Abidjan accueille, du mardi 3 au jeudi 5 novembre 2026, au Plateau, le Dialogue sur l’avenir démographique de l’Afrique. Placée sous le thème « Tirer parti du changement démographique pour la prospérité, la résilience et l’inclusion », la rencontre a été officiellement ouverte, le mercredi 4 novembre, par le Premier ministre, chef du gouvernement, Robert Beugré Mambé.
Dans son adresse, le chef du gouvernement a rappelé que le développement du capital humain et l’amélioration des conditions de vie demeurent au cœur de l’action publique conduite sous la haute direction du président de la République, Alassane Ouattara. Il a, dans ce sens, appelé les États africains à mieux anticiper les mutations démographiques afin d’en faire des leviers de prospérité, de résilience et d’inclusion.
Pour Robert Beugré Mambé, les mutations représentent à la fois des opportunités et des responsabilités pour les dirigeants du continent. « L’Afrique est au cœur d’une transformation qui pèsera sur l’équilibre du monde d’ici à 2050 », a-t-il souligné, évoquant notamment la jeunesse, l’urbanisation rapide, les mobilités, l’évolution des structures familiales, la baisse de la fécondité dans certains pays et l’allongement de l’espérance de vie dans d’autres.

Face à ces évolutions, le Premier ministre a insisté sur la nécessité de faire accompagner la croissance démographique par des avancées concrètes dans les domaines des droits, de la formation, de la santé et de l’emploi. « Il faut faire en sorte que la croissance de la population s’accompagne d’une progression réelle des droits, des compétences, de la santé et de la possibilité de travail », a-t-il déclaré.
Le PND 2026-2030 comme cadre d’anticipation
Dans cette dynamique, le chef du gouvernement a mis en avant le rôle du Plan national de développement (PND) 2026-2030, qui renforce les mécanismes de planification et appelle à une meilleure adéquation entre les politiques économiques et les besoins des populations. Il préconise notamment une coordination accrue entre les administrations ainsi qu’une orientation des investissements publics vers les priorités révélées par les données démographiques.
Robert Beugré Mambé a également rappelé que l’efficacité de l’action publique doit se mesurer à ses retombées concrètes sur les conditions de vie des populations. « Nous voulons que les jeunes accèdent à une formation adaptée et à un emploi digne, que les femmes puissent poursuivre leurs projets et participer pleinement à la prospérité nationale, que les enfants grandissent en bonne santé et que les personnes âgées vivent dans la sécurité et la considération », a-t-il indiqué. Il a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de garantir un accès équitable aux services essentiels, aussi bien en milieu urbain que rural.
À l’échelle continentale, le Premier ministre a plaidé pour une mobilisation collective, estimant qu’aucun pays ne peut relever seul les défis liés aux transformations démographiques. Il a ainsi appelé à renforcer la coopération entre les États, les institutions africaines, les organisations internationales et le secteur privé, tout en associant les chercheurs et la société civile. Il a également encouragé les pays à s’inspirer des expériences réussies sur le continent. « Il faut aller dans chaque pays tirer du fond des tiroirs les expériences qui ont eu du succès », a-t-il recommandé, plaidant en outre pour la mobilisation de financements à long terme et à taux concessionnels.

Souhaitant que les travaux des deux jours débouchent sur des propositions concrètes, Robert Beugré Mambé a mis l’accent sur l’amélioration des outils de planification et de prospective, le renforcement des systèmes de données, le développement du capital humain et la création d’emplois. Les panels, les échanges avec les jeunes et les forums consacrés à l’intelligence démographique devront contribuer à rapprocher les connaissances des décisions publiques et à faire émerger des partenariats assortis de priorités clairement définies. « L’avenir démographique de l’Afrique n’est pas une promesse à remettre à plus tard. Il se construit dès aujourd’hui, dans la capacité de nos institutions à anticiper », a-t-il affirmé.
Vers une nouvelle Politique nationale de la population
Intervenant à son tour, le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, a relevé la place centrale des enjeux démographiques dans la définition des politiques publiques. « Le défi démographique constitue un enjeu majeur qui s’impose à la Côte d’Ivoire, à l’Afrique et au monde », a-t-il affirmé. Il a précisé que les évolutions de la population influencent directement les choix de développement dans des secteurs essentiels tels que l’agriculture, l’industrie et les services.
Pour mieux maîtriser ces dynamiques, la Côte d’Ivoire élabore une nouvelle Politique nationale de la population couvrant la période 2026-2035. Cette démarche vise à anticiper les changements démographiques plutôt que de les subir, avec pour ambition d’offrir aux générations futures de meilleures perspectives. « L’objectif est de maîtriser ces dynamiques pour permettre aux générations futures d’étudier dans de bonnes conditions, d’accéder à des soins de qualité et de s’insérer durablement dans le tissu socio-économique », a expliqué le ministre.
De son côté, la directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a souligné la dimension continentale de cette rencontre, organisée sous l’égide de l’Union africaine. Elle a indiqué qu’elle rassemble des décideurs africains et des délégations internationales autour des enjeux démographiques inscrits dans l’Agenda 2063. Elle a également mis en avant le partage des bonnes pratiques, citant la Côte d’Ivoire comme un modèle de développement inclusif et d’infrastructures sociales de proximité. La responsable a enfin appelé à une mobilisation concertée des gouvernements, du secteur privé et des partenaires financiers internationaux.
Le rendez-vous vise à définir des priorités communes pour permettre aux pays africains de prévoir, de planifier et de s’adapter aux transformations de leurs populations. Elle entend également renforcer l’intégration des données démographiques dans l’élaboration des politiques économiques, la planification du développement et les décisions d’investissement.
Kouassi N’Goran



