
Protocole de Cartagena: Un atelier national pour affiner la stratégie ivoirienne
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de ses engagements internationaux en matière de biosécurité. Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique a ouvert, ce mardi 17 février 2026, un atelier national de validation du cinquième rapport sur l’application du Protocole de Cartagena, en collaboration avec le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique et le Programme des Nations unies pour l’environnement.
Pays partie au Protocole depuis le 12 mars 2015, la Côte d’Ivoire s’emploie à renforcer son cadre politique et juridique pour encadrer les produits issus de la biotechnologie moderne, notamment les organismes génétiquement modifiés.
Cet engagement s’inscrit dans la dynamique enclenchée depuis le Sommet de Rio de 1992, marqué par l’adoption de l’Agenda 21 et de la Convention sur la diversité biologique, qui reconnaissent la biotechnologie comme un outil de développement durable tout en appelant à une gestion rigoureuse des risques.
Au plan national, plusieurs instruments structurent désormais la gouvernance en matière de biosécurité, dont la loi de 2016 portant régime de biosécurité, le Code de l’Environnement adopté en 2023 et divers décrets encadrant l’introduction, l’exportation et l’évaluation environnementale des produits susceptibles d’avoir un impact sur la biodiversité.

L’atelier vise ainsi à consolider le cinquième rapport national avant sa transmission officielle, prévue au plus tard le 28 février 2026, conformément aux obligations des États parties.
Représentant le ministre de l’Environnement, du développement durable et de la transition écologique et à l’ouverture des travaux, le professeur Kouadio Georges a salué l’engagement du nouveau ministre Abou Bamba, qu’il a présenté comme un fin connaisseur des enjeux environnementaux pour avoir occupé des responsabilités à la Convention d’Abidjan et au sein du système onusien.
Revenant sur les grandes négociations climatiques, notamment celles de Paris en 2015, il a rappelé les batailles diplomatiques menées pour que les préoccupations africaines soient mieux prises en compte dans les accords internationaux sur le climat.
Au-delà des références internationales, le représentant du ministre a appelé les participants à faire preuve de franchise et de rigueur scientifique dans l’examen du rapport. « Il ne faut plus danser la danse des sorcières », a-t-il insisté, invitant chaque expert à dire « ce qui est blanc et ce qui est noir », sans complaisance, afin de produire un document fidèle aux réalités nationales. Il a mis en garde contre les usages incontrôlés de certaines innovations, évoquant notamment l’utilisation excessive d’herbicides et les débats persistants autour des OGM, tout en soulignant la nécessité de protéger les ressources génétiques locales et les savoirs endogènes.
Pour lui, la biosécurité ne doit pas être perçue comme un frein au progrès, mais comme une condition essentielle pour garantir que les avancées biotechnologiques profitent durablement aux populations, sans compromettre la santé humaine ni l’environnement. Il a exhorté les représentants des laboratoires, des institutions de recherche, du secteur privé et de la société civile à apporter des contributions constructives afin d’aboutir à des recommandations applicables.
Prenant la parole à sa suite, Mme N’Tain Jeanne Directrice Générale Direction Générale de l’Environnement, a rappelé que la biodiversité repose sur trois piliers fondamentaux : la conservation des ressources biologiques, leur utilisation durable et le partage juste et équitable des avantages issus de leur exploitation. Elle a souligné que la biotechnologie moderne, si elle offre d’importantes opportunités en matière d’agriculture, d’alimentation et de santé, comporte également des risques qu’il convient d’encadrer par des mécanismes rigoureux.
Poursuivant, elle a indiqué que le cinquième rapport national constitue un document stratégique qui rend compte des progrès réalisés, des lacunes observées et des défis persistants depuis les précédents rapports. Son adoption permettra non seulement de respecter les engagements internationaux de la Côte d’Ivoire, mais aussi d’orienter les politiques publiques futures en matière de biosécurité et de protection de la biodiversité.
Au terme des travaux de ces deux jours ( 17 et 18 février), les participants seront appelés à examiner, enrichir et valider techniquement le document afin qu’il puisse être soumis au cabinet du ministère avant transmission officielle aux instances internationales.
Abran Saliho
Lemandatexpress.net







