Côte d’Ivoire: « Il ne faut pas que le futur organe électoral soit le fruit d’une action unilatérale du gouvernement », prévient l’opposition
Réunis mercredi 9 septembre avec le PDCI-RDA, plusieurs partis de l’opposition ont affiché leur volonté de parler d’une seule voix et d’obtenir du gouvernement l’ouverture d’un dialogue avant l’examen de tout projet de texte par le Parlement relativement à la réforme du futur organe électoral.
La future architecture électorale continue de mobiliser les formations de l’opposition. Une semaine après une première rencontre au siège du PPA-CI, plusieurs sont le FPI, l’ADCI et le MGC de Simone Gbagbo, ont échangé mercredi avec le PDCI-RDA. Au-delà de leurs divergences politiques, les participants cherchent à construire une position commune sur la future institution appelée à remplacer la Commission électorale indépendante (CEI). Pour Pascal Affi N’Guessan, cette démarche répond à un impératif : parvenir à un accord entre les différentes composantes de l’opposition avant que la réforme n’entre dans sa phase parlementaire. « L’objectif stratégique de cette rencontre, c’est l’unité d’action de l’opposition autour de la problématique d’un organe électoral transparent et inclusif », a expliqué le président du FPI.

Construire une proposition commune
Pour Affi N’Guessan, l’unité recherchée ne signifie pas que les partis doivent nécessairement avoir une vision identique du futur organe. Chacun peut défendre ses propres propositions. L’essentiel est de parvenir à un socle commun permettant à l’opposition d’aborder d’éventuelles discussions avec le gouvernement en ordre relativement uni. Cette recherche de consensus constitue donc l’un des principaux objectifs des consultations engagées ces derniers jours. Le président du FPI estime que les forces de l’opposition doivent pouvoir présenter une proposition commune sur les principes devant régir le futur dispositif électoral.

Mais cette démarche ne peut, à ses yeux, être dissociée de la volonté d’obtenir un cadre de dialogue avec les autorités. « Il faut d’abord que nous puissions obtenir du gouvernement l’ouverture d’un dialogue sur le futur organe », insiste-t-il. Pour le dirigeant politique, la méthode compte autant que le résultat. La nouvelle institution ne devrait pas être conçue uniquement par l’exécutif avant d’être présentée aux représentants de la Nation. « Il ne faut pas que ce futur organe soit le fruit d’une action unilatérale du gouvernement », prévient-il.
Le débat politique avant le passage au Parlement
C’est à ce niveau que le calendrier institutionnel prend toute son importance. Affi N’Guessan souhaite que les discussions entre le gouvernement et les forces politiques aient lieu avant la transmission d’un éventuel projet aux députés. « Le véritable débat doit donc se tenir avant la rentrée parlementaire », affirme-t-il.
L’idée défendue est de parvenir à un compromis politique en amont du processus législatif. Une fois le texte soumis à l’Assemblée nationale, le débat changera en effet de nature et se déroulera dans un cadre institutionnel où les marges de négociation pourraient être différentes. Pour l’opposition, il s’agit donc de ne pas attendre l’ouverture des travaux parlementaires pour commencer à discuter du contenu de la réforme. Les rencontres actuelles doivent permettre de clarifier les positions et d’identifier les points de convergence.
Une réforme qui doit intégrer les préoccupations de l’opposition
Le président du FPI considère par ailleurs que le gouvernement dispose d’un argument qui plaide en faveur de la concertation. Les autorités ivoiriennes ont expliqué que la dissolution de la CEI répondait notamment aux préoccupations exprimées par l’opposition. Dès lors, estime-t-il, la réforme destinée à mettre en place le nouvel organe devrait logiquement tenir compte de ces préoccupations. « Comment les préoccupations de l’opposition peuvent-elles être prises en compte s’il n’existe pas de cadre d’échange ? », interroge-t-il.
Pour Affi N’Guessan, l’ouverture d’un espace de discussion apparaît ainsi comme une conséquence logique de la réforme engagée par le gouvernement. Il estime que la concertation permettrait non seulement de confronter les différentes propositions, mais aussi de donner davantage de légitimité au futur dispositif.
Le président du FPI rappelle également que le gouvernement a cherché à s’inspirer des expériences d’autres pays africains en matière d’organisation électorale. Une démarche qu’il ne remet pas en cause, mais dont il souhaite qu’elle soit complétée par une écoute des acteurs politiques nationaux. « On ne pourrait pas comprendre qu’il aille aussi loin et qu’il refuse ensuite d’écouter les acteurs politiques nationaux », soutient-il.

Tirer les leçons des crises passées
Derrière le débat institutionnel se profile une préoccupation plus large : celle de la confiance électorale. La composition et le fonctionnement de l’organe chargé d’organiser les scrutins ont régulièrement alimenté les tensions entre pouvoir et opposition. Affi N’Guessan veut éviter que la nouvelle réforme ne reproduise ces difficultés. Il cite notamment les épisodes de 2001 et de 2025 comme des situations dont les acteurs ivoiriens doivent tirer les enseignements.
L’objectif affiché est de créer les conditions nécessaires pour que les prochaines élections se déroulent dans un climat plus serein, avec davantage de confiance entre les différentes parties. « Cela est nécessaire au nom de la paix et de la stabilité », affirme-t-il. Le président du FPI ne brandit toutefois pas, à ce stade, de stratégie de confrontation en cas de désaccord. À la question de savoir quelle alternative serait envisagée si le gouvernement refusait les propositions de l’opposition, il répond : « Nous continuerons à travailler pour qu’il les accepte. » Cette posture traduit la volonté de maintenir la pression tout en privilégiant la voie du dialogue.
La rencontre avec le PDCI-RDA marque ainsi une nouvelle étape dans la recherche d’une position commune. À travers ces consultations, les différentes composantes de l’opposition veulent éviter de se présenter dispersées face au gouvernement sur un dossier aussi sensible.
Martial Galé







