
40e Assemblée Générale de l’AFRICATIP : L’avenir de la maîtrise d’ouvrage déléguée au cœur des travaux, à Abidjan
La 40e Assemblée Générale (AG) de l’Association Africaine des Agences d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AFRICATIP) a ouvert ses portes hier, mardi 15 juillet 2025, à Abidjan. Présidée par le Dr. Amedé Kouakou, ministre de l’Équipement et de l’Entretien routier, la cérémonie de lancement a réuni les représentants des agences d’exécution de 15 pays membres, dont l’Ageroute Côte d’Ivoire, hôte de l’événement

Placée sous le thème : « L’avenir de la Maîtrise d’Ouvrage Déléguée (MOD), le devenir des Agences », cette AG se déroulera jusqu’au jeudi 17 juillet 2025. Les travaux porteront sur le bilan, le renouvèlement des membres du Bureau, l’élection du nouveau président, les perspectives d’avenir pour les agences membres, etc. Le ministre Amedé Kouakou a exprimé sa fierté de voir la Côte d’Ivoire accueillir cette 40e AG de l’AFRICATIP, y voyant une reconnaissance des progrès significatifs réalisés par le pays en matière d’infrastructures routières au cours des quinze dernières années. Il a souligné les avancées spectaculaires depuis l’arrivée au pouvoir du Président Alassane Ouattara, visant à améliorer les conditions de déplacement des populations. « Le linéaire de routes interurbaines bitumées est passé de 6 500 km en 2011 à plus de 8 500 km aujourd’hui, avec un linéaire autoroutier qui est quant à lui passé de 142 km à plus de 400 km à ce jour », a-t-il précisé. La métropole abidjanaise a connu une « transformation impressionnante » avec la construction de voies structurantes, dont une autoroute de contournement de 54 km en cours de finalisation (dont 27 km sont déjà achevés), ainsi que plusieurs ponts et échangeurs pour fluidifier le trafic. Les villes de l’intérieur ont également bénéficié d’un vaste programme de bitumage d’environ 1 000 km de voirie urbaine, et les routes rurales font l’objet de programmes d’entretien réguliers, dont le dernier (2023-2025) couvre plus de 70 000 km. Le membre du gouvernement a salué la performance et le professionnalisme de l’Ageroute dirigée par Fabrice Coulibaly, grâce à qui ces importants travaux ont pu être réalisés.

Réflexion sur l’efficacité et la pérennité de la MOD
Le cadre juridique traditionnel de l’exécution des travaux d’infrastructures, basé sur le mécanisme de la MOD, a suscité diverses appréciations et produit des résultats contrastés depuis les années 1990. Le ministre Amedé a relevé la nécessité d’une « réflexion approfondie » sur l’efficacité, la pérennité et l’évolution de ce dispositif. Il a vivement salué la « pertinence » du thème de l’assemblée, qui soulève une problématique commune à toutes les agences africaines dans un contexte de défis et d’opportunités immenses pour le développement des infrastructures sur le continent. « Il devient ainsi impératif, pour nous Africains, de concevoir, planifier et mettre en œuvre nos projets d’infrastructures avec des outils mieux adaptés à nos réalités locales, à nos ressources spécifiques et à nos exigences environnementales », a-t-il insisté. La Côte d’Ivoire, fort de son expérience réussie avec la MOD, notamment dans le secteur routier, s’est dit prête à partager son expertise et à s’engager pleinement dans une dynamique de coopération pour garantir la pérennité et la modernisation des agences d’exécution. Le ministre a également appelé les agences à s’adapter et à se réinventer face aux mutations actuelles, qu’il s’agisse de l’évolution des besoins sociaux, des impératifs de qualité, de l’émergence des technologies numériques ou des exigences liées à la résilience climatique. « C’est tout le sens de cette 40ᵉ Assemblée Générale : réfléchir collectivement à l’avenir de la maîtrise d’ouvrage déléguée, échanger sur les meilleures pratiques, encourager l’innovation, renforcer nos capacités techniques et institutionnelles, et affermir le rôle stratégique de nos agences dans la construction du développement durable de nos nations », a-t-il conclu, appelant à conjuguer les efforts et à renforcer la coopération inter-étatique.

L’Ageroute, gage d’efficacité et de professionnalisme
Le Directeur général de l’Ageroute, Fabrice Coulibaly, a mis en lumière le rôle central de son agence, créée en 2001. Selon lui, celle-ci a permis d’acquérir une expérience précieuse en MOD, garantissant l’efficacité dans la mise en œuvre des projets, la gestion et l’entretien du patrimoine existant, tout en étant un « instrument privilégié de bonne gouvernance, de transparence et de modernisation de l’action publique ». Il a souligné que la création de ces agences a conduit à une réelle professionnalisation de la gestion des projets publics, dotant certaines d’une autonomie de gestion, d’une obligation de résultats et de dispositifs modernes de suivi et d’audit. Ces agences sont devenues des interfaces dynamiques entre l’État, les bailleurs de fonds et les entreprises. Cependant, le Dg de l’Ageroute a reconnu que ce modèle, malgré ses succès, n’est pas sans faiblesses face aux avancées mondiales. « Ce système a permis, sans accélérer la réalisation de certains programmes, de professionnaliser leur gestion et d’obtenir de meilleurs résultats, mais force est de constater que la maîtrise d’ouvrage déléguée fait face à de nombreux défis », a-t-il déclaré, justifiant ainsi la pertinence du thème de la 40e AG. Il a souligné la nécessité d’évaluer les défis et d’en dégager des perspectives, en se basant sur les expériences de chaque État.

Face aux défis de la concurrence et de l’innovation
Pour sa part, le président de l’AFRICATIP et Directeur Général de l’Ageroute Sénégal, El Hadj Malick Gueye, a dressé un tableau des défis actuels : « une contraction drastique des frais des projets, une concurrence accrue tant de la part de nouvelles agences et de directions, la fin progressive d’un monopole historique de nos agences remplacées par une ouverture généralisée à la concurrence, l’émergence d’entités privées captant des parts de marché ». Selon le président sortant, l’association a également initié des formations de haut niveau, consolidé la cohésion par des réunions statutaires et techniques, et accueilli de nouveaux membres (Guinée et Mauritanie). Pour 2025, les priorités de l’AFRICATIP sont, à l’en croire, claires : redéfinir et renforcer le partenariat avec les États et les bailleurs, consolider la capacité technique et financière des agences, mobiliser des financements innovants, et maintenir la maîtrise d’ouvrage déléguée comme un outil crédible et efficace au service du développement. Le président de l’AFRICATIP a appelé à réaffirmer la pertinence du modèle, à repenser les méthodes, à accélérer la digitalisation des procédures, à intégrer l’intelligence artificielle dans la conduite des projets, et à moderniser les équipements et systèmes d’information. « Notre modèle a prouvé son efficacité. Il permet de délivrer rapidement, à moindre coût et dans le respect des standards internationaux », a-t-il affirmé. Il a formulé le vœu que cette « nouvelle étape » soit l’occasion de reconnaître le rôle stratégique de la maîtrise d’ouvrage déléguée, de sécuriser son cadre juridique, de garantir son autonomie opérationnelle, de consolider les liens de confiance avec les bailleurs et le secteur privé, et de se donner les moyens d’innover davantage. « Aujourd’hui plus que jamais, il nous appartient de prouver qu’une gestion publique plus moderne, plus transparente, plus numérique, plus inclusive est non seulement possible mais nécessaire », a-t-il conclu.
Zéphirin Gohia







