À la faveur d’un atelier initié par l’Organisation internationale du travail (OIT) à Yamoussoukro, concernant les revenus des producteurs dans la cacaoculture, Dr Bongué Mamadou, directeur chargé des projets et du suivi-évaluation au Conseil du Café-Cacao, s’est confié au « Mandat ».
Docteur, quelle importance revêt pour vous cet atelier sur le dialogue social et l’amélioration des revenus dans la cacaoculture, initié par l’Organisation internationale du travail (OIT) ?
C’est une activité qui entre dans notre stratégie de travail. Et cette stratégie consiste à travailler avec tous les partenaires qui tournent autour du café-cacao, dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie et de travail des planteurs. Pour nous, il est important qu’autour de la question de l’amélioration des revenus des producteurs de café et de cacao, il y ait un dialogue. C’est en cela que nous-mêmes, au sein du Conseil du Café-Cacao, nous avons une plateforme de partenariat public-privé qui regroupe tous les acteurs de la chaîne de valeur du cacao et qui travaille autour de plusieurs thématiques, dont la question de l’amélioration des revenus des producteurs.
Qu’attendez-vous à la sortie de cet atelier ?
À la sortie de cet atelier, nous attendons qu’il y ait un consensus autour de la question de l’amélioration des conditions de vie et de travail des planteurs. Nous souhaitons que l’ensemble des acteurs qui se réunissent ici pour cet atelier puisse faire ressortir une feuille de route de dialogue, de sorte qu’on ait quelque chose de concret en termes de dialogue politique et social autour de la question du revenu des planteurs.
Vous n’êtes pas sans ignorer qu’à chaque fois que le gouvernement, à travers le Conseil du Café-Cacao, fixe le prix, il y a beaucoup de bruits et de tensions autour de ladite question. Tout simplement parce que, de part et d’autre, il n’y a pas de dialogue de façon concrète, malgré le fait que le gouvernement invite les acteurs à la table de discussion et de négociation. Je pense que cet atelier peut être un tremplin pour nous. Cela montre qu’il est important de s’asseoir pour discuter de cette problématique qu’est la question des revenus des producteurs.
Vous avez abordé, dans votre intervention, la complexité de la fixation des prix, ainsi que le mécontentement des producteurs. À quoi doit s’en tenir le producteur face à cette situation ?
Je voudrais dire aux parents producteurs de cacao que l’État ne peut pas fixer un prix au détriment du producteur de cacao. Ce n’est pas possible. Qui dit cacaoculture dit producteur de cacao. S’il n’y a pas de producteur de cacao, il n’y a pas de chocolat. Le producteur de cacao est le maillon essentiel.
Mais malheureusement, dans la distribution de la valeur au niveau de cette chaîne, nous, pays producteurs, ne recevons que 5 % de la valeur parce que le marché est à l’extérieur. Le prix du cacao se discute hors de nos frontières. Nous n’avons pas la maîtrise de la fixation du prix. Parce que nous produisons le cacao, nous ne le consommons pas. C’est là où se trouve la consommation qu’on fixe le prix.
L’État de Côte d’Ivoire a indiqué qu’il faut qu’on s’arrange pour que le producteur ait au moins 60 % du prix garanti, du prix CAF. C’est sur cela que l’État de Côte d’Ivoire s’est engagé. Le Conseil du Café-Cacao travaille en fonction de ce mécanisme.
Le mécanisme de fixation des prix que nous avons est l’un des meilleurs mécanismes qui assure une certaine sécurité du prix aux producteurs. Parce que c’est un mécanisme de garantie de prix par anticipation.
On entend certains parler du Cameroun par rapport à la Côte d’Ivoire. Attention ! Le Cameroun est directement lié au marché. Aujourd’hui, ça peut être bon, mais demain, le marché peut se renverser. Il y a longtemps que nous avons constaté cela. Lorsque le prix était à 2 800 F CFA le kilogramme, le prix sur le marché international était bon. Mais dans un laps de temps de trois mois, les prix se sont effondrés. Au Cameroun, on achetait le cacao à 500 F CFA. Parfois même, ça ne s’achetait pas du tout.
Donc, nous avons décidé de faire le choix d’un mécanisme de vente par anticipation, qui permet de sécuriser le revenu du producteur par avance. Que nos parents producteurs aient confiance en l’État de Côte d’Ivoire. L’État ne peut pas les abandonner.
Parce qu’à côté de la question du prix, il y a plusieurs actions que nous menons en faveur des producteurs. Aujourd’hui, on prend en charge la Couverture maladie universelle (CMU) à 100 %. Le paysan ne débourse aucune somme pour se faire soigner. Nous réalisons des infrastructures socio-économiques : construction de salles de classe, de centres de santé, etc. Nous faisons l’entretien des pistes rurales pour permettre aux producteurs d’écouler leurs produits. Ce qui ne se fait pas dans d’autres pays.
Entretien réalisé à Yamoussoukro par Joseph Kouakou



