Au bout des quatre prochaines années, la page Alassane Ouattara sera tournée. Pour la succession du numéro un ivoirien, après quatre mandats, le débat se concentre autour de ses trois plus proches collaborateurs. Les enjeux de ce passage de témoin concernent à la fois la vitalité de sa propre famille politique, le RHDP, et la stabilité du pays.
À quatre ans de la prochaine échéance présidentielle, la question de l’après-Alassane Ouattara commence à prendre une place particulière dans les calculs politiques. À 84 ans, le chef de l’État ivoirien n’a pas encore officiellement ouvert le débat sur sa succession. Pourtant, dans les cercles du pouvoir comme au sein de l’opposition, les interrogations se multiplient. Qui pourra reprendre le flambeau après quatre mandats ? Et surtout, comment assurer une transition sans fragiliser les équilibres construits autour du président ? Comme évoqué par Jeune Afrique dans sa livraison de ce lundi, trois personnalités apparaissent aujourd’hui au cœur de cette équation : Tiémoko Meyliet Koné, Robert Beugré Mambé et Téné Birahima Ouattara.
Des atouts réels…
Le vice-président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, présente d’abord le profil d’un homme d’expérience, rompu aux grands dossiers économiques et institutionnels. Ancien gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), fonction qu’il a occupée de 2011 à 2022, il bénéficie d’une solide réputation auprès des partenaires financiers et des institutions internationales. Sa proximité avec Alassane Ouattara, ainsi que sa connaissance des mécanismes économiques, constituent des atouts non négligeables. Il apparaît comme un profil rassurant pour la continuité de la politique économique engagée depuis 2011. Mais son âge, son absence d’expérience électorale et l’absence d’une véritable base militante pourraient constituer des handicaps dans une compétition présidentielle. À 81 ans en 2030, il incarne par ailleurs difficilement le renouvellement générationnel régulièrement évoqué par le chef de l’État.
À la Primature, Robert Beugré Mambé dispose d’autres arguments. Ancien gouverneur du district autonome d’Abidjan, cet ingénieur des travaux publics s’est progressivement imposé dans le dispositif présidentiel. Nommé Premier ministre en octobre 2023, puis reconduit à son poste, il est considéré comme un homme de méthode, proche des réalités du terrain et habitué à la conduite de grands projets. Son parcours politique, marqué notamment par son passage au PDCI avant son maintien dans le camp présidentiel lors de la rupture de 2018, lui confère également une certaine ouverture. Originaire du Sud, il représente un équilibre géographique intéressant pour un parti dont l’assise électorale historique demeure fortement ancrée dans le Nord. Toutefois, la Primature reste une position d’exécution. Sa capacité à transformer cette fonction en véritable tremplin présidentiel demeure une question ouverte.
Le troisième profil, Téné Birahima Ouattara, présente une configuration bien différente. Frère cadet du président, surnommé « Photocopie » en raison de sa ressemblance avec son aîné, il occupe une position stratégique au sein de l’appareil d’État. Ministre de la Défense et vice-Premier ministre, il dispose d’une connaissance approfondie des rouages du pouvoir et des questions sécuritaires. Sa proximité avec Alassane Ouattara et son influence dans l’appareil politique du RHDP constituent des avantages importants. Son nom revient d’ailleurs régulièrement dans les spéculations sur la succession. Pour les partisans de la continuité, il pourrait offrir des garanties quant à la préservation des orientations du pouvoir actuel. Mais cette perspective comporte aussi des risques. Le soupçon d’une succession familiale pourrait susciter des réserves dans l’opinion et au-delà des frontières du RHDP. Il lui faudrait surtout démontrer sa capacité à s’imposer comme une personnalité politique autonome et à convaincre un électorat plus large.
D’autres prétendants potentiels?
À côté de ces trois personnalités, d’autres responsables du RHDP pourraient compter dans les arbitrages à venir. C’est notamment le cas de Patrick Achi. Ancien Premier ministre, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, il dispose d’une expérience gouvernementale importante et d’un carnet d’adresses international. Son parcours, marqué par son passage au PDCI avant son ralliement au RHDP, lui permet également de bénéficier de relais dans plusieurs sensibilités politiques. Son retour au premier plan institutionnel lui offre une visibilité supplémentaire, même si ses relations avec le sommet du pouvoir et l’absence d’une base politique personnelle solide restent des éléments à prendre en compte.
Adama Bictogo, ancien président de l’Assemblée nationale et figure influente du parti, constitue également un acteur à ne pas négliger. Homme de terrain, doté d’une réelle capacité de mobilisation, il conserve des relais politiques et une expérience de l’appareil partisan. Son départ du perchoir en janvier 2026 a certes réduit sa visibilité institutionnelle, mais il n’a pas effacé son poids dans les réseaux du RHDP.
La succession à l’épreuve de la cohésion du RHDP et de la stabilité
Reste que la succession d’Alassane Ouattara ne se résumera pas à une compétition entre ambitions individuelles. Elle mettra à l’épreuve la cohésion d’un parti construit autour de la personnalité du chef de l’État. Le choix du futur candidat devra tenir compte des équilibres régionaux, des sensibilités internes et de la capacité du prétendant à maintenir la confiance des partenaires économiques et politiques du pays.
En face, l’opposition, encore confrontée à ses divisions et à ses difficultés de recomposition, peine à faire émerger une alternative capable de s’imposer durablement. Mais l’enjeu dépasse la seule conquête du pouvoir. Après quatre mandats d’Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire sera confrontée à un défi majeur : organiser, dans la stabilité et le respect des règles démocratiques, une succession présidentielle pacifique. Pour le chef de l’État, la transmission pourrait ainsi constituer le chantier politique le plus déterminant de la fin de son parcours.
M. Galé, avec JA


