Stock résiduel de cacao 2025-2026 : le collectif des coopératives et acheteurs réclame des comptes au Conseil du Café-Cacao
La question du stock résiduel de cacao au titre de la campagne 2025-2026 suscite une vive d’indignation en Côte d’Ivoire. Après l’annonce, le 5 août 2026, de la fin de l’opération de rachat engagée par le Conseil du Café-Cacao, des acteurs de la filière demandent davantage d’explications sur les conditions de mise en œuvre du dispositif et le devenir des stocks encore présents dans les magasins.
Dans un communiqué publié ce week-end, le Collectif de Sociétés Coopératives et Acheteurs de cacao exprime son inquiétude et réclame plus de transparence au régulateur de la filière. Au cœur de leurs préoccupations : le stock résiduel qui n’aurait pas été enlevé et l’absence, selon eux, de données permettant de vérifier concrètement la mise en œuvre du programme de rachat.
Pour le collectif, cette décision intervient alors que des producteurs, des coopératives et des acheteurs restent confrontés à des difficultés de commercialisation.
Du « toute la production » aux 100 000 tonnes ciblées
Pour comprendre la controverse, le collectif revient sur les différentes étapes du dossier. Le 14 janvier 2026, le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Yves Brahima Koné, avait déclaré que toute la production de cacao de Côte d’Ivoire serait achetée. Quelques semaines plus tard, lors du lancement officiel du programme de rachat, le 29 janvier, l’opération était présentée autour d’un volume ciblé de 100 000 tonnes.
Le 5 août 2026, Yves Brahima Koné a annoncé la fin de l’opération, en précisant, selon le collectif, qu’il n’avait jamais été question de racheter la totalité du stock résiduel au-delà de ce volume.
Une clarification qui ne suffit pas à dissiper les inquiétudes des acteurs concernés. Elle soulève surtout une question : que devient le cacao qui reste encore dans les magasins après la fin de l’opération ?
Pour les producteurs et opérateurs, l’enjeu dépasse donc les 100 000 tonnes ciblées. Il touche directement à leur capacité à écouler leurs stocks, à honorer leurs engagements et à préserver leurs investissements.
1 400 coopératives, mais aucune liste publique
La traçabilité de l’opération constitue l’un des principaux points de désaccord soulevés par le collectif. Le Conseil du Café-Cacao a indiqué que l’inventaire des 100 000 tonnes avait été réalisé conjointement avec l’OIA-Café-Cacao auprès de 1 400 coopératives agréées.
Mais, selon le collectif, aucune liste nominative permettant d’identifier ces coopératives et les volumes effectivement enlevés n’a été rendue publique. « Pas de publication nominative, aucune liste publique détaillant le nom de chaque coopérative ou la répartition précise des tonnes enlevées par coopératives », déplore-t-il.
Les acteurs souhaitent notamment connaître les volumes enlevés par zone et par coopérative, ainsi que les critères ayant déterminé les bénéficiaires du programme. Le collectif relève également l’absence de référence précise aux acheteurs, pourtant considérés comme un maillon essentiel de la chaîne de commercialisation et, dans de nombreux cas, comme des partenaires financiers importants des sociétés coopératives.
Transparence contre confidentialité commerciale
Cette absence de publication peut toutefois être interprétée différemment. Les données relatives aux volumes, aux transactions et aux entreprises peuvent relever d’informations commerciales sensibles. Leur publication détaillée peut ainsi être limitée par des considérations liées à la confidentialité ou au secret des affaires.
La reddition de comptes d’une opération publique peut également passer par des mécanismes d’audit, des contrôles financiers et des rapports destinés aux autorités compétentes, sans nécessairement publier toutes les données individuelles.
Mais c’est précisément cette différence d’approche qui nourrit le débat. Pour les acteurs de terrain, la transparence doit permettre de comprendre concrètement ce qui a été fait des 100 000 tonnes de cacao ciblées. L’absence de données accessibles alimente, selon eux, les interrogations au moment où la filière traverse une période délicate.
Le stock résiduel au cœur des inquiétudes
Au-delà des chiffres, c’est surtout le cacao encore stocké qui cristallise les préoccupations. Le collectif affirme que la présence de stocks résiduels non enlevés continue d’alimenter les inquiétudes. La fin de l’opération laisse donc plusieurs acteurs face à une interrogation immédiate : quelle solution pour les détenteurs de cacao qui n’ont pas bénéficié du programme de rachat ?
Pour les producteurs et opérateurs concernés, chaque jour compte. Derrière les tonnes de cacao se trouvent des investissements, des charges logistiques, des engagements financiers et, pour de nombreuses familles, une source essentielle de revenus. « Nous défendons nos droits, nos investissements, nos familles et la survie de nos activités », affirme le collectif.
Le défi de la confiance
Pour les signataires du communiqué, la crise actuelle pose aussi une question de confiance.
« En période de crise de commercialisation, la transparence totale demeure l’outil le plus efficace pour dissiper les rumeurs et garantir l’adhésion des acteurs de la filière », estiment-ils.
L’enjeu est désormais de disposer d’informations suffisamment précises sur le stock résiduel de cacao de la campagne 2025-2026 : combien de tonnes restent en attente, où se trouvent-elles, quels acteurs sont concernés et quelles solutions peuvent être envisagées ?
La fin de l’opération de rachat ne signifie donc pas nécessairement la fin des difficultés pour ceux qui détiennent encore du cacao.
Le collectif prépare la riposte
Face à cette situation, le Collectif de Sociétés Coopératives et Acheteurs de cacao appelle ses membres à l’unité et à la mobilisation, tout en insistant sur le caractère pacifique et légal de sa démarche.
« Notre combat n’est dirigé contre personne », affirme le communiqué, avant d’ajouter : « Nous resterons déterminés, organisés et pacifiques, mais nous ne renoncerons pas à défendre légitimement notre cause.»
Le collectif annonce également la mise en place rapide d’un collectif d’avocats pour examiner les voies juridiques permettant de défendre les intérêts des acteurs concernés.
Martial Galé






