
Interview/Mamadou Touré : « L’après-Alassane Ouattara n’est pas à l’ordre du jour »
Mamadou Touré, Porte-parole adjoint du RHDP et du gouvernement, reconduit comme ministre de
la Promotion de la jeunesse, évoque les priorités et les aspirations du parti
présidentiel, devenu hégémonique sur la scène politique ivoirienne.
Et répond aux
inquiétudes de l’opposition.
L’année 2025 s’est achevée sur un nouveau triomphe électoral pour le
Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui a
remporté plus de 77 % des sièges de l’Assemblée nationale. Une victoire qui
intervient deux mois après la réélection d’Alassane Ouattara à un quatrième
mandat, avec 89,77 % des suffrages exprimés, et une situation d’hégémonie qui
place le parti présidentiel sous le feu des critiques de l’opposition, dont une partie
se trouve menacée d’extinction.
Membre du directoire et porte-parole adjoint du RHDP, reconduit au poste de
ministre de la Promotion de la jeunesse lors du remaniement du 23 janvier,
Mamadou Touré, qui vient par ailleurs d’être réélu député dans sa circonscription
de Daloa, évoque pour Jeune Afrique les défis de la gouvernance et de l’inclusivité
en Côte d’Ivoire ainsi que les perspectives du parti et ses priorités dans un paysage
politique en pleine recomposition.
Le RHDP s’est imposé de manière écrasante lors des législatives du 27 décembre dernier, en remportant 197 des 255 sièges de
l’Assemblée. Que répondez-vous aux opposants qui craignent que cette
situation ne rapproche le pays d’un retour au parti unique ?
L’opposition ne peut pas nous rendre responsable de ses
échecs et de ses incohérences, elle qui a artificiellement créé une atmosphère de
chaos et de peur pendant toute la période électorale. Le RHDP, quant à lui, est un
parti qui se construit depuis longtemps : il s’est structuré et modernisé au fil des
années et a élargi sa base électorale sur l’ensemble du territoire national. Depuis
2018, que ce soit lors des élections municipales, régionales ou législatives, nous
avons renforcé notre présence partout dans le pays, là où l’opposition a accusé un
net recul.
Cela tient à notre organisation, certes, mais aussi au bilan positif du
chef de l’État, président du parti.
Chaque formation politique aspire à disposer d’une majorité confortable pour
gouverner et mettre en œuvre les réformes et les projets pour lesquels elle a été
portée au pouvoir. L’opposition, qui sera quand même représentée à l’Assemblée
par 32 élus, n’a, elle, présenté aucun projet et s’est enfermée, pour une frange,
dans une logique de boycott. Ces législatives sont pour elle une sanction.
Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo ont tous les deux été exclus des listes
électorales, pour des raisons différentes, et dans l’incapacité de se présenter
à la présidentielle. Le premier, président du Parti démocratique de Côte
d’Ivoire (PDCI), estime que le pays fait face à un « recul de la démocratie » ; l
e second, à la tête du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI),
dénonce un « climat sociopolitique délétère », évoquant l’arrestation de
plusieurs de ses cadres. Comment réagissez-vous à ces critiques ?
Il est regrettable que ces leaders politiques perdurent dans le populisme, dans la
manipulation et dans le mensonge. Cela veut dire qu’ils n’ont tiré aucune leçon de
leur échec.
Pensez-vous qu’un retour du PDCI au sein du RHDP serait souhaitable pour
la stabilité et la gouvernance du pays ?
Cette question n’est pour l’heure pas d’actualité, mais le RHDP est un grand
rassemblement des houphouëtistes. Nous sommes un parti ouvert à toutes les
personnes qui partagent la même vision et les mêmes ambitions que nous pour le
pays, qu’elles soient du PDCI ou d’un autre parti.
Le scrutin législatif a été marqué par un faible taux de participation, de 35,04 %, qui chute à 18 % dans le district d’Abidjan. Comment expliquezvous cette abstention élevée et quelles stratégies proposez-vous pour
remobiliser les électeurs ?
D’abord, ces chiffres sont à relativiser. Il ne faut tirer aucune conclusion hâtive
puisqu’ils restent, au niveau national, dans la moyenne de ceux observés depuis
plusieurs décennies. Maintenant, il revient aux acteurs politiques, au niveau local, de travailler à cette remobilisation des électeurs.
Le pays affiche de bons résultats économiques. Certains Ivoiriens
s’inquiètent cependant de la répartition inégale des richesses et d’une
exclusion en fonction de l’appartenance politique ou ethnique. Comment les
rassurer ?
Tout cela relève de la manipulation et de mensonges orchestrés par une petite
partie de l’opposition. Aujourd’hui, lorsque l’on examine la stratégie de
développement portée par le président Alassane Ouattara et le niveau des
investissements, on constate que l’ensemble de la population, dans toutes les
régions du pays, en bénéficie.
Je ne vois pas comment l’électrification d’une localité pourrait profiter
uniquement aux militants du RHDP, au détriment des sympathisants d’autres
partis. La couverture nationale en électricité est passée de 33 % en 2011 à 97 %
aujourd’hui, et l’inclusivité est bien plus grande qu’avant le premier mandat du
chef de l’État.
De même, lorsque l’on met en place des infrastructures – centres de
santé, routes, approvisionnement en eau potable… –, tout le monde en bénéficie,
sans distinction politique, religieuse ou ethnique.
Autre exemple, les différents programmes mis en place par le ministère de la
Jeunesse couvrent sans distinction l’ensemble des régions et des territoires, qu’ils
soient en milieu urbain ou en milieu rural. Même si certains rechignent à le
reconnaître, et même s’il reste des efforts à faire, la pauvreté et les inégalités ont
reculé au cours de ces quinze dernières années. C’est là aussi le rôle d’un État, et
cet effort se poursuivra dans les prochaines années.
Ceux qui avancent de tels arguments ont eu l’occasion de gérer ce pays, avec pour
bilan l’accroissement de la pauvreté et des inégalités. Ils n’ont aucune leçon à nous
donner.
Lors de son investiture, Alassane Ouattara a réitéré sa promesse d’une
transmission générationnelle. Comment cela va-t-il se traduire ?
Depuis quelques années, le président de la République attache une importance
particulière à la promotion des jeunes et des femmes à tous les niveaux. Nous
constatons que de plus en plus de jeunes occupent des responsabilités dans
l’administration, dans le secteur privé, ainsi que dans les domaines de la culture et
du sport.
Le chef de l’État a rappelé, lors de son discours à la nation, que cette
démarche vise à accompagner l’émergence de profils et de personnalités à tous les
niveaux et dans tous les secteurs : des jeunes compétents et intègres, qui placent
l’intérêt général au-dessus de tout.
En ce qui concerne le RHDP, j’ai eu la responsabilité de coordonner la campagne
« jeunes » pendant la présidentielle. Dans ce cadre, nous avons mis en place
plusieurs structures, notamment une direction centrale des jeunes cadres : elle
regroupe plusieurs centaines de jeunes qui occupent des fonctions importantes
dans l’administration et le secteur privé.
Ils ont animé quotidiennement des
panels sur les actions du chef de l’État de 2011 à 2025, en fonction de leurs
domaines de compétence. Cela a également été l’occasion d’échanger sur le
programme que le président compte mettre en œuvre au cours des cinq
prochaines années. Ce dispositif constitue un véritable vivier de profils très
compétents au service de notre grand parti.
Comment le RHDP envisage-t-il l’après-Alassane Ouattara ?
Quelques mois avant la présidentielle, lors du congrès du parti, le chef de l’État a
été réélu pour un mandat de cinq ans à la tête du RHDP. Plusieurs textes ont été
modifiés dans un souci de modernisation du parti et de renforcement de ses
structures. La question de l’après-Alassane Ouattara n’est pas du tout à l’ordre du
jour au sein du parti.
Le président travaille à la mise en place d’un grand parti capable de gouverner la
Côte d’Ivoire les vingt-cinq prochaines années, à l’image de l’ANC en Afrique du
Sud, qui est au pouvoir depuis plus de trente ans.
Source : Jeune Afrique







