‎Justice transitionnelle en Gambie : les enseignements de Fatou Bensouda à Dakar

lemandatexpress – ‎L’ancienne procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a livré une analyse sans détour des défis majeurs qui guettent la justice transitionnelle en Gambie. C’était lors d’une rencontre stratégique régionale, organisée du 19 au 20 octobre 2026 à Dakar par le ministère gambien de la Justice et l’Institut d’études de sécurité (ISS).

‎S’appuyant sur son expérience d’ancienne procureure générale de la CPI de 2012 à 2021 et sur sa connaissance approfondie du paysage institutionnel gambien, la juriste a mis en lumière les leviers à activer pour réussir cette transition sans concéder l’indépendance nationale.
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‎La résistance politique constitue le premier piège identifié par l’ancienne procureure. Selon elle, les réseaux d’influence des anciens régimes continuent de peser lourdement sur les processus de justice nationaux : « Dans un processus national, les personnes faisant l’objet d’enquêtes et celles qui les ont protégées peuvent encore exercer une influence ». Pour parer à cette menace, elle plaide pour un engagement républicain transpartisan et s’oppose fermement aux partisans de l’amnésie générale : « Vous avez tort ! J’ai vu où cette approche conduit. Une paix construite sur le silence n’est qu’une trêve conclue avec la mémoire. Et la mémoire ne respecte pas les trêves ».
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‎Sur le plan normatif, les juridictions font face à une exigence d’impartialité difficile à tenir dans un environnement très restreint. Mme Bensouda rappelle ainsi que « les juridictions nationales doivent agir dans le cadre du droit national. Cela soulève des questions difficiles, à savoir les crimes qui n’étaient pas définis au moment de leur commission, les délais de prescription, les amnisties ou les immunités, ainsi que l’écart entre ce qu’une commission vérité peut établir et ce qu’un tribunal pénal peut prouver ». Cette proximité géographique et sociale entre bourreaux, victimes et fonctionnaires complique la tâche du système judiciaire.
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‎En effet, « dans un petit pays, les personnes qui ont souffert, celles qui ont causé ces souffrances et celles qui ont travaillé au sein des institutions de l’époque vivent souvent côte à côte. De nombreuses personnes occupant des fonctions publiques dans différentes institutions ont vécu et travaillé pendant ces 22 années », ce qui altère la perception d’impartialité des institutions.
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‎La vulnérabilité des témoins représente une autre menace systémique que Fatou Bensouda juge particulièrement préoccupante : « L’obstacle sécuritaire est le danger qui me touche le plus personnellement. À la Cour pénale internationale, j’ai vu des dossiers solides s’affaiblir et s’effondrer parce que des témoins avaient été intimidés, soudoyés ou simplement épuisés par le temps ».
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‎Pour prémunir les victimes et les témoins contre les représailles de suspects résidant parfois dans le même quartier, l’ancienne procureure recommande d’anticiper la création d’un dispositif solide : « Ce système doit bénéficier d’un fondement juridique, d’un financement sécurisé et de la possibilité de relocaliser les personnes concernées, y compris dans d’autres pays de la région, avec l’aide de nos voisins ».
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‎Enfin, la pérennité financière et matérielle du mécanisme demeure le dernier grand défi à relever. Afin de préserver la justice transitionnelle des aléas budgétaires et d’une dépendance morcelée vis-à-vis des bailleurs de fonds, Fatou Bensouda préconise l’inscription d’une ligne budgétaire nationale sacralisée, couplée à un appel de fonds unique et global destiné aux partenaires internationaux pour couvrir l’ensemble du système de manière intégrée.
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‎Zéphirin Gohia

lemandatexpress.net

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