lemandatexpress – Dans sa livraison du mercredi 7 octobre 2026, la rédaction du journal ”Le Contre-Poids” a choisi d’affubler Téné Birahima Ouattara (TBO) du qualificatif de « Cumulard premier », réduisant la complexité de l’exercice des charges publiques à une simple arithmétique de fonctions.
En décrivant le vice-Premier ministre comme le cadre le plus puissant de l’appareil d’État au détour d’un inventaire de ce qu’ils qualifient de « cinq casquettes », l’analyse proposée cède à la tentation du raccourci politique. Elle occulte délibérément les fondements de la légitimité démocratique, la synergie institutionnelle et l’exigence absolue de stabilité sécuritaire qui guident l’action régalienne. Ce procès d’intention résiste mal à l’épreuve des faits dès lors que l’on examine la nature réelle de ces engagements.
Tout d’abord, il convient de rappeler une vérité élémentaire de notre architecture républicaine. Les mandats politiques ne s’octroient pas par complaisance administrative, ils se conquièrent devant le peuple. Présenter l’élection de député d’Abobo et celle de président du Conseil Régional du Tchologo comme de simples ajouts à un tableau d’affichage institutionnel revient à méconnaître la souveraineté du suffrage universel direct. Lors des élections législatives du 27 décembre 2025, la liste conduite par Téné Birahima dans la commune d’Abobo a recueilli un score sans appel de 88,45 % des suffrages exprimés, remportant la totalité des 6 sièges mis en jeu. Quelques années plus tôt, en septembre 2023, les populations du Tchologo lui renouvelaient leur confiance à la tête du Conseil régional avec une majorité écrasante de 95,04 % des voix.
Ces scores écrasants expriment une adhésion populaire incontestable qui ne saurait être balayée du revers de la main. Remettre en cause ces mandats sous le prétexte fallacieux d’un cumul, c’est en réalité contester le choix démocratique de centaines de milliers de citoyens qui voient en lui un relais précieux capable d’articuler les priorités du terrain avec l’action nationale. L’ancrage local d’un dirigeant ne constitue pas une surcharge, mais un rempart indispensable contre la déconnexion technocratique.
L’exigence de continuité et d’efficacité
Sur le plan des responsabilités exécutives, l’accumulation apparente des fonctions de ministre de la Défense, membre du Conseil national de sécurité (CNS) et Vice-Premier ministre répond à une logique de cohérence stratégique plutôt qu’à un désir d’hégémonie. Aux commandes de la Défense nationale depuis mars 2021, d’abord à titre intérimaire puis celui de titulaire, TBO évolue au cœur d’un environnement géopolitique sous régional complexe, marqué par des menaces sécuritaires persistantes aux frontières du Sahel et dans le golfe de Guinée. La gestion de la souveraineté régalienne exige une continuité méthodique, une connaissance intime des rouages de l’armée et une rigueur qui ne s’improvisent pas.
D’ailleurs, la création récente, le 23 janvier 2026, du poste inédit de Vice-Premier ministre s’inscrit précisément dans cette volonté de renforcer la coordination de l’action gouvernementale sous l’autorité du Premier ministre et du Chef de l’État. Loin de se télescoper, ces responsabilités se renforcent mutuellement, créant une synergie naturelle entre la sécurisation globale du territoire national et le développement des zones frontalières particulièrement vulnérables comme la région du Tchologo.
Un cadre institutionnel rigoureux et délégatif
Il faut également dissiper le fantasme d’un pouvoir personnel absolu en rappelant que la Côte d’Ivoire demeure un État de droit, doté de règles constitutionnelles strictes qui encadrent minutieusement le cumul des mandats et des fonctions publiques. L’action d’un ministre ou d’un président de Conseil demeure en permanence soumise au contrôle parlementaire, aux arbitrages budgétaires et à l’évaluation républicaine.
De plus, la gouvernance moderne repose sur la décentralisation des tâches et le travail d’équipe. Dans l’exercice de ses mandats locaux comme dans la conduite des affaires publiques, un responsable s’appuie sur des structures rodées, des équipes techniques compétentes, des vice-présidents de conseil et des suppléants à l’Assemblée nationale qui garantissent l’efficacité quotidienne des services publics.
L’itinéraire politique du Vice-Premier ministre traduit la mise à disposition d’une expertise globale au service de l’intérêt général. Associer la légitimité populaire des urnes à la conduite des portefeuilles régaliens ne constitue pas une faiblesse institutionnelle, mais représente un gage de cohésion, d’efficacité et de stabilité nationales. Réduire cette trajectoire au concept simpliste de « cumulard » relève de la caricature journalistique, alors que reconnaître la complémentarité de ces fonctions témoigne du sens des réalités de l’État.
Zéphirin Gohia
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