Cinq ans après son retour de la Haye et la création du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), Laurent Gbagbo reste, certes, le leader incontesté de sa formation politique. Mais derrière la confiance de ses partisans, l’influence de l’ancien chef de l’État sur la scène politique nationale semble s’éroder, tandis que ses initiatives peinent à mobiliser au-delà de son cercle politique.
Le PPA-CI avait pourtant l’occasion de prendre un nouveau virage dans sa jeune histoire. Mais lors de son premier congrès ordinaire, les 14 et 15 mai 2026, au Palais de la Culture de Treichville, la base a préféré la continuité à l’alternance. Attachés au leadership de Laurent Gbagbo, les militants ont renouvelé leur confiance au président fondateur, seul candidat à sa propre succession.
Ce choix est d’autant plus remarquable que l’ancien président de la République avait annoncé son intention de se retirer de la vie politique après les élections législatives de décembre 2025. « Vous savez que le Congrès, c’est la plus haute décision du parti. Quand le Congrès prend une décision, même le président Laurent Gbagbo ne peut pas aller contre cette décision. C’est comme ça. On dit : ‘’la loi est dure, mais c’est la loi’’ », confiait, au lendemain de cette rencontre, Dr Florentine Fahé, cadre du parti.
Ce plébiscite interne confirme l’emprise de Laurent Gbagbo sur son appareil politique. Toutefois, la fidélité des militants ne suffit pas à masquer les signes d’essoufflement de son influence. Si l’ancien chef de l’État conserve son statut historique et sa stature d’opposant, ses mots d’ordre, en revanche, peinent désormais à produire l’écho attendu. L’Appel de Bonoua, le mouvement « Trop, c’est trop », puis, plus récemment, le « Pacte social », illustrent cette difficulté à transformer les initiatives politiques en une dynamique de mobilisation durable. Ces démarches, qui entendent maintenir la pression sur le pouvoir et raviver l’engagement des militants, semblent davantage traduire la volonté de préserver un leadership fragilisé que l’affirmation d’un nouvel élan politique.
Le désapparentement de certains anciens cadres du parti dont Ahoua Don-Mello aura contribué également à briser le mythe du Woody de Mama.
Conscient de la nécessité de préparer le PPA-CI à une nouvelle étape, Laurent Gbagbo avait lui-même évoqué une délégation de ses responsabilités. Prenant toutefois soin de distinguer cette démarche d’une désignation de son successeur. « J’ai dit je vais déléguer à quelqu’un qui va tous les jours “aller au marché”, venir… Quand je vais déléguer mes pouvoirs à quelqu’un… ça ne veut pas dire que je le nomme comme mon successeur, pas du tout ! », avait-il déclaré.
En août dernier, cela s’est vérifié dans les faits quand l’ancien président a confié des responsabilités à cinq personnalités du parti, dont Sébastien Dano Djédjé, nommé président du Conseil stratégique et politique, avec des prérogatives de direction générale et de supervision du parti. Laurent Gbagbo entend ainsi se mettre en retrait de certaines tâches tout en conservant la maîtrise de l’orientation politique de sa formation. Une présence qui s’inscrit désormais plus dans le symbole que dans un véritable projet de reconquête.
Car si une majeure partie de la base du PPA-CI reste solidement attachée à son fondateur, ce dernier n’a plus l’aura pour porter le dynamisme d’un parti confronté aux défis de son avenir.
Aziz Krah


