
Opinion – Chantre du panafricanisme, le PPA-CI en flagrant délit de contradiction en saisissant le Parlement européen
Lemandatexpress- Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), résolument engagé dans son combat pour la réinscription de Laurent Gbagbo sur la liste électorale, a frappé à une porte inattendue : celle du Parlement européen, à Strasbourg. Cette démarche, survenue vendredi 2 mai, interroge profondément. Et pour cause : elle semble en totale contradiction avec l’idéologie que ce parti de gauche revendique haut et fort, le panafricanisme.
« Nous voulons une élection inclusive. Nous voulons le respect de la Constitution. Et surtout, que la voix du peuple ivoirien soit librement entendue », ont martelé Pascal Logbo François, porte-parole du PPA-CI France, et ses camarades. Ils affirment ainsi alerter la communauté internationale sur les risques d’exclusion à la présidentielle d’octobre 2025. L’intention peut sembler noble. Mais le fond soulève une incohérence flagrante.
Comment un parti qui se veut chantre du panafricanisme, soutien affiché des États de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans leur rupture avec l’Occident, peut-il, dans le même élan, implorer l’arbitrage d’une institution européenne ? Le PPA-CI, défenseur d’un souverainisme africain radical, en appelle au secours de ceux-là mêmes qu’il accuse d’ingérence. On ne peut, à la fois, fustiger les ingérences étrangères et solliciter leur médiation quand cela arrange.
Cette dissonance idéologique rappelle le paradoxe de ces politiques, promptes à dénoncer l’Occident tout en lui demandant assistance. Le malaise est d’autant plus palpable que d’autres voies étaient possibles : une saisine de l’ONU, par exemple, aurait été plus cohérente avec une logique multilatérale universelle.
Mais en allant vers le Parlement européen – organe politique de l’Union européenne – le PPA-CI donne l’image d’un parti aux convictions fluctuantes. À quoi bon dénoncer l’ingérence européenne tout en la sollicitant dans ses propres affaires ? N’est-ce pas là une forme de tutelle déguisée que l’on prétend rejeter ?
Comme l’a récemment déclaré le professeur Simplice Dion : « Le panafricanisme étant un souverainisme, on ne peut pas prétendre à la souveraineté tout en se plaçant sous surveillance. »
Ce constat s’applique sans détour à la posture actuelle du PPA-CI. Il y a là une contradiction difficile à défendre, sauf à admettre que ce souverainisme n’est qu’un vernis populiste.
Laurent Gbagbo, qui affirme avoir « un beau regard sur l’AES », et ses partisans gagneraient à clarifier leur ligne politique. Sinon, leurs discours flamboyants risquent de se dissiper dans l’air comme de simples effets d’annonce.
Car au fond, que vaut un combat idéologique s’il est miné par l’incohérence ? Toute cause, même légitime, perd en crédibilité quand les actes trahissent les principes.
Aziz Krah







