
Côte d’Ivoire : Amnesty lance un appel d’urgence pour la libération des femmes enceintes détenues
Lemandatexpress – Cinq mois après la vague de répression liée à l’élection présidentielle d’octobre 2025, le pôle pénitentiaire d’Abidjan est au cœur des critiques. Amnesty International dénonce des détentions arbitraires, visant notamment des femmes enceintes arrêtées lors de simples rafles, loin de toute activité militante.
Le rapport publié ce jour par l’organisation de défense des droits humains dresse un constat alarmant. Parmi les centaines de personnes interpellées en marge des manifestations de l’opposition, le sort de trois femmes enceintes cristallise l’indignation.
L’une d’elles, commerçante et mère de quatre enfants, a été condamnée à trois ans de prison ferme. Son tort ? Avoir vendu des jus de fruits à proximité d’un rassemblement le 11 octobre dernier. Une autre, enceinte de six mois, purge la même peine pour avoir été trouvée en possession d’un tee-shirt aux couleurs d’un parti d’opposition.
« Ces femmes ont été prises lors de rafles, alors qu’elles vaquaient à leurs occupations. Elles se trouvent dans un environnement qui n’est pas propice au bon déroulement d’une grossesse », alerte Maître Sylvain Tapi, leur avocat.
Au-delà de la condition physique de ces détenues, c’est le cadre légal des condamnations qui est pointé du doigt. Amnesty International documente des procès tenus en première instance sans la présence d’avocats, bafouant les droits élémentaires de la défense.
Les chefs d’accusation — « troubles à l’ordre public » ou « participation à une marche interdite » — semblent, selon l’ONG, appliqués de manière indiscriminée à des passants ou des travailleurs qui se trouvaient simplement « au mauvais endroit au mauvais moment ».
Face à cette situation, Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International, exhorte les autorités ivoiriennes à une réaction immédiate. L’organisation demande :
- La libération immédiate des personnes détenues sans fondement prouvé.
- L’accès aux soins prénataux urgents pour les femmes enceintes.
- Le respect des obligations internationales, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Pour rappel, le scrutin du 25 octobre 2025, qui a vu la victoire d’Alassane Ouattara, s’est déroulé dans un climat de violence et de restriction des libertés. L’interdiction générale de manifester et le déploiement de 44 000 membres des forces de sécurité ont conduit à près de 700 arrestations à travers le pays.
Nicaise B. avec Sercom







