Rentrée scolaire 2026-2027: Voici les sept chantiers prioritaires du ministre N’Guessan Koffi
Lemandatexpress – Manuels scolaires uniques, formation des enseignants, sécurisation des établissements, promotion de l’enseignement technique, culture scientifique et numérique, discipline et travail. À travers une lettre adressée aux personnels de l’éducation, le ministre N’Guessan Koffi trace les grandes orientations de l’année scolaire 2026-2027. Ci-après l’intégralité de la lettre circulaire.
LETTRE CIRCULAIRE ADRESSÉE À TOUS LES PERSONNELS DE L’ÉDUCATION NATIONALE, DE L’ALPHABÉTISATION ET DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
Chers collaborateurs,
Chers personnels de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement Technique,
Chers partenaires,
L’école ivoirienne porte, depuis l’indépendance, l’une des plus belles ambitions que la Côte d’Ivoire s’est fixée : faire de chaque enfant de ce pays, quel que soit son lieu de naissance ou sa condition sociale, un citoyen instruit, outillé et confiant en son avenir. Cette ambition est encore renouvelée avec SEM Alassane OUATTARA, Président de la République qui, dans le cadre de l’école obligatoire pour tous, investit massivement dans les infrastructures en vue hisser l’école ivoirienne aux meilleurs standards et, ainsi, faire du secteur de l’éducation, le moteur du développement national.
Dans cet esprit, le Gouvernement de Côte d’Ivoire, sous le leadership de Monsieur Robert BEUGRÉ MAMBÉ, Premier Ministre, Chef du Gouvernement poursuit la construction d’un système éducatif inclusif et performant ancré dans les réalités du pays. Ainsi, chaque jour, dans chaque salle de classe, grâce à l’engagement de chacune et de chacun d’entre vous, selon votre position dans les maillons du dispositif, vous travaillez à mettre en place un système capable de répondre aux besoins de notre communauté.
L’année scolaire 2026-2027 qui s’ouvre marque une étape de consolidation. Après plusieurs années de réformes engagées à tous les niveaux, le moment est venu d’en dresser un bilan lucide, d’en corriger les insuffisances et de bâtir, avec l’ensemble des acteurs de l’école, les politiques qui permettront à notre système éducatif de franchir un nouveau cap. C’est tout le sens du slogan « La Côte d’Ivoire à l’École », axé sur la vision que porte notre Ministère, à savoir : « Faire du système éducation-formation, le moteur du développement durable de notre pays ».
Pour guider notre action commune, je souhaite que nous nous appuyions sur sept priorités. Elles ont, par le passé, fait la force de l’école ivoirienne. Nous devons aujourd’hui les consolider et les moderniser.
1- Des curricula lisibles et des manuels uniques, accessibles à chaque élève
Un programme scolaire n’a de valeur que s’il est compris et appliqué de la même manière partout. J’appelle chaque équipe pédagogique à s’approprier résolument les curricula en vigueur et à en garantir une mise en œuvre homogène, sur toute l’étendue du territoire national. Cette exigence d’équité suppose un travail conjoint avec les DRENAT et les IEPP, dont le rôle d’appui de proximité reste déterminant. Elle suppose surtout que chaque élève dispose, dès la rentrée, du bon manuel. Pour cette raison, un manuel unique est désormais retenu par discipline et par niveau dans notre pays. Un seul manuel de référence par discipline et par niveau, c’est un contenu harmonisé pour tous les élèves ivoiriens, des coûts de production et d’acquisition mieux maîtrisés, et une distribution plus simple à organiser et à suivre.
Cet effort de mise à disposition de ressources pédagogiques et didactiques pertinentes ne peut réussir isolément ; il doit s’accompagner d’un équipement progressif de nos écoles en outils modernes et numériques, afin que le manuel de demain puisse, là où les conditions le permettent, s’appuyer aussi sur des supports numériques.
La poursuite de l’actualisation de la carte scolaire et la généralisation du Système Intégré de Gestion de l’Éducation (SIGE) permettront d’identifier, école par école, les besoins réels en manuels, en équipements et en salles de classe, afin que les décisions se prennent sur la base de données fiables.
2- Des enseignants formés et accompagnés
Former, accompagner et reconnaître le mérite des ressources humaines de notre Ministère n’est pas un slogan : c’est une priorité placée au cœur de cette rentrée, à travers le renforcement de la formation initiale et continue. Les Centres d’Animation et de Formation Pédagogique (CAFOP) et les structures d’encadrement sont invités à intensifier leur soutien aux jeunes enseignants durant leurs premières années d’exercice, celles où se joue souvent la suite de leur carrière.
Je souhaite aussi que le suivi de nos enseignants sur le terrain se renforce. Les visites des inspecteurs et des conseillers pédagogiques doivent être plus fréquentes, mieux préparées, suivies d’échanges francs avec les enseignants, dans un esprit d’accompagnement. Un encadrement de proximité, c’est un encadrement qui aide à progresser.
Je veillerai personnellement à la valorisation des bonnes pratiques observées et identifiées dans nos écoles, à une bonne lisibilité des parcours de carrière ainsi qu’au traitement rapide des dossiers administratifs en vue de récompenser l’engagement réel des personnels.
3- Des écoles sécurisées, propres et propices à l’épanouissement de l’élève
L’élève ne peut apprendre que dans un cadre qui le protège et le respecte. Je demande à l’ensemble des personnels de faire de la sécurité, de la salubrité et du bon climat scolaire, une vigilance de tous les instants. Cela passe, très concrètement, par l’aménagement et l’assainissement de l’environnement de chaque établissement : des clôtures qui sécurisent, des latrines fonctionnelles et salubres, des points d’eau accessibles et propres, des cours d’école débarrassées de leurs dangers, des salles de classe nettoyées et rangées. Les Comités de Gestion des Établissements Scolaires (COGES) doivent continuer à jouer pleinement leur rôle de relais entre l’administration, les communautés et les familles, notamment pour l’entretien régulier de ces infrastructures.
Parmi les enfants dont nous avons la responsabilité, la jeune fille mérite une attention toute particulière, et c’est une préoccupation constante de ce Ministère. De nombreuses filles quittent encore l’école avant terme, pour des raisons de mariage précoce, de grossesse, de charges domestiques ou simplement parce que leur maintien en classe n’a pas été défendu avec assez de force face aux pesanteurs sociales. Je demande à chaque directeur d’école, à chaque chef d’établissement, à chaque enseignant, de protéger davantage les filles face aux abus de toute sorte et de veiller spécifiquement à leur maintien à l’école, de signaler sans délai toute situation de décrochage naissant, et d’encourager, sans relâche, celles qui réussissent à poursuivre leurs études aussi loin que leur mérite le permet. Améliorer le parcours scolaire de chaque apprenant, c’est d’abord faire en sorte qu’aucune fille ne soit laissée de côté par manque d’attention ou par habitude, et que les filières scientifiques et techniques, où elles restent trop peu nombreuses, s’ouvrent davantage à elles.
Je souhaite également que cette année soit marquée par une prévention renforcée de toute forme de violence en milieu scolaire, et par un accompagnement réel des élèves à besoins éducatifs spécifiques.
4- Des examens dont la valeur ne souffre d’aucune contestation
La confiance que la nation place dans son école se mesure, pour une large part, à la crédibilité de ses examens et concours. Je rappelle que l’organisation, la surveillance et la correction des épreuves, du Certificat d’Études Primaires Élémentaires au Baccalauréat, doivent se dérouler dans des conditions irréprochables.
Tout manquement, qu’il s’agisse de fraude, de complaisance ou de négligence, sera traité avec la sévérité qui s’impose, car c’est la valeur même du diplôme délivré par notre école, et donc l’avenir de celles et ceux qui le portent, qui est en jeu.
Chaque surveillant vigilant, chaque correcteur rigoureux, chaque chef de centre d’examen intransigeant, chaque agent honnête, contribue directement à la réussite de cette mission. Je compte sur l’engagement personnel de chacune et chacun d’entre vous, à son poste, pour que nos examens restent, aux yeux de tous, un motif de fierté nationale.
5- Un enseignement technique et une formation professionnelle choisis, et non subis
Notre pays a besoin, pour soutenir sa croissance et son industrialisation, d’une jeunesse qualifiée dans les métiers techniques et professionnels.
Or l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle (ETFP) demeurent trop souvent perçus, par les familles et par les élèves eux-mêmes, comme une orientation par défaut, choisie faute de mieux plutôt que par conviction.
Changer ce regard sera aussi porté par la communication et non seulement par les réformes des programmes. Je demande donc aux personnels en charge de l’orientation de renforcer, de manière visible et régulière, ses actions d’information auprès des élèves, des parents et du grand public sur les débouchés réels qu’offre l’ETFP. Cet effort de communication pour valoriser l’ETFP, je le veux visible dans les établissements d’enseignement général dès la classe de sixième, à travers des campagnes de sensibilisation, des journées portes ouvertes dans les lycées techniques et professionnels, une présence renforcée sur les médias et les réseaux sociaux, et des témoignages concrets d’anciens élèves aujourd’hui bien installés dans un métier.
Sur le fond, former aux compétences reste notre boussole : cela passe par un rapprochement plus étroit entre nos filières de formation et les besoins réels des entreprises, par la modernisation des plateaux techniques, et par le développement des stages et de l’apprentissage. Je demande aux établissements techniques de renforcer leurs partenariats avec le secteur privé. Un métier technique bien maîtrisé reste, pour beaucoup de nos jeunes, la voie la plus sûre vers l’insertion professionnelle et l’autonomie économique.
6- Une culture scientifique et numérique pour préparer aux métiers de demain
Le monde dans lequel grandissent nos élèves est dominé par l’innovation technologique et la transformation numérique. Notre école doit leur transmettre les bases d’un raisonnement scientifique solide, fondé sur l’observation, l’expérimentation et la démonstration. Cela implique de réformer nos programmes pédagogiques quand cela est nécessaire, afin qu’ils correspondent réellement aux mutations du monde contemporain, et non aux besoins d’une époque révolue.
Dès le premier degré, la maîtrise des automatismes en mathématiques et la capacité à résoudre des problèmes concrets doivent rester une priorité, prolongée tout au long de la scolarité par un enseignement exigeant des sciences et des technologies.
Donner à chaque élève, garçon ou fille, les clés des sciences et du numérique, c’est donc préparer, dès aujourd’hui, la main-d’œuvre qualifiée dont la Côte d’Ivoire aura besoin pour bâtir son industrie et soutenir durablement sa croissance.
7- Une culture de la discipline et du travail
J’attire l’attention de nos jeunes sur la culture de la discipline et du travail. La discipline et le travail sont deux termes inscrits dans notre devise. Sur le plan scolaire, académique et personnel, ces termes constituent deux piliers essentiels pour la réussite. En effet, la discipline permettra à nos jeunes de développer des habitudes de travail régulières et efficaces, pour favoriser la concentration et la motivation nécessaires à l’apprentissage ainsi qu’à l’insertion socio-professionnelle. En s’imposant des règles et des routines, ils apprendront à mettre un accent sur ce qui est essentiel pour l’atteinte des objectifs scolaires.
Quant au travail, il constitue pour eux, le moyen par lequel ils pourront acquérir les connaissances, les compétences et notamment développer les qualités que sont la persévérance et la résilience face aux défis qui s’imposeront à eux.
En combinant discipline et travail, nos jeunes se préparent non seulement à réussir dans leurs études, mais aussi à affronter les exigences de la vie professionnelle future, où ces qualités sont tout aussi valorisées. Ainsi, investir dans la discipline et le travail dès maintenant est un gage de succès pour demain.
En définitive, ces priorités ne pourront se concrétiser que si chacun de vous, à son poste, se sent pleinement soutenu par son institution. Avec l’ensemble des collaborateurs du Ministère, nous travaillerons à faire de cette année scolaire celle de l’amélioration réelle de vos conditions de travail, du traitement diligent de vos dossiers administratifs et de la reconnaissance de la qualité de votre engagement. Je sais pouvoir compter sur votre sens du service public et sur votre attachement à la mission qui est la nôtre.
Je vous invite également à renforcer, partout où cela est possible, le dialogue avec les parents d’élèves et les communautés. L’école réussit mieux lorsqu’elle n’est pas seule : associer les familles au suivi scolaire de leurs enfants, les informer régulièrement et les accompagner dans les moments difficiles est une responsabilité partagée par chaque établissement.
Je connais les contraintes auxquelles vous faites face au quotidien, et je mesure l’ampleur des défis qui restent à relever. Mais je sais aussi la détermination et le dévouement dont vous faites preuve, année après année, au service de la jeunesse ivoirienne. C’est cette détermination collective qui fait, et continuera de faire, la force de notre école.
Je vous souhaite, ainsi qu’à l’ensemble des élèves, une excellente année scolaire 2026-2027, et vous remercie par avance de l’engagement que vous mettrez, chaque jour, au service de cette belle et exaltante mission qui nous est confiée.
N’Guessan KOFFI
Ministre de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement Technique.
Abran Saliho avec Sercom







