Réforme électorale : Le PPA-CI plus que jamais isolé

lemandatexpress – À la suite de la déclaration commune de l’opposition, une réalité saute aux yeux : le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) se retrouve à l’écart des grandes dynamiques de rassemblement. Stratégie du ‘’seul contre tous’’, intransigeance interne ou méfiance réciproque ?

Ce mardi 13 octobre 2026, à l’occasion du point presse, à la Maison du PDCI-RDA de Cocody, l’opposition politique ivoirienne avait un air d’incomplétude. Alors que plus d’une dizaine de formations politiques, parmi lesquelles le PDCI-RDA, le MGC de Simone Ehivet Gbagbo, le FPI de Pascal Affi N’guessan ou encore l’ADCI, affichaient leur unité autour d’une déclaration commune sur la mise en place du nouvel organe électoral, un grand absent crevait l’écran : le PPA-CI de Laurent Gbagbo.

Dans le flot de cachets et de signatures venus sceller cet accord né à partir du projet du Haut Conseil Électoral (HCE), aucune trace des hommes de Gbagbo. Pire encore, au cours du point presse animé par les leaders de cette nouvelle coalition, le nom du camp Gbagbo n’a pas été cité une seule fois. Un silence assourdissant qui confirme ce que beaucoup d’observateurs pressentaient : le PPA-CI s’est progressivement enfermé dans une posture d’isolement.

Du rôle de leader à la politique de la chaise vide

Pourtant, le parti de l’ancien président n’a pas été tenu à l’écart des discussions initiales. Bien au contraire, le PPA-CI a abrité dans ses propres locaux toute une série de rencontres préparatoires visant à harmoniser les propositions de l’opposition pour une réforme profonde de la Commission électorale indépendante (CEI).

Des figures de premier plan du parti, telles que Hubert Oulaye et Sébastien Dano Djédjé, ont participé activement aux travaux menés de concert avec la coalition portée par Simone Gbagbo et Pascal Affi N’guessan. Une démarche d’ouverture qui visait à bâtir un projet consensuel capable d’acculer le pouvoir du RHDP.

Mais au moment de poser l’acte final et d’apposer sa signature au bas du manifeste commun, le PPA-CI a fait faux bond. La raison officielle évoquée dans un communiqué : « Un processus de validation interne du document non encore achevé par la direction et les instances compétentes du parti ». Un prétexte jugé fallacieux et diplomatique par des observateurs, qui y voient surtout une réticence chronique de Laurent Gbagbo et Cie à s’engager dans des démarches collectives.

Des choix qui repoussent l’opposition ?

Cet épisode s’inscrit dans la droite ligne de la ligne politique adoptée par le PPA-CI ces dernières années. En choisissant notamment de s’abstenir de participer aux dernières législatives du 27 décembre afin de ne pas ‘’légitimer’’ les institutions en place, le camp Gbagbo s’est lui-même placé dans une impasse tactique.

Comment le PPA-CI pourrait-il participer à un front commun pour déposer un projet de réforme auprès du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, alors qu’il conteste la légitimité même de l’administration actuelle ? » C’est la question légitime que l’on est en droit de se poser.

Manifestement, le PPA-CI s’est progressivement rendu incertain, voire difficile à associer pour le reste de la classe politique d’opposition. Cela du fait de son refus des concessions indispensables à tout travail d’alliance.

Un pari solitaire à haut risque pour 2026

Laurent Gbagbo et sa direction, en se coupant du PDCI-RDA et des formations d’opposition émergentes, semble faire le pari du purisme politique et du rapport de force individuel. Mais à quel prix ? Par son isolement sur la question centrale de la réforme électorale, le PPA-CI laisse le champ libre à une autre coalition d’opposition pour incarner l’alternative face au pouvoir en place.

Alors que les échéances majeures, notamment les élections municipales et sénatoriales approchent, il se dégage un constat amer pour les militants de l’ex-président : à force de faire de la surenchère institutionnelle et d’entretenir la méfiance vis-à-vis de ses alliés naturels, le PPA-CI ne semble plus être l’un des moteurs de l’opposition, mais son spectateur le plus solitaire.

W. DeBongo

lemandatexpress.net

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