
Côte d’Ivoire : La fin de la crise du cacao se profile avec l’écoulement des stocks restants
Un pas décisif vient d’être franchi dans la gestion de la crise du cacao en Côte d’Ivoire. Réunis à la Caistab, au Plateau, les acteurs de la filière ont annoncé, jeudi, un accord autour de l’enlèvement effectif des stocks résiduels. Une étape majeure qui marque l’entrée dans la phase finale d’une crise ayant durement affecté producteurs et coopératives.
L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse présidée par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, en présence du directeur général du Conseil du Café-Cacao (CCC), Yves Brahima Koné, et des responsables de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) café-cacao, jeudi 9 avril à la Caistab, au Plateau.
Le message du président de l’OIA café-cacao, Siaka Diakité, a été lu par le 3e vice-président, Obed Blondé Doua. Dans son intervention, celui-ci a insisté sur la portée de l’opération engagée, rappelant que la gestion des stocks résiduels, estimés à plus de 102 000 tonnes réparties dans 1 430 coopératives, arrive à son terme. Il a souligné que l’enlèvement des 23 830 tonnes attribuées à l’OIA constitue la phase finale du processus de déstockage.
« Le traitement des stocks résiduels arrive à son terme », a-t-il affirmé, évoquant une étape décisive vers la normalisation de la filière et un soulagement attendu pour les producteurs. À la suite d’une décision des autorités ivoiriennes, les quotas initialement accordés à certaines entreprises, notamment SITAPA (29 360 tonnes) et TRANSCAO (15 000 tonnes), ont été annulés, puis partiellement réaffectés à l’OIA café-cacao.
Depuis plusieurs mois, la filière est confrontée à une situation difficile, marquée par l’immobilisation des stocks, le blocage des revenus et la fragilisation des producteurs. Face à cette crise, l’État ivoirien a choisi de recentrer ses efforts sur les producteurs et de privilégier une approche concertée avec les acteurs de terrain. Prenant la parole, le ministre Bruno Nabagné Koné a salué l’attitude des producteurs, qu’il a qualifiée de responsable dans un contexte pourtant tendu.
« C’est une posture de responsabilité que vous avez décidé de prendre, que nous saluons », a-t-il déclaré, soulignant que malgré les incompréhensions et les difficultés, les producteurs ont fait le choix du dialogue, de la patience et de l’accompagnement des mesures gouvernementales. Pour lui, cette attitude a été déterminante dans la recherche de solutions et a permis d’éviter une aggravation de la crise.
Le ministre a insisté sur la nécessité de maintenir cet esprit de collaboration entre l’État et les acteurs de la filière, estimant que la sortie durable de crise repose avant tout sur la confiance mutuelle et la concertation.
Il a également rappelé l’effort financier consenti par le gouvernement pour soutenir les producteurs, avec le maintien du prix bord champ à 1 200 FCFA/kg, malgré la baisse des cours internationaux, grâce à une mobilisation exceptionnelle de 231 milliards FCFA.
Dans la dynamique de relance, il a invité les producteurs à tourner définitivement la page de la campagne principale 2025–2026, à s’engager pleinement dans la campagne intermédiaire et à anticiper dès à présent la prochaine campagne 2026–2027.
De son côté, le Directeur général du CCC, Yves Brahima Koné, s’est réjoui de la sortie progressive de crise, tout en apportant des précisions sur certaines irrégularités relevées. « Il s’agit des planteurs qui ont été recensés mais qui n’ont jamais livré 1 kilo », a-t-il expliqué, évoquant des anomalies constatées lors de l’inventaire des stocks. Il a rappelé que la crise s’inscrit dans un contexte mondial difficile, tout en saluant le soutien exceptionnel de l’État.
Il a également mis en garde contre les risques liés au stockage prolongé du cacao, qui peut altérer sa qualité et compliquer sa commercialisation. Soulignant les bonnes performances enregistrées en mars dans la campagne intermédiaire, il a invité l’ensemble des producteurs à s’y engager sans délai. Au-delà de l’enjeu immédiat, les acteurs de la filière appellent à une mobilisation collective pour une relance durable, fondée sur la cohésion, la responsabilité et la transparence.
Avec l’enlèvement imminent des 23 830 tonnes restantes, la Côte d’Ivoire amorce une phase décisive de normalisation. L’objectif est clair à savoir, soulager les producteurs, stabiliser la filière et consolider la place du cacao comme pilier de l’économie nationale, dans un contexte mondial encore incertain.
Mathias Kouamé







