
PPA-CI – Gestion du cas Don Mello : le parti de Gbagbo pris au piège de ses propres contradictions
Lemandatexpress – Le PPA-CI joue en interne les prolongations de la présidentielle de 2025. Avec, en toile de fond, la gestion du cas Ahoua Don Mello, véritable point de crispation à quelques semaines du premier congrès ordinaire du parti, couplé à l’édition 2026 de la Fête de la renaissance.
La vie en Côte d’Ivoire a repris son cours normal après les élections du 25 octobre 2025 et leur lot de contestations. Les Ivoiriens, aux quatre coins du pays, vaquent tranquillement à leurs occupations. Dans ce contexte, le PPA-CI, l’une des têtes de gondole de la fronde électorale, a réorienté sa lutte en mettant l’accent sur la situation des détenus d’opinion. L’ILPO (Initiative pour la libération des prisonniers d’opinion) a ainsi été lancée le 24 novembre 2025, selon la vision de Laurent Gbagbo.
En parallèle, la formation créée en octobre 2021 prépare son premier congrès ordinaire, couplé à la Fête de la Renaissance (15 et 16 mai). Mais alors que la mobilisation s’intensifie en vue de ces deux événements majeurs, les divisions internes refont surface, notamment autour de la présidentielle d’octobre dernier.
Déjà écarté de ses responsabilités politiques après sa candidature indépendante, Ahoua Don Mello a été convoqué, le mercredi 8 avril, devant le Conseil de discipline du parti, à la suite d’une plainte du président exécutif, Sébastien Dano Djédjé. Ses proches sont également concernés, leur engagement électoral étant perçu comme un acte de défiance vis-à-vis de la ligne officielle du parti.
La situation est délicate. L’unité, voire l’avenir du parti, pourrait dépendre de la décision finale. Celle-ci pourrait soit apaiser les tensions, soit raviver une crise latente autour de la figure de Laurent Gbagbo.
Un gros défi de gestion humaine pour Gbagbo
L’analyste politique Éric Dohou appréhende, à juste titre, la complexité de la situation. Certes, il juge normale la demande d’explication faite à Don Mello « puisqu’il est toujours militant du parti, bien qu’ayant désobéi aux consignes ». Selon lui, le PPA-CI rappelle à l’ordre certains de ses militants en raison de leur déloyauté, un peu « comme l’a fait le RHDP il y a quelques jours avec ses militants candidats aux législatives ».
Toutefois, en anticipant l’issue de la procédure, cet observateur de la scène politique nationale adopte un ton nuancé : « Ne pas avoir respecté la décision de l’instance dirigeante est une faute qui doit être constatée et sanctionnée. Elle ne peut pas ne pas l’être. Par contre, au vu des circonstances atténuantes prises en compte par le parti, il peut y avoir clémence. Mais attention au signal que cela enverra à ceux qui ont mis leurs ambitions de côté pour cette élection ou pour d’autres, notamment les législatives. C’est un gros challenge de psychologie de groupe à démêler pour Laurent Gbagbo. Ne pas être trop dur pour pouvoir réintégrer un pion important. Ne pas être trop laxiste pour ne pas faire des émules. »
« Le PPA-CI aurait concouru contre Alassane Ouattara »
La tâche s’annonce d’autant plus complexe que Don Mello et ses proches assument pleinement leur position. À l’issue de leur audition, ils ont clairement affirmé avoir agi en toute responsabilité, sans regret.
« Devant le Conseil de discipline, Dr Ahoua Don Mello et ses proches, interrogés séparément, ont indiqué que la décision de participer à l’élection présidentielle de 2025, prise en toute responsabilité et sans regret, après le rejet de la candidature du camarade Laurent Gbagbo pour absence sur la liste électorale définitive, visait à préserver la présence du PPA-CI dans le jeu politique, à éviter une marginalisation et à prévenir des conséquences humaines dramatiques », ont-ils soutenu.
Pour certains militants du PPA-CI, en revanche, « Don Mello doit présenter ses excuses publiques à la base militante », condition sine qua non pour apaiser les tensions.
Allant plus loin dans leur défense, ces derniers ont pointé ce qu’ils considèrent comme des incohérences du parti dans son approche de l’inéligibilité de Gbagbo « Ils ont relevé qu’ils n’ont en aucun cas, par leur participation à l’élection présidentielle de 2025, légitimé le quatrième mandat de Monsieur Alassane Ouattara. Car si le dossier de candidature du président Laurent Gbagbo avait été validé, le PPA-CI aurait concouru contre Alassane Ouattara, avec le même découpage électoral et la même Commission électorale indépendante (CEI), sans que cela ne s’apparente à une légitimation de son mandat. »
Une analyse qui suit une certaine logique. Reste à savoir si la direction du PPA-CI l’entendra de cette oreille et fera preuve de clémence. Toujours est-il que les enjeux de cette affaire sont réels. Selon son issue, elle aura des répercussions sur la marche du parti dans un contexte déjà marqué par des tensions internes, entre ambitions individuelles et stratégie politique contestée.
Démocratie interne
Au fond, cette situation met en lumière le fonctionnement de la démocratie à l’intérieur des partis politiques. La centralité des figures tutélaires constitue parfois une digue face à la liberté d’expression ou d’action.
Sur cette question, la position d’Éric Dohou est tranchée : « Les partis dits traditionnels doivent trouver de meilleurs moyens de faire vivre la démocratie en interne et donner à leurs militants des marges de manœuvre politique. Les différents congrès qui se profilent devraient être l’occasion de revoir les textes sur ces questions. »
Au-delà du cas Don Mello, c’est donc toute la capacité du PPA-CI à gérer ses divergences internes sans se fragiliser qui est désormais mise à l’épreuve.
Martial Galé







