RHDP et houphouëtisme : N’zi Kokora reprend sèchement  Assalé Tiémoko

Le cadre du RHDP conteste la lecture de l’houphouëtisme défendue par le maire de Tiassalé et rejette son appel au dialogue sur la réforme de la gouvernance électorale.

N’zi Kokora, secrétaire national adjoint du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), chargé de la diaspora en Amérique, a vivement réagi aux propos d’Antoine Assalé Tiémoko, maire de Tiassalé et figure de l’opposition. Au cœur de cette passe d’armes : la conception de l’houphouëtisme et la place du dialogue dans la conduite des affaires publiques.

Critiquant la posture du parti au pouvoir, qu’il juge peu ouverte à la concertation, Assalé Tiémoko a déclaré : « On ne peut pas se revendiquer houphouëtiste et refuser le dialogue ». Une prise de position qui s’inscrit dans le débat sur la mise en place du nouvel organe électoral et les revendications de l’opposition en faveur d’une concertation plus large.

Cette sortie n’a pas laissé N’zi Kokora indifférent. Dans une publication au ton satirique, le cadre du RHDP s’en prend au maire de Tiassalé, qu’il affuble du sobriquet de « Makelele », en référence à l’ancien milieu récupérateur français Claude Makélélé. Il lui reproche ses « zigzags » et l’accuse de chercher à influencer l’opinion publique.

« La manipulation de l’opinion, surtout des plus fragiles, est devenue sa meilleure stratégie pour tenter d’avancer en politique sans réelle légitimité », affirme N’zi Kokora, ancien militant du Front populaire ivoirien (FPI). Il ajoute que les prises de position de son adversaire politique ne sauraient, selon lui, prospérer.

N’zi Kokora oppose l’ordre et la discipline au dialogue

Pour contester l’argumentaire d’Assalé Tiémoko, le responsable du RHDP propose sa propre lecture de l’héritage de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire. « Houphouët n’a pas passé son temps à dialoguer, il a plutôt mis l’accent sur l’ordre et la discipline », soutient-il.

Il convoque également une citation attribuée au père fondateur : « Entre l’injustice et le désordre, je préfère l’injustice, car on peut la réparer, mais le désordre entraîne le chaos. » Dans le même esprit, N’zi Kokora évoque les épisodes du Sanwi et du Guébié, affirmant que Houphouët-Boigny n’a pas dialogué avec leurs leaders, mais les a « soumis ».

Le cadre du RHDP poursuit son argumentation en revenant sur la période d’ouverture au multipartisme en Afrique francophone, au début des années 1990. Selon lui, alors que plusieurs pays organisaient des conférences nationales, Félix Houphouët-Boigny n’a pas accepté ce modèle de concertation en Côte d’Ivoire.

« De 1990 à 1993, Houphouët n’a fait aucun dialogue avec son opposition et je mets quiconque au défi de prouver le contraire », affirme-t-il.

La réforme électorale au cœur de la confrontation

Au-delà de la référence historique, N’zi Kokora défend une conception institutionnelle de la démocratie. Il rappelle que la Côte d’Ivoire est une République organisée autour de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

À ses yeux, ces institutions disposent de la légitimité nécessaire pour agir au nom du peuple. Il conteste ainsi la prétention des partis politiques à parler au nom de l’ensemble des citoyens en dehors des mécanismes de représentation prévus par les institutions.

Pour le responsable du RHDP, le dialogue politique ne doit donc pas se dérouler à travers des assemblées informelles réunissant des formations politiques aux intérêts différents, mais dans le cadre institutionnel.

Cette position rejoint la ligne défendue par le pouvoir, qui estime que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement et que les questions relevant de leurs compétences doivent être traitées par les voies institutionnelles appropriées.

« Ses institutions fonctionnent correctement, par conséquent elles ne sauraient sous-traiter leurs prérogatives à des partis politiques qui n’ont aucune représentation nationale », soutient N’zi Kokora. Il invite, par ailleurs, ceux qui souhaitent parler au nom du peuple à rechercher la légitimité dans les urnes.

En définitive, cette confrontation entre N’zi Kokora et Assalé Tiémoko révèle deux lectures opposées de l’houphouëtisme et du fonctionnement démocratique. D’un côté, le cadre du RHDP met en avant l’ordre, la discipline et la prééminence des institutions. De l’autre, l’appel du maire de Tiassalé au dialogue pose la question de la concertation politique dans le cadre de la réforme électorale. Un débat qui reste au cœur des tensions entre le pouvoir et une partie de l’opposition ivoirienne.

Martial Galé

Lemandatexpress.net

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