Côte d’Ivoire : l’opposition amorce enfin une véritable reconquête du pouvoir…

Longtemps postérisée par le RHDP dans la conquête du pouvoir d’État, l’opposition ivoirienne adopte visiblement une posture à même d’inverser la tendance.

Ligués, en son temps, contre la défunte Commission électorale indépendante (CEI), les partis et groupements de l’opposition affichent désormais une solidarité exceptionnelle en vue de l’édification du nouvel organe. Hormis le PDCI-RDA, ils ont fait chorus dans la formulation de leurs propositions, déposées lundi auprès du ministère de l’Intérieur. Objectif : parler d’une même voix pour exiger l’indépendance et l’impartialité du système à bâtir.

Ainsi, la réforme du cadre électoral, attendue pour remettre à plat le processus des élections en Côte d’Ivoire, livre, en prologue, une leçon très intéressante sur la dynamique évolutive au sein de la classe politique nationale. Celle d’une opposition visiblement prête à amorcer, dans un esprit d’équipe, la reconquête du pouvoir d’État. Une dynamique qui rappelle la décennie 2000-2010, avec notamment la coalition du G7, qui servira de socle à la création du RHDP.

En 2005, face aux réformes engagées par Laurent Gbagbo, sur la base des accords de Linas-Marcoussis, en vue des élections présidentielles, le PDCI-RDA, le RDR, l’UDPCI et le MFA, appuyés par les Forces nouvelles, faisaient bloc. Ces réformes portaient notamment sur la nationalité, la naturalisation ainsi que la définition des pouvoirs et de la composition de la Commission électorale indépendante. Au bout du compte, et même si le débat autour des résultats du second tour de la présidentielle de 2010 continue d’alimenter les narratifs, la coalition d’alors avait considérablement pesé dans le rapport des forces.

Et c’est dans cette logique que l’opposition semble s’engager à l’aune des événements relatifs à la mise en place du nouvel organe électoral. Aujourd’hui, qu’il s’agisse du PPA-CI de Laurent Gbagbo, du FPI d’Affi N’Guessan, du MGC de Simone Gbagbo ou encore de l’ADCI d’Antoine Assalé, l’opposition dans son ensemble semble être arrivée à la conclusion que, seule face à la majorité présidentielle, la victoire relève presque du rêve éveillé. Et c’est une réalité.

Le RHDP, surfant sur les fractures au sein des partis, s’est largement implanté à l’échelle nationale, renforçant par conséquent son poids électoral. Le parti d’Alassane Ouattara, dans son organisation et son maillage territorial, fait figure d’épouvantail. Il en faut plus que l’aura d’un leader politique pour déloger ce mastodonte qu’est devenu le RHDP. C’est pourquoi l’image d’une opposition rassemblée, avec l’éventualité de compter sur le PDCI-RDA, réjouit plus d’un partisan de l’opposition. D’aucuns y voient d’ailleurs un signe d’effarement du RHDP, qui pourrait craindre pour la fin de son règne.

Cela peut relever, peut-être, de simples calculs politiques. Mais si la volonté de rassemblement de l’opposition prend forme à partir de l’édification du nouvel organe électoral, elle peut nourrir l’espoir d’une reconquête du pouvoir d’État.

Il est toutefois trop tôt pour avancer de telles certitudes. Dans un premier temps, la posture alambiquée du PDCI-RDA constitue, à elle seule, un élément de doute dans cette démarche inclusive en gestation. Le parti doyen partage certainement les mêmes ambitions que les autres formations de l’opposition, comme l’a estimé Blé Goudé en marge du dépôt de la proposition commune, lundi. Mais son choix d’une démarche solitaire dans le cadre de cette action questionne. Sans le PDCI-RDA, l’attelage de l’opposition pourrait manquer de poids.

Ensuite, l’expérience des nombreux mouvements d’alliance improductifs ou avortés commande de tempérer l’enthousiasme à l’idée d’une opposition véritablement rassemblée. Comme le dit l’adage, « Qui a bu, boira ». Pulchérie Gbalet a récemment épinglé l’opposition dans un entretien télévisé. En première ligne de la fronde contre la présidentielle d’octobre, cette figure de la société civile a taxé les leaders d’incapables, qui ne mériteraient pas, selon elle, « de diriger les Ivoiriens ».

Au demeurant, il appartient désormais aux responsables du PPA-CI, du COJEP, du FPI, du MGC ou encore de l’ADCI de prouver qu’ils peuvent, contrairement aux appréhensions, mener une lutte coordonnée et commune jusqu’au bout, sans se désarticuler au gré des intérêts mesquins.

AZIZ KRAH

lemandatexpress.net

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