Le Premier ministre, chef du Gouvernement, Robert Beugré Mambé, a procédé à l’ouverture du lancement du rapport phare sur l’urbanisation en Afrique Subsaharienne, le Jeudi 29 octobre 2026, au Plateau-Abidjan, intitulé « L’éveil urbain de l’Afrique subsaharienne : catalyser la croissance économique et la création d’emplois ».
Le Premier ministre, a appelé à faire de l’urbanisation un moteur de croissance économique, de création d’emplois et de progrès social, en indiquant: « L’urbain doit être au service de l’humain. Le développement urbain doit être au service du développement des hommes. », a-t-il déclaré, invitant les acteurs publics et privés à repenser la conception et la gestion des villes en vue de leir transformation en un levier de développement économique et social.
Mambé a, par la suite, mis en lumière les possibilités offertes par l’expansion des villes, ainsi que les défis liés à une urbanisation insuffisamment maîtrisée. À l’échelle mondiale, 56 % de la population vit en milieu urbain, une proportion qui devrait avoisiner 70 % à l’horizon 2050. En Afrique, le taux d’urbanisation, passé de 14 % en 1950 à plus de 45 % aujourd’hui, devrait franchir la barre des 50 % dès 2030. En Côte d’Ivoire, les citadins représentent déjà plus de la moitié de la population, avec environ 17,8 millions d’habitants sur 32,8 millions en 2025.

Face à cette dynamique, Robert Beugré Mambé a insisté sur la nécessité d’anticiper les besoins des populations en matière de logement, de mobilité, d’accès à l’eau potable, d’assainissement, d’énergie et d’équipements collectifs. « Nous avons fait le choix stratégique de devancer la croissance urbaine plutôt que de la suivre », a-t-il affirmé, soulignant la volonté du gouvernement de prévenir les difficultés liées à l’expansion rapide des agglomérations. Il a, dans ce sens, rappelé les investissements engagés sous l’impulsion du président de la République, Alassane Ouattara, pour améliorer durablement le cadre de vie des populations.
Trois mécanismes pour répondre aux besoins des différentes catégories sociales..
Parmi les réalisations et projets structurants évoqués, figurent la voie de contournement Y4, le pont Henri-Konan-Bédié, le quatrième pont d’Abidjan, le métro d’Abidjan et le système de transport rapide par bus (BRT). Le gouvernement envisage également de nouveaux ouvrages de franchissement et de liaison pour fluidifier la circulation dans le district autonome d’Abidjan et à l’intérieur du pays. À ces initiatives pourrait s’ajouter un projet de téléphérique, dont la faisabilité devra être étudiée au regard des contraintes techniques et de la nécessité de proposer un tarif accessible aux usagers.
Pour répondre aux besoins des différentes catégories sociales, le chef du gouvernement a présenté trois mécanismes : la location simple ou la location-vente, l’autoconstruction encadrée et la réalisation de logements sociaux abordables. Des programmes sont déjà engagés dans plusieurs localités, notamment à Abidjan, Ahoué et Yamoussoukro, avec une extension envisagée à d’autres grandes villes, dont Korhogo et San-Pédro. « Le président a demandé que nous étendions ce programme pour les grandes villes de Côte d’Ivoire afin de simplifier les problèmes de logement aux Ivoiriens », a-t-il indiqué. L’autoconstruction devra, pour sa part, reposer sur des terrains aménagés, des plans adaptés et le respect des règles d’occupation de l’espace.
Au-delà de l’amélioration du cadre de vie, Robert Beugré Mambé a mis en avant les retombées économiques de l’aménagement urbain, en cohérence avec les orientations du Plan national de développement (PND) 2026-2030. Les investissements dans le bâtiment et les infrastructures peuvent générer des emplois directs et indirects, notamment au profit des jeunes, dans les domaines de l’ingénierie, de l’architecture, des métiers techniques et de l’artisanat. Ils contribuent également à dynamiser le commerce, à accroître la demande en matériaux locaux et à soutenir les petites et moyennes entreprises. « En matière de logement et d’aménagement urbain, un franc investi génère un foisonnement de plus de quatre francs dans l’économie », a-t-il avancé, soulignant les effets d’entraînement de ces investissements sur l’activité économique et les recettes des collectivités territoriales.

Pour concrétiser cette ambition, le Premier ministre a plaidé pour une gouvernance urbaine renforcée et une diversification des mécanismes de financement. Il a notamment appelé à mobiliser davantage de ressources nationales, à encourager la participation du secteur privé et à consolider les capacités financières et managériales des collectivités territoriales. Il a également souligné l’importance des financements concessionnels à long terme, assortis de périodes de grâce adaptées aux projets d’infrastructures. L’enjeu, selon lui, est de faire des villes africaines des espaces capables d’attirer les investissements, de favoriser le développement des entreprises et d’offrir des perspectives professionnelles à une jeunesse en pleine expansion.
Robert Beugré Mambé a, en plus, invité les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les partenaires au développement et le secteur privé à faire converger leurs efforts pour bâtir des villes mieux organisées, mieux connectées et plus résilientes, tout en saluant la contribution de la Banque mondiale à la réflexion sur les transformations urbaines.
Trois défis majeurs
Le rapport dont un exemplaire a été officielement remis au Premier ministre montre que l’urbanisation constitue un levier majeur de croissance économique et de création d’emplois, mais l’Afrique subsaharienne peine encore à en tirer pleinement profit. Alors que sa population urbaine devrait augmenter de 748 millions d’habitants au cours des 25 prochaines années, la région doit agir rapidement pour répondre aux besoins de sa jeunesse et créer 15 millions d’emplois par an. Un rapport du Groupe de la Banque mondiale identifie trois défis majeurs : la fragmentation des grandes agglomérations, le manque d’anticipation de l’expansion des périphéries et les difficultés de développement des villes secondaires. Pour y remédier, il préconise des investissements ciblés dans les infrastructures urbaines, l’amélioration des transports et de l’accès au logement, ainsi que des réformes réglementaires favorables aux activités économiques. Enfin, le rapport recommande de renforcer la gouvernance et les capacités financières des collectivités territoriales, notamment par la mobilisation des ressources foncières et des capitaux privés, afin de faire des villes de véritables moteurs de développement.

Intervenant à son tour, le ministre de l’Urbanisation, de la Construction et du Cadre de vie, Moussa Sanogo, a relevé l’importance de considérer l’urbanisation comme une question de productivité et de création de richesses, au-delà des seuls enjeux d’aménagement et d’infrastructures. « La planification urbaine n’est pas seulement un exercice réglementaire ; elle constitue également un instrument de programmation des investissements et de maîtrise du coût futur de l’action publique », a-t-il souligné. Il a cité les initiatives engagées par la Côte d’Ivoire, notamment les schémas directeurs d’urbanisme du Grand Abidjan et du Grand Yamoussoukro, ainsi que l’élaboration de plans d’urbanisme directeurs pour accompagner le développement des villes. Le ministre a souhaité que les conclusions du rapport contribuent à enrichir les réformes en cours et à mieux maîtriser les coûts d’une croissance urbaine insuffisamment planifiée.
Pour sa part, Marie-Chantal Uwanyiligira , directrice de division de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo et la Guinée, a appelé à un changement de paradigme dans la conception des politiques urbaines. Selon elle, la ville ne doit plus être considérée uniquement comme un espace d’aménagement et d’amélioration du cadre de vie, mais comme un véritable moteur de l’activité économique. « La ville ne doit plus seulement recevoir la croissance, mais contribuer à la créer », a-t-elle déclaré.
Kouassi N’Goran


