignes, NDLR) pour ne pas parler de ce sujet. »
Après la victoire contre le Danemark (4-2), le Portugal s’apprête à retrouver la Norvège ce dimanche, à l’Estádio do Dragão, à domicile. Ce sera sans Cristiano Ronaldo, mais avec la même détermination de clôturer cette trêve internationale dans la dynamique victorieuse.
Martial Galé


