
Lutte contre les féminicides et VBG: WILDAF Côte d’Ivoire mobilise les femmes leaders d’Abidjan
Lemandatexpress – Face à la recrudescence alarmante des violences basées sur le genre et des féminicides en Côte d’Ivoire, le réseau WILDAF Côte d’Ivoire (Women in Law and Development in Africa) a lancé, le mercredi 3 février à Yopougon, une série d’ateliers de formation dans le cadre du projet « Stop au féminicide », financé par le Fonds d’Action Rapide (UAF).
Porté par un réseau d’organisations engagées pour la promotion et la protection des droits des femmes, ce projet est né d’un constat sans appel, les féminicides, forme extrême des violences basées sur le genre, prennent une ampleur inquiétante et ne peuvent plus être passés sous silence. Selon une étude menée en 2022, 47 cas de féminicides ont été recensés en Côte d’Ivoire. Pour la seule année 2025, au moins 10 cas ont déjà été rapportés par la presse, sans compter ceux restés dans l’ombre, notamment dans les zones reculées.
« Tuer une femme parce qu’elle est une femme mérite d’être nommé. Le féminicide est une réalité et nous devons y faire face collectivement », a déclaré Fadiga Massogbé, chargée de programme du réseau WILDAF Côte d’Ivoire.

L’atelier de Yopougon marque la première étape d’une formation destinée aux femmes leaders d’associations et de groupements féminins des communes de Yopougon, Abobo et Port-Bouët. À raison de 30 femmes formées par commune, l’objectif est de créer un noyau de leaders communautaires capables de prévenir les violences, détecter les cas à risque et orienter efficacement les survivantes vers les services appropriés.
La formation aborde notamment la définition du féminicide, les différentes formes de violences basées sur le genre, les mécanismes de dénonciation existants, ainsi que les lois ivoiriennes protégeant les femmes. Contrairement aux idées reçues, les intervenants ont insisté sur le fait que le combat contre les violences n’est ni une opposition aux hommes ni une remise en cause des valeurs africaines.
« Nous restons femmes, nous restons africaines, attachées à nos principes et à nos valeurs. Mais la violence ne fait pas partie de nos valeurs », a souligné la représentante de WILDAF.
Consultant-formateur, Yao Kra Félix, spécialiste en santé sexuelle et reproductive, a rappelé qu’une femme sur trois en Côte d’Ivoire est victime de violences basées sur le genre. Pour lui, la lutte passe avant tout par la prévention, la sensibilisation et surtout la dénonciation. « Se taire, c’est mourir à petit feu. Même sans ressources, mieux vaut sauver sa vie que rester dans un environnement violent », a-t-il martelé, appelant également à un meilleur accompagnement économique des femmes survivantes.
Parmi les participantes, Tro Micheline, membre d’une association de femmes commerçantes de marché, s’est dite profondément marquée par les échanges.
« Avant, on entendait le mot féminicide à la télévision sans vraiment comprendre. Aujourd’hui, je sais ce que c’est et je vais transmettre ce que j’ai appris aux femmes de mon marché », a-t-elle confié. Psychologue à l’ONG SOS Violence Sexuelle, Guy Doriane a, pour sa part, insisté sur l’importance de la libération de la parole.
« Parler, c’est déjà 50 % de la guérison », a-t-elle affirmé, appelant les victimes à ne plus rester seules face à la violence. Cette formation s’inscrit dans la continuité des actions de WILDAF Côte d’Ivoire, notamment le projet « Voix des survivantes », qui a permis de recueillir les témoignages de 27 survivantes de violences basées sur le genre.
Prévue comme une phase pilote, l’initiative « Stop au féminicide » ambitionne de poser les bases d’une mobilisation communautaire durable. Après Yopougon, les ateliers se poursuivront à Port-Bouët et Abobo les 4 et 5 février.
A la fin de chaque séance de formation, WILDAF donne des guides aux participantes.
Sidoine Koffi







