
Pollution, plages touchées à Grand-Bassam : le CIAPOL fait la lumière sur l’incident de la SIR
Lemandatexpress – À la suite du déversement accidentel de produits pétroliers survenu en mer lors d’opérations techniques de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), les plages de Grand-Bassam ont été partiellement impactées, suscitant une vive inquiétude au sein de l’opinion publique. Face aux interrogations, le directeur général du Centre ivoirien anti-pollution (CIAPOL), le Professeur Ossey Yapo, apporte des éclaircissements et se veut rassurant sur la gestion de cet incident.
Le patron du CIAPOL rappelle que l’incident est survenu au large de Port-Bouët, précisément sur le site de la Bouée 2 de déchargement de la SIR, au cours de la phase de test d’étanchéité des conduites de 24 et 42 pouces. « Il s’agit, selon lui, d’une pollution accidentelle », en ce sens qu’elle « est intervenue lors des essais et vérifications techniques habituellement réalisés avant le déchargement des cargaisons des tankers provenant notamment des champs pétroliers Baleine et Calao ». De fait, Professeur Ossey Yapo pointe une défaillance technique qui « a provoqué une échappée d’hydrocarbures en mer, avant le début effectif des opérations de dépotage ». Contrairement à certaines rumeurs, le dg du CIAPOL précise que cet incident ne relève pas d’une pollution majeure. « Nous sommes loin des grandes catastrophes pétrolières internationales », explique-t-il, rappelant qu’environ 7 à 9 tonnes de pétrole brut léger ont été déversées, contre plus de 100 000 tonnes lors de certains naufrages célèbres, comme celui de l’Amoco Cadiz en France en 1978. Aussi, l’évaluation menée par le CIAPOL a établi que près de 10 kilomètres de plages, notamment à Modeste, Gbamelé et Azuretti à Grand-Bassam, ont été touchés.
Pollution sans grande ampleur
Toutefois, ce volume restant inférieur au seuil de 10 tonnes, le Plan d’urgence POLLUMAR, réservé aux pollutions de niveau 2 (moyenne ampleur), n’a pas été déclenché. « Il s’agit d’une pollution de niveau 1, de faible ampleur, gérée à travers le plan d’urgence interne de la SIR, sous la supervision du CIAPOL et en collaboration avec plusieurs administrations nationales », précise le directeur général. Interpellé sur le fait que des nappes aient atteint les plages avant la mise en place de barrières efficaces, le Professeur Yapo reconnaît les limites inhérentes à la lutte contre les pollutions marines. « Il est extrêmement difficile de contenir totalement une nappe en mer, en raison des conditions météo-océaniques. » Dans ce cas précis, l’usage de dispersants chimiques n’a pas été autorisé, la zone étant trop proche des côtes et peu profonde. La stratégie retenue a donc privilégié le nettoyage à terre, jugé plus sûr et plus efficace. Au total, 145 tonnes de déchets ont été collectées, dont 33 tonnes de macro-déchets contaminés et 112 tonnes de sables souillés, acheminés vers des sites de traitement appropriés.
Aucun impact sanitaire signalé
Le CIAPOL se veut également rassurant sur le plan sanitaire. « Aucune mortalité de poissons ou de crustacés n’a été observée sur les plages impactées », affirme le dg ajoutant qu’aucun signal sanitaire préoccupant n’a été enregistré durant la gestion de la crise. Aussi, le directeur général du CIAPOL assure que la SIR a reconnu sa responsabilité dans cet accident. Son directeur général, précise-t-il, s’est personnellement impliqué dans la gestion de la crise aux côtés du ministère de l’Environnement, des autorités locales et des populations. Au total, huit structures spécialisées ont été mandatées, en appui au CIAPOL, pour accélérer les opérations de dépollution.
Défis persistants
Si le dispositif national de surveillance environnementale fonctionne efficacement en journée — grâce aux images satellitaires et aux drones — le Professeur Yapo plaide pour un renforcement des capacités, notamment pour une surveillance nocturne continue. « La Côte d’Ivoire est aujourd’hui un pays pétrolier de fait, au regard de l’intensité des activités d’exploitation et de transport du pétrole », souligne-t-il, évoquant l’augmentation du trafic maritime liée à l’exportation du brut et des produits raffinés. Il rappelle par ailleurs que le CIAPOL, affaibli après la crise post-électorale de 2011, dispose de ressources humaines compétentes, mais de moyens techniques encore insuffisants pour couvrir l’ensemble du littoral ivoirien et des eaux marines. Réagissant à une vidéo virale montrant une jeune fille au milieu d’une nappe d’hydrocarbures, le dg du CIAPOL appelle à la prudence. « En cas de pollution, il faut immédiatement alerter le CIAPOL au numéro d’urgence 05 54 14 00 00 et éviter tout contact direct avec des substances inconnues », insiste-t-il. Enfin, le Professeur Ossey Yapo rappelle l’importance stratégique du littoral ivoirien, moteur économique, touristique et énergétique du pays, mais aussi particulièrement vulnérable. Il lance de ce fait un appel pressant à la lutte collective contre la pollution plastique, qualifiée de menace majeure pour l’économie bleue et le développement durable.
Martial Galé







