Plusieurs années après la dégradation de leurs rapports, la Côte d’Ivoire et le Mali pourraient renouer avec une coopération sécuritaire plus étroite. Selon les informations rapportées par l’Agence France-Presse (AFP), Vassiriki Traoré, patron des renseignements ivoiriens, est attendu à Bamako ce jeudi 15 octobre 2026, à l’invitation de son homologue malien, Modibo Koné, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE).
Cette visite doit notamment permettre d’aborder le renforcement de la coopération et le partage de renseignements dans la lutte contre le terrorisme. Une audience avec le président de la Transition, Assimi Goïta, est également annoncée. Si elle se confirme, cette démarche pourrait constituer un signal d’ouverture entre les deux capitales ouest-africaines. Leurs relations ont été éprouvées par plusieurs crises depuis 2022.
Le Mali, confronté depuis plusieurs années aux attaques de groupes armés, fait face à des risques qui concernent également ses régions méridionales, plus proches des pays côtiers. Cette évolution renforce les préoccupations des États voisins, notamment la Côte d’Ivoire, qui cherche à prévenir toute extension de l’insécurité vers son territoire.
La circulation de renseignements, un outil important dans la prévention des attaques
Pour Abidjan comme pour Bamako, la circulation de renseignements peut constituer un outil important dans la prévention des attaques. Le suivi des mouvements de groupes armés, l’identification des réseaux de soutien et la détection des menaces transfrontalières nécessitent en effet une coordination entre les services compétents.
Au-delà de la menace jihadiste, la sécurisation du corridor Abidjan-Bamako représente un autre enjeu. Cet axe relie le Mali à l’un de ses principaux débouchés maritimes et joue un rôle important dans les échanges commerciaux entre les deux pays. La stabilité de cet itinéraire est donc essentielle pour les opérateurs économiques, les transporteurs et les populations qui dépendent de ces échanges.
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Dans ces conditions, une meilleure circulation de l’information entre les services de renseignement ivoiriens et maliens pourrait contribuer à anticiper les risques et à renforcer la surveillance des zones sensibles. Toutefois, les modalités concrètes d’un éventuel partage de renseignements, de même que son calendrier de mise en œuvre, restent à préciser.
L’affaire des 49 militaires, un tournant dans les relations bilatérales
Cette perspective de rapprochement intervient après une période de fortes tensions entre les deux pays. Le point culminant de cette crise remonte au 10 juillet 2022, avec l’arrestation à Bamako de 49 militaires ivoiriens déployés dans le cadre d’un dispositif de soutien à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).
Les autorités maliennes avaient présenté ces militaires comme des mercenaires, soupçonnés de porter atteinte à la sûreté de l’État. Abidjan avait, de son côté, contesté ces accusations, affirmant que les soldats étaient régulièrement présents au Mali dans le cadre de leur mission de soutien logistique. Le différend avait rapidement pris une dimension diplomatique, les deux capitales défendant des versions opposées des circonstances de cette présence militaire.
La détention des soldats, les condamnations prononcées par la justice malienne et les démarches entreprises par les autorités ivoiriennes avaient entretenu le bras de fer pendant plusieurs mois. La crise avait finalement connu son dénouement en janvier 2023, après une médiation du Togo. Le président de la Transition, Assimi Goïta, avait accordé une grâce aux 49 militaires, qui avaient ensuite regagné la Côte d’Ivoire.
Cet épisode avait profondément éprouvé la confiance entre la Côte d’Ivoire et le Mali, sans pour autant effacer les liens historiques, humains et économiques qui unissent les deux pays. Dès la libération des soldats, le président ivoirien Alassane Ouattara avait exprimé sa volonté de renouer des relations normales avec le Mali. Un mémorandum d’entente avait également été signé le 22 décembre 2022, dans le cadre de la médiation togolaise, en faveur de la paix et du renforcement des relations de bon voisinage.
La situation du Malin, un sujet de préoccupation
Depuis cette crise, la question de la coopération entre les deux États reste étroitement liée à leurs relations politiques et diplomatiques. Le contexte régional a également évolué, avec la recomposition des alliances au Sahel et le retrait progressif des mécanismes de coopération qui associaient auparavant plusieurs partenaires internationaux aux États de la région.
Pour les pays côtiers, dont la Côte d’Ivoire, la situation sécuritaire au Mali constitue un sujet de préoccupation en raison des risques de débordement de la menace vers le sud. Pour Bamako, les échanges avec les États voisins peuvent aussi représenter un levier dans la lutte contre les groupes armés, dont les activités dépassent les frontières nationales. C’est dans ce cadre que se situerait la visite annoncée de Vassiriki Traoré à Bamako.
Reste toutefois à savoir si cette démarche débouchera sur des mécanismes opérationnels durables ou si elle restera, dans un premier temps, au stade des échanges entre responsables. Une visite et des discussions ne suffisent pas, à elles seules, à établir la reprise officielle d’une coopération.
Martial Galé



