Coupes interclubs de la CAF : tous les clubs ivoiriens éliminés au tour préliminaire, les raisons d’une débâcle

Les quatre représentants ivoiriens engagés dans les compétitions interclubs de la Confédération africaine de football (CAF) ont tous été éliminés au deuxième tour préliminaire. Un fiasco qui relance le débat sur le niveau du championnat local et la gestion des clubs.

L’Asec Mimosas et le FC San Pedro en Ligue des champions, le CO Korhogo et l’AFAD en Coupe de la Confédération : aucun des quatre représentants ivoiriens n’a réussi à atteindre la phase de poules des compétitions interclubs de la CAF pour la saison 2026-2027. L’espoir suscité par les résultats des matchs aller s’est envolé, au grand dam du public sportif ivoirien.

À Nouakchott, le FC San Pedro a rendu les armes (0-2), réduisant à néant sa courte victoire (2-1) obtenue une semaine plus tôt au stade Laurent-Pokou. De son côté, l’Asec Mimosas, qui pensait avoir fait le plus difficile après son match nul (1-1) au Maroc, a été battue dimanche au stade Félix-Houphouët-Boigny par le MAS de Fès (1-2). Échec et mat pour les deux représentants ivoiriens en Ligue des champions.

Les deux clubs ne disposent d’aucune possibilité de repêchage. La CAF a supprimé le tour de barrage, qui permettait autrefois aux équipes éliminées au deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions d’être reversées en Coupe de la Confédération.

L’AFAD et le CO Korhogo également éliminés

En Coupe de la Confédération, l’AFAD et le CO Korhogo n’iront pas plus loin que le deuxième tour préliminaire. Déjà fragilisés par le match nul (1-1) concédé à domicile à l’aller, les Académiciens du Plateau ont perdu leurs dernières illusions lors de leur déplacement à Sfax, en Tunisie. Ils se sont inclinés sur la plus petite des marges (0-1).

Fin de parcours également pour le CO Korhogo. Pour sa première expérience continentale, le club du Poro n’a pas réussi à tenir tête à l’AS FAR du Maroc. Battus (0-1) à l’extérieur après un nul vierge à Domicile, les Korhogolais quittent eux aussi la compétition.

Avec ces quatre éliminations, la Côte d’Ivoire disparaît prématurément des compétitions interclubs de la CAF. Une situation préoccupante qui pourrait, à terme, fragiliser la représentativité du pays sur la scène continentale.

Un championnat ivoirien en perte de vitesse

Cette débâcle soulève plusieurs interrogations, notamment sur le niveau de la Ligue 1 ivoirienne et la gestion des clubs. Depuis plusieurs années, le championnat national semble avoir perdu une partie de son attractivité et de sa compétitivité. Une évolution qui se répercute sur les performances des équipes en compétitions africaines.

Il faut remonter à 2014, avec la finale du Séwé Sport de San Pedro en Coupe de la Confédération, pour retrouver une performance notable d’un club ivoirien à ce stade de la compétition continentale. À l’époque, le championnat était relativement disputé, avec des formations comme l’Africa Sports, le Sporting Club de Gagnoa, l’Asec Mimosas, la JCA Treichville et le Stella Club d’Adjamé.

Le constat est aujourd’hui moins reluisant. « On peut comprendre que les clubs ivoiriens perdent contre des adversaires issus des pays du Nord. Mais se faire éliminer par Nouadhibou FC, un club mauritanien, c’est un très mauvais signal. C’est la preuve que notre championnat est de bas niveau. Il faut travailler à rectifier le tir », déplore le journaliste Ange Joël Guédé.

Le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Yacine Idriss Diallo, avait lui-même soulevé cette question lors de sa campagne électorale. Il avait estimé que les joueurs évoluant en Ligue 1 ivoirienne n’avaient pas le niveau requis pour prétendre à une place en sélection nationale et que le championnat local accusait un retard par rapport à ceux des pays d’Afrique du Nord.

Ces déclarations avaient suscité un vif débat au sein du public sportif. Aujourd’hui, l’élimination des quatre représentants ivoiriens vient raviver les interrogations sur le niveau réel du football local et sa capacité à rivaliser avec les championnats les plus compétitifs du continent.

Des ambitions sportives en question

Au-delà des limites du championnat national, la gestion des clubs apparaît également comme un facteur déterminant. Les ambitions affichées ne s’accompagnent pas toujours des moyens nécessaires pour rivaliser durablement sur la scène continentale.

L’exemple de l’Asec Mimosas est révélateur. Le club jaune et noir semble désormais privilégier un recrutement limité, sans toujours parvenir à attirer des joueurs de dimension internationale capables de faire la différence dans les grands rendez-vous africains. Pourtant, les revenus générés par les transferts de ses joueurs pourraient lui offrir une marge de manœuvre à même de renforcer son effectif. Encore faut-il afficher une ambition sportive à la hauteur de son histoire.

Le FC San Pedro, de son côté, s’est régulièrement illustré par le transfert de certains de ses meilleurs joueurs en cours de saison. Une stratégie qui soulève des interrogations sur l’équilibre entre les intérêts financiers du club et la recherche de résultats sportifs. Le vice-champion de Côte d’Ivoire peine ainsi à transformer ses participations continentales en performances marquantes.

Pour le CO Korhogo, dont il s’agit de la première expérience africaine, des circonstances atténuantes peuvent être avancées. Toutefois, après avoir remporté la Coupe nationale, le club du Poro a franchi un cap et doit désormais se donner les moyens de ses ambitions.

Le cas de l’AFAD interpelle également. Malgré les ambitions affichées à sa création, le club peine à s’imposer  sur la scène continentale et à démontrer l’existence d’un véritable projet de développement à long terme.

La FIF face à ses responsabilités

Tant que les clubs ivoiriens ne disposeront pas de véritables stratégies de développement, soutenues par une politique fédérale incitative, le championnat ivoirien risque de continuer à perdre du terrain face à ses concurrents africains.

La formation, la qualité du recrutement, la conservation des meilleurs joueurs, la structuration administrative et les moyens financiers constituent autant de leviers à renforcer pour permettre aux équipes ivoiriennes de retrouver leur compétitivité.

Réélu le 12 septembre 2026 pour un deuxième mandat à la tête de la FIF, Yacine Idriss Diallo est ainsi interpellé. Cette élimination collective doit servir d’alerte et conduire à une réflexion de fond sur l’avenir du football ivoirien. Car, sans une véritable politique de développement des clubs et du championnat, les campagnes africaines risquent de continuer à se solder par des désillusions.

Martial Galé

Lemandatexpress.net

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