
De l’administration à la CEI : Beugré Mambé retrace 66 ans d’évolution électorale en Côte d’Ivoire
Lemandatexpress – Dans une longue adresse aux acteurs politiques, le Premier ministre a passé en revue l’histoire de la gestion des élections depuis l’indépendance pour justifier la nécessité d’une nouvelle réforme.
Pour défendre le projet de réforme de la gouvernance électorale engagé par le gouvernement, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a choisi de replonger dans l’histoire institutionnelle de la Côte d’Ivoire.
Face aux partis politiques et aux organisations de la société civile réunis le 22 juin 2026 à Abidjan, le chef du gouvernement a retracé plus de six décennies d’évolution de la gestion des élections dans le pays, de l’administration directe des scrutins par l’État à la création de la Commission électorale indépendante (CEI).
Selon lui, l’histoire électorale ivoirienne montre que les institutions chargées d’organiser les élections ont constamment évolué pour s’adapter aux réalités politiques et aux exigences démocratiques du moment.
Trente ans sous la gestion directe de l’administration
Le Premier ministre a rappelé qu’entre 1960 et 1990, l’organisation des élections relevait exclusivement de l’administration publique à travers le ministère de l’Intérieur. Dans un contexte marqué par le parti unique, l’État assurait alors l’ensemble du processus électoral.
Mais l’avènement du multipartisme en 1990 a profondément modifié le paysage politique national. La montée des revendications démocratiques, les tensions politiques et les crises successives ont progressivement conduit à une remise en question de ce modèle.
« Notre pays a progressivement ressenti la nécessité de doter le processus électoral d’un organe spécialisé », a expliqué Robert Beugré Mambé.

La naissance des commissions électorales
Cette évolution débouche en août 2000 sur la création de la Commission nationale électorale (CNE), chargée d’organiser l’élection présidentielle de la même année. Cette structure transitoire réunissait l’administration, les partis politiques et des représentants de la société civile.
Mais c’est surtout en 2001 qu’intervient une réforme majeure avec la création de la Commission électorale indépendante (CEI), instituée par la loi du 9 octobre 2001.
Dotée du statut d’autorité administrative indépendante et d’une autonomie financière, la CEI se voit alors confier l’ensemble des prérogatives liées à l’organisation des élections, à la gestion des listes électorales et à la supervision du processus électoral.
Pour le Premier ministre, cette étape constitue un tournant important dans l’histoire démocratique du pays.
« Cette étape ne doit pas être minimisée. Elle a marqué la volonté de notre pays de faire évoluer son architecture électorale », a-t-il souligné.
Une institution en perpétuelle réforme
Au fil des années, la CEI a connu de nombreuses transformations. Robert Beugré Mambé a rappelé que sa composition a été modifiée à plusieurs reprises, notamment en 2004, 2005, 2007, 2014, 2019, 2020 et 2022.
Ces réformes successives sont intervenues à la suite de dialogues politiques destinés à renforcer la confiance entre les différents acteurs du processus électoral.
Le Premier ministre a notamment comparé la composition de la CEI de 2001 à celle issue des réformes de 2021, qui avait intégré les nouvelles réalités du paysage politique ivoirien, notamment après la création du PPA-CI et le repositionnement du PDCI-RDA.
Les acquis de la CEI reconnus
Malgré la décision de dissoudre l’institution en mai 2026, le chef du gouvernement a tenu à saluer le travail accompli par la CEI au cours de ses vingt-quatre années d’existence.
Il a rappelé qu’elle a organisé quatre élections présidentielles, un référendum constitutionnel ainsi que plusieurs scrutins locaux.
Selon lui, la commission a permis de bâtir une expertise électorale nationale, de constituer un important patrimoine documentaire et technique et de permettre à des millions d’Ivoiriens d’exercer leur droit de vote.
« Nous devons reconnaître ces acquis », a insisté Robert Beugré Mambé.

Une nouvelle étape dans l’évolution du système électoral
Pour le gouvernement, l’histoire de la gestion électorale en Côte d’Ivoire démontre qu’aucune institution n’est immuable.
« Aucune institution n’est figée. Aucun modèle n’est parfait », a déclaré le Premier ministre, estimant que les attentes actuelles des citoyens exigent une nouvelle adaptation du système électoral.
C’est dans cette logique qu’intervient la dissolution de la CEI décidée lors du Conseil des ministres du 6 mai 2026. L’exécutif prépare désormais une nouvelle architecture électorale fondée sur trois organes distincts chargés respectivement de l’organisation matérielle des élections, du recensement des votes et du contrôle du processus.
Pour Robert Beugré Mambé, cette réforme s’inscrit dans la continuité de l’histoire institutionnelle ivoirienne et vise à renforcer durablement la confiance dans les élections, après plus de six décennies d’évolution du système électoral national.
Abran Saliho







