
PDCI-RDA : le parti d’Houphouët-Boigny au bord de l’implosion
Lemandatexpress – Plus de soixante-dix ans après sa création par Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA traverse l’une des crises internes les plus profondes de son histoire. Affaibli par les dissidences successives, déchiré par des rivalités de leadership et miné par des choix contestés, le parti septuagénaire semble engagé dans une spirale d’autodestruction qui inquiète militants et observateurs de la scène politique ivoirienne.
Le premier choc remonte aux années 1990, peu après le décès du père fondateur. Sous le magistère d’Henri Konan Bédié, la formation connaît un départ massif avec la création du RDR par Djény Kobena et plusieurs cadres influents. Une déflagration qui marque la fin du PDCI unitaire.
Plus tard, la création du RHDP emporte à nouveau une grande partie de l’élite politique du parti. Ceux qui refusent la ligne d’isolement choisissent alors de rallier la coalition au pouvoir, laissant le PDCI considérablement affaibli malgré sa survie institutionnelle.
Après Bédié, une bataille de succession dévastatrice
La disparition d’Henri Konan Bédié en 2023 ouvre une période de luttes ouvertes pour le contrôle du parti. Plusieurs personnalités , Thierry Tanoh, Jean-Louis Billon, Tidjane Thiam et Maurice Kakou Guikahué, se disputent l’héritage du sphinx de Daoukro.
Finalement, Tidjane Thiam est porté à la présidence du PDCI-RDA par une direction intérimaire, dans un climat de contestation interne. S’ensuit une série de batailles judiciaires hebdomadaires, certains estimant que son élection souffre d’irrégularités, d’autres dénonçant une manœuvre visant à imposer un homme éloigné de la vie du parti pendant près de vingt-cinq ans.
Une fois installé, Tidjane Thiam enclenche un vaste renouvellement de l’appareil dirigeant. Plusieurs « dinosaures » du parti sont évincés au profit d’une jeune équipe. Mais l’ossature ainsi mise en place montre rapidement ses limites : réaménagements et remaniements s’enchaînent, illustrant les difficultés de management interne. Dernier épisode en date, l’éviction brutale de Sylvestre Emou de son poste stratégique de Secrétaire exécutif.
À cela s’ajoutent des sorties médiatiques jugées maladroites, qui exposent davantage les divisions internes et accentuent la perte de confiance. Le point culminant de cette mauvaise stratégie politique reste l’incapacité du parti à présenter un candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2025, un fait inédit dans son histoire.
Législatives 2025 : un climat de règlements de comptes
À l’approche des législatives de décembre 2025, la situation dégénère. Plusieurs cadres de premier plan, Maurice Kakou Guikahué, Paul Akoto Yao, l’honorable Kouamé Yao Séraphin, voient leur candidature rejetée par la direction du parti.
La réaction de Guikahué fait exploser la crise : l’ancien secrétaire exécutif accuse le président Thiam d’avoir personnellement demandé que son nom soit retirésm de la liste des candidats,lui, l’élu sortant. Le manque de transparence du PDCI-RDA, qui n’a communiqué officiellement aucun nom avant le dépôt des dossiers à la CEI, renforce les soupçons de règlements de comptes politiques.
Face à ces tensions, de nombreux cadres prennent leurs distances, certains quittant carrément le parti. Des militants restés fidèles confient ne plus se reconnaître dans une direction qu’ils jugent déconnectée, opaque et imprévisible. L’arrivée de Tidjane Thiam, d’abord perçue comme une opportunité de modernisation, apparaît pour certains comme un facteur d’accentuation des divisions.
Aujourd’hui, le PDCI-RDA semble se débattre dans une crise existentielle : identité brouillée, leadership contesté et base militante ébranlée. Pour beaucoup, la survie du parti fondé par Houphouët-Boigny dépendra de sa capacité à restaurer l’unité, la transparence et la cohérence d’une direction désormais sous pression.
Kris Loh-Djiboua







