Marché carbone : Les acteurs financiers appelés à saisir les opportunités d’investissement

Lemandatexpress – Abidjan accueille, du mardi 15 au mercredi 16 septembre 2026, un atelier sous-régional consacré au renforcement des capacités des acteurs financiers sur les mécanismes du marché carbone et les opportunités de financement liées à la transition vers une économie sobre en carbone.

Les travaux, qui se tiennent au Plateau, réunissent pendant deux jours des acteurs de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Togo et du Bénin. Ils visent à renforcer leur compréhension des marchés carbone et des mécanismes opérationnels de l’Article 6 de l’Accord de Paris, tout en mettant l’accent sur leurs implications pour le secteur financier.

Il s’agit notamment de permettre aux participants de mieux identifier et maîtriser les risques climatiques, réglementaires et financiers liés aux marchés carbone et à la transition bas-carbone. La rencontre entend également mettre en lumière les nouvelles opportunités de financement et d’investissement, notamment à travers les crédits carbone, les projets climatiques et les instruments financiers innovants.

Intervenant au nom du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, la directrice de cabinet adjointe, Indica Yanni-Domingo, a souligné l’urgence d’une mobilisation accrue des ressources financières. « L’urgence climatique constitue désormais un défi majeur pour l’économie et les finances », a-t-elle déclaré.

Elle a rappelé que, dans le cadre de l’Accord de Paris, la Côte d’Ivoire s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 33,07 % à l’horizon 2030. Cette ambition, a-t-elle expliqué, vise notamment à protéger les populations, préserver les écosystèmes et soutenir une croissance durable.

La réalisation de ces objectifs nécessite toutefois des moyens importants. Le coût global de l’action climatique en Côte d’Ivoire est estimé à 32 925 milliards de FCFA, dont 5 948 milliards de FCFA de financement national inconditionnel et 26 977 milliards de FCFA de ressources conditionnelles destinées notamment aux actions d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. « Face à ces besoins, le marché carbone apparaît comme une opportunité pour attirer davantage d’investissements verts », a relevé Indica Yanni-Domingo.

Pour la représentante du ministère, les banques, les compagnies d’assurances, les fonds d’investissement ainsi que les autorités de régulation ont un rôle important à jouer dans la mobilisation des capitaux et la maîtrise des risques. La rencontre doit ainsi contribuer à mieux faire connaître les marchés carbone, à anticiper leurs risques et à favoriser des partenariats entre les secteurs public et privé.

Coordonnateur de l’Alliance ouest-africaine sur le marché carbone et la finance climatique, Ousmane Sarr a, pour sa part, appelé les acteurs financiers à passer d’une position d’observation à une implication concrète dans le développement de ces marchés. Selon lui, la demande mondiale de crédits carbone, estimée entre 1 et 2,5 milliards de dollars en 2024-2025, pourrait atteindre 10 à 50 milliards de dollars à l’horizon 2030, sous l’effet notamment de la mise en œuvre de l’Article 6 de l’Accord de Paris et du rapprochement progressif des marchés volontaires et de conformité.

Dans cette dynamique, il estime que les banques, les assurances, les institutions de microfinance et les marchés financiers régionaux doivent participer à la structuration, au financement et à la gestion des risques des projets climatiques. À travers la West African Alliance Academy on Carbon Markets, l’Alliance entend renforcer les compétences des acteurs de l’écosystème et contribuer à l’émergence d’une offre financière adaptée.

La secrétaire technique du Bureau du Marché Carbone, Rachel Boti, a indiqué que les assises permettront également de confronter les cadres réglementaires des pays participants, d’examiner des cas concrets et d’explorer les mécanismes de financement climatique. Il s’agira, a-t-elle précisé, de « co-construire des pistes d’action pour une implication accrue du secteur financier dans le développement des projets carbone ».

Elle a rappelé que le renforcement des capacités constitue un enjeu majeur pour permettre aux acteurs locaux, notamment bancaires et financiers, de prendre pleinement part à ce marché. Depuis le début de ses activités, le Bureau du Marché Carbone mène des actions de formation au profit de plusieurs catégories d’acteurs, notamment dans les secteurs de l’énergie, des déchets et de l’agriculture, ainsi qu’auprès des parlementaires, étudiants, organisations de la société civile et acteurs du secteur privé.

De son côté, la directrice pays de la Fondation IDH, Stéphanie Kadio, a estimé que les échanges entre régulateurs, institutions financières et partenaires techniques devraient contribuer à poser « des bases solides pour l’émergence de produits financiers innovants au service de la transition bas-carbone de la Côte d’Ivoire et de la sous-région ».

Créé en 2024 par les autorités ivoiriennes, le Bureau du Marché Carbone est chargé de faciliter l’accès aux financements carbone, tout en veillant à la transparence et à la crédibilité des projets. L’atelier sous-régional s’inscrit ainsi dans la volonté de renforcer l’expertise des acteurs financiers et de favoriser une meilleure mobilisation des capitaux en faveur de l’action climatique en Afrique de l’Ouest.

Kouassi N’Goran

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