Lemandatexpress – Battu aux législatives de décembre 2025, Assalé Tiémoko revient à la charge. Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, le maire de Tiassalé dénonce les moyens financiers mobilisés pendant les campagnes électorales et prend directement pour cible son adversaire, Alpha Sanogo. Une sortie qui ravive les tensions politiques dans la circonscription de Tiassalé-Morokro.
La défaite électorale n’a manifestement pas clos le débat politique à Tiassalé. Battu par Alpha Sanogo, candidat du RHDP aux législatives de décembre 2025, Assalé Tiémoko reprend la parole pour dénoncer ce qu’il considère comme des inégalités flagrantes dans le financement des campagnes électorales en Côte d’Ivoire.
Dans une vidéo qui fait réagir sur les réseaux sociaux, le maire de Tiassalé s’appuie sur un exemple français pour illustrer les différences qu’il dénonce entre les pratiques électorales des deux pays.
“Je vais vous donner un exemple. J’étais en France en avril dernier quand les élections municipales se sont déroulées. Et pendant la campagne, parce qu’un candidat avait osé donner des poulets à une réunion, la commission nationale de contrôle de la campagne a réagi, sa campagne a été bloquée. Il ne faisait plus campagne. Parce qu’on a estimé qu’il avait tenté de corrompre les électeurs”, raconte-t-il.
Mais c’est surtout à travers son récit d’une collecte de dons au sein d’une paroisse de Tiassalé qu’Assalé Tiémoko entend dénoncer ce qu’il présente comme un déséquilibre entre les candidats.
“Ici, en Côte d’Ivoire, à Tiassalé, il y a eu une messe à la paroisse et puis à la fin on a dit qu’on pouvait faire des dons. On était en pleine campagne municipale et puis moi en tant que maire, j’ai donné un million ; le Président Dimba Pierre, Président du Conseil régional et Ministre de la Santé, a donné un million ; et puis mon adversaire direct à la campagne, lui, donne 50 millions à l’église. Et ça n’a posé aucun problème dans le pays. La presse n’en a pas parlé. Il était DAF du ministère de la Santé. Ce n’est pas normal que, pour une élection municipale, certains font campagne avec 10 millions, et d’autres avec 500 millions, souvent pour une élection où le budget de la mairie n’atteint même pas 100 millions. Qu’est-ce qui se cache derrière tout ça ?”, a maugréé Assalé Tiémoko.
Une déclaration qui remet en question, selon son auteur, l’équité des compétitions électorales. Mais au-delà des interrogations soulevées, cette sortie intervient dans un contexte politique marqué par la défaite de l’ancien député, désormais confronté à un adversaire qui a réussi à s’imposer dans les urnes.
Alpha Sanogo, la revanche du travail de terrain ?
Pour ses soutiens, la victoire d’Alpha Sanogo ne doit rien au hasard. Après deux échecs aux municipales de 2023, le candidat du RHDP aurait progressivement renforcé son implantation locale, privilégiant la proximité avec les populations, le dialogue et la construction d’un réseau de relations sur le terrain.
Cette stratégie, moins spectaculaire que les affrontements médiatiques, a finalement permis à Alpha Sanogo de prendre le dessus sur Assalé Tiémoko lors des législatives de décembre 2025.
Pour le RHDP, le résultat constitue un signal politique important. Il montre que le parti présidentiel entend consolider sa présence jusque dans des localités où la compétition électorale reste particulièrement disputée.
L’épisode rappelle aussi une réalité incontournable de la vie politique : une forte présence médiatique ne garantit pas nécessairement une victoire dans les urnes. La capacité à mobiliser les électeurs, à maintenir un contact régulier avec les populations et à proposer des réponses concrètes à leurs préoccupations demeure essentielle.
Pour Alpha Sanogo, l’heure est désormais à la traduction de cette victoire en résultats. Le nouvel élu est attendu sur les questions de développement local, d’emploi, de lutte contre la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des habitants de Tiassalé-Morokro. Sa suppléante, l’honorable Françoise Angaman, constitue également un relais dans la représentation parlementaire.
Jean Bonin avait déjà donné le ton
La nouvelle sortie du maire de Tiassalé intervient alors que sa communication politique fait déjà l’objet de critiques. Dans une publication récente, Jean Bonin avait dénoncé ce qu’il appelle le « populisme Facebook », mettant en garde contre les discours politiques séduisants qui ne seraient pas nécessairement suivis d’actions à la hauteur des promesses.
« Les grands diseurs ne sont pas toujours les grands faiseurs », écrivait-il à l’endroit du maire de Tiassalé, avant de prévenir :
“Faites attention aux populistes. Ils ont un discours mielleux. Hitler avait ses partisans, Mussolini avait ses partisans, parce qu’ils savaient séduire les masses. Mais c’est une fois au pouvoir que leur vrai visage apparaît.”
Un avertissement qui prend une résonance particulière après la défaite électorale d’Assalé Tiémoko. Ses détracteurs y voient une illustration des limites d’une stratégie politique fortement axée sur la communication. Ses prises de position continuent toutefois d’alimenter les débats sur les pratiques électorales et le fonctionnement de la vie publique.
Le verdict des urnes face aux polémiques
À Tiassalé, la confrontation entre Assalé Tiémoko et Alpha Sanogo se poursuit donc sur le terrain politique et médiatique. D’un côté, le maire dénonce les disparités financières et interroge les pratiques de campagne. De l’autre, les soutiens du député élu défendent une approche axée sur le développement et les actions concrètes.
Les interrogations sur le financement des campagnes électorales ne peuvent cependant être tranchées par la seule polémique. Elles appellent des éléments de preuve, un examen des règles applicables et, le cas échéant, des vérifications par les instances compétentes.
Pour Alpha Sanogo, la meilleure réponse aux critiques reste désormais la capacité à honorer les attentes suscitées par sa victoire. Pour Assalé Tiémoko, le défi est de maintenir son influence politique tout en donnant à ses accusations une portée qui dépasse la controverse sur les réseaux sociaux.
Car, au-delà des déclarations et des affrontements entre personnalités politiques, ce sont les populations de Tiassalé-Morokro qui attendent des résultats.
HG


