Face aux pressions de Washington: les confidences inédites de Fatou Bensouda sur ses années à la CPI

lemandatexpress – Depuis son départ de la Cour Pénale Internationale (CPI), Fatou Bensouda, s’était enfermée dans un silence assourdissant. L’ancienne Procureur a livré récemment un témoignage saisissant sur l’envers du pouvoir judiciaire international. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, la juriste gambienne revient en détail sur les intimidations d’une violence inédite qu’elle a dû affronter lorsqu’elle dirigeait le parquet de La Haye.

‎Sa décision d’ouvrir des enquêtes sensibles sur de présumés crimes de guerre commis en Afghanistan ainsi que dans les Territoires Palestiniens, impliquant directement de grandes puissances mondiales, lui a valu de devenir la cible privilégiée du pouvoir américain. En 2020, sous le mandat de Donald Trump, le gouvernement des États-Unis a ainsi déployé un arsenal de coercition exceptionnel contre elle, allant de la révocation de son visa au gel de ses avoirs bancaires, en passant par des interdictions de voyager et la présence troublante d’inconnus venus la guetter à son propre domicile, aux Pays-Bas.

Bien avant l’officialisation de ces sanctions, l’ancienne procureure faisait déjà l’objet de traitements dégradants lors de ses déplacements officiels outre-Atlantique. Elle se remémore avec amertume ces scènes répétées aux frontières américaines : « Ils venaient au pied de l’avion. Quand je descendais, on m’escortait comme une criminelle. On m’emmenait dans une salle pour les passagers à problèmes de visa », confie-t-elle, précisant avoir subi ce protocole humiliant à au moins trois reprises.

Cette réaction disproportionnée du pouvoir politique face à l’action de la justice internationale a suscité l’indignation de ses pairs. Son prédécesseur à la tête de la CPI, Luis Moreno Ocampo, dénonce fermement l’attitude des autorités américaines, rappelant que « l’administration Trump l’a traitée comme on traite les terroristes et les trafiquants de drogue, pour avoir fait son travail ».

‎Malgré les menaces qui ont pesé sur ses proches et le sentiment de peur qui a rythmé son quotidien, Fatou Bensouda affirme n’avoir jamais envisagé de céder au chantage ou de faire marche arrière. Il aura fallu attendre le mois d’avril 2021 et l’arrivée de l’administration de Joe Biden pour que Washington lève définitivement l’ensemble de ces mesures punitives.

Zephirin Gohia

lemandatexpress.net

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