
Reprise de contact entre Ouattara et Gbagbo: vers une rencontre historique ?
Lemandatexpress – Après plusieurs mois de silence, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ont repris langue. Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, les deux anciens rivaux se sont entretenus au téléphone au mileu du mois de juillet 2025, rompant ainsi une période de plus d’un an sans échange direct. Leur dernière conversation remontait à février 2024.
De retour d’un séjour en France le 16 juillet, le chef de l’État ivoirien a pris l’initiative de joindre son prédécesseur pour s’enquérir de sa santé et lui proposer une rencontre. L’objectif : discuter de la situation politique du pays à l’approche de la présidentielle prévue le 25 octobre prochain.
D’après les sources du confrère Jeune Afrique, l’entretien s’est déroulé dans un climat apaisé. Laurent Gbagbo, président du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), a salué la démarche de son ancien adversaire. Bien qu’invité à assister aux festivités du 7 août à Bouaké à l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, Gbagbo a décliné l’invitation pour des raisons d’agenda.
Toutefois, les deux hommes n’excluent pas une rencontre physique dans les semaines à venir, dans un contexte politique marqué par les tensions liées à la question de l’éligibilité de certains candidats de l’opposition.
Une candidature contestée
Laurent Gbagbo est candidat déclaré à la présidentielle d’octobre. Mais il demeure pour l’heure inéligible, sa radiation des listes électorales n’ayant pas été levée. En cause : sa condamnation dans l’affaire dite du « casse » de la BCEAO, survenu lors de la crise post-électorale de 2010-2011. Une situation qu’il conteste vigoureusement et contre laquelle il a engagé des démarches pour obtenir sa réinscription.
D’autres figures de l’opposition, comme Charles Blé Goudé ou Guillaume Soro, se retrouvent également écartées de la course pour des raisons similaires, ce qui alimente les crispations.
Par ailleurs, cette reprise de contact intervient dans un contexte où le président Ouattara a récemment exprimé sa volonté d’organiser un scrutin apaisé. Pour preuve, lors de sa déclaration de candidature le 29 juillet dernier, il a assuré qu’il mettrait tout en œuvre pour garantir la sécurité et la sérénité du processus électoral.
Le dernier appel entre les deux hommes remontait au 23 février 2024, à l’initiative de Gbagbo, qui avait alors tenu à remercier Ouattara pour la grâce accordée à plusieurs anciens responsables militaires, dont le général Bruno Dogbo Blé et son adjoint Paulin Gnatoa Katé. Cette mesure, prise peu après la victoire des Éléphants à la CAN 2024, visait à décrisper le climat politique.
Des relations en dents de scie
Malgré l’absence d’échange direct pendant plus d’un an, les deux hommes ne s’étaient pas totalement coupés l’un de l’autre. Le dialogue se poursuivait par le biais d’émissaires : figures politiques, religieux, diplomates ou hommes d’affaires. Le président avait d’ailleurs fait transmettre plusieurs messages à Gbagbo, l’exhortant à éviter les tensions dans le pays.
Déjà en 2022, Ouattara lui avait accordé une grâce présidentielle. Mais cette décision n’a pas permis à l’ancien président de recouvrer ses droits civiques. Seule une amnistie pourrait lui permettre de redevenir pleinement éligible.
Vers une recomposition politique ?
Aujourd’hui, Laurent Gbagbo tente de fédérer les forces de l’opposition autour d’un « Front commun », aux côtés notamment de Tidjane Thiam, président du PDCI, lui aussi radié des listes électorales. Ensemble, ils entendent peser dans la bataille électorale, à travers des actions « constitutionnelles et pacifiques », portées notamment par le mouvement « Trop c’est trop », lancé par Gbagbo en juin dernier. Une marche est même prévue pour le samedi 09 août 2025, quelques jours après la célébration de l’indépendance.
Une question revient à l’esprit: la reprise du dialogue entre Ouattara et Gbagbo pourrait-elle ouvrir la voie à une décrispation durable ? À moins de trois mois d’un scrutin aussi important, les regards sont désormais tournés vers un éventuel tête-à-tête entre les deux hommes, dont le duel politique n’a jamais réellement cessé.
Abran Saliho avec Jeune Afrique







