Lemandatexpress- Invité du magazine du dimanche de la RTI pour dresser le bilan du Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA 2026), Lamine Koné, président du Groupement Ivoirien du Bâtiment et des Travaux Publics (GIBTP), a plaidé pour une souveraineté accrue des acteurs locaux dans les grands chantiers nationaux. Réforme des marchés publics, intégration de l’IA, économie circulaire : le patron du BTP ivoirien esquisse la feuille de route d’un secteur en pleine mutation.
Quelques jours après la clôture du Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA), qui s’est tenu du 17 au 19 septembre dernier au Parc des expositions d’Abidjan sous le thème « Digitalisation, économie circulaire et gestion durable des ressources dans le BTP », le président du GIBTP, Lamine Koné, s’est exprimé sur les défis majeurs du secteur. Si le dynamisme des infrastructures en Côte d’Ivoire est indéniable, la répartition des retombées économiques reste un sujet de préoccupation majeur pour le patronat local.
Le constat dressé par le président du GIBTP est sans équivoque : les compétences locales doivent prendre une part plus active dans la réalisation des infrastructures stratégiques. Selon lui, les statistiques actuelles révèlent une disproportion criante, avec six grands projets sur dix attribués à des firmes internationales.
Face à ce déséquilibre, Lamine Koné appelle à un changement de paradigme fondamental. Si la décision de transformer durablement le secteur ne tenait qu’à lui, son choix serait immédiat. « Il faut rendre obligatoire l’association d’entreprises ivoiriennes aux grands projets, avec un transfert de compétences », a-t-il plaidé. Pour M. Koné, cette mesure corrective permettrait de résoudre plusieurs problématiques structurelles à la fois. « Nos entreprises gagnent des références et grandissent. Nos jeunes ingénieurs se forment sur les chantiers les plus ambitieux, la richesse créée reste dans le pays et, enfin, nous pourrons dire que dans 10 ans, nous aurions des champions ivoiriens capables de construire la Côte d’Ivoire et l’Afrique à partir d’Abidjan », a-t-il souligné.
Allotissement et fin du « moins-disant »
Pour y parvenir, le GIBTP demande une révision des règles d’attribution des marchés publics, déplorant des barrières à l’entrée jugées absurdes pour les PME locales. Lamine Koné dénonce notamment les incohérences d’allotissement qui éliminent d’office des PME expérimentées sous prétexte de seuils d’attribution disproportionnés.
Autre cheval de bataille du groupement : l’abandon du critère systématique du prix le plus bas au profit du « mieux-disant ». « Le moins cher à la signature, ce n’est pas toujours le moins cher sur la durée. C’est bien clair, c’est connu : un prix anormalement bas, c’est souvent un prix qui cache des matériaux au rabais, des délais ratés et des avenants à n’en plus finir pour terminer un chantier », martèle-t-il. Le patronat du BTP préconise de favoriser la valeur globale en intégrant la qualité technique, la durabilité, mais aussi l’impact social et l’innovation.
Innovation, IA et économie circulaire
Abordant les perspectives d’avenir débattues lors du SIA 2026, Lamine Koné a souligné l’urgence pour les acteurs du BTP d’embrasser les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, sous peine de marginalisation. « Ceux qui ne seront pas formés, c’est ceux-là qui vont disparaître », prévient-il, tout en rappelant que si l’IA transformera la gestion et la planification des chantiers, les métiers du terrain resteront indispensables.
Sur le volet environnemental et le traitement des déchets de chantier, le président du GIBTP appelle à la structuration d’une véritable filière de recyclage, conditionnée par l’engagement de la commande publique : « Il est important que dans les marchés publics on inscrive une utilisation de ces déchets recyclés pour permettre qu’une industrie naisse autour du recyclage ».
Alors que le GIBTP célèbre neuf décennies d’engagement retracées dans un ouvrage commémoratif préfacé par le Premier ministre Robert Beugré Mambé, le message de son président sonne comme un appel clair aux décideurs : l’avenir du BTP ivoirien passe irrémédiablement par la valorisation et l’autonomisation de son capital humain et de son tissu entrepreneurial local.
Zéphirin Gohia


