
Crise à l’UNJCI : le dialogue comme ultime exigence démocratique selon Yaya Fofana
Face à la crise que traverse l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), une évidence s’impose : seules la reprise du dialogue, l’organisation d’élections inclusives et l’arbitrage moral du comité des sages peuvent restaurer durablement la confiance et préserver la crédibilité de la presse ivoirienne.
Certaines crises dépassent les individus pour devenir des moments de vérité collective. Celle que connaît aujourd’hui l’UNJCI appartient incontestablement à cette catégorie. Elle ne concerne pas uniquement une organisation professionnelle ; elle interroge, plus profondément, la maturité démocratique de notre pays.
Car lorsque ceux qui observent la République se retrouvent eux-mêmes en conflit, c’est toute la République qui se regarde dans un miroir.
Les journalistes face à leur propre exigence
Les journalistes ne sont pas des acteurs ordinaires de la vie publique. Ils sont les gardiens de la parole collective, les témoins critiques du pouvoir et les éclaireurs de l’opinion. Leur mission dépasse la simple diffusion de l’information : elle consiste à rendre possible le débat public.
Or, le débat ne survit que là où les règles sont respectées et où le dialogue demeure ouvert.
Une démocratie peut supporter la contradiction. Elle survit difficilement à la rupture du dialogue.
La crise actuelle rappelle une exigence fondamentale : on ne défend pas la transparence sans l’appliquer à soi-même. On ne réclame pas le respect des institutions sans respecter ses propres institutions. Et l’on ne peut prétendre protéger la démocratie tout en laissant s’installer la défiance au sein même de la maison commune des journalistes.
L’héritage du dialogue
Dans ces heures d’incertitude, la Côte d’Ivoire dispose pourtant d’un héritage politique précieux. Le président Félix Houphouët-Boigny avait compris une vérité essentielle : le dialogue n’est pas une faiblesse, mais la forme la plus élevée de la force politique.
Dialoguer ne signifie pas céder. Dialoguer, c’est refuser que les désaccords deviennent des fractures irréparables.
L’esprit houphouëtiste n’est pas un souvenir figé. Il demeure une méthode : celle du compromis, de la responsabilité et de l’intelligence de la paix.
Le journalisme, par essence, est un métier de lien. Il relie les citoyens à la vérité, les institutions à la critique et les divergences à la discussion. Lorsque ce lien se rompt entre journalistes eux-mêmes, c’est la confiance publique qui vacille. Or, la confiance constitue le socle invisible de toute démocratie stable.
Une crise morale avant d’être électorale
Il faut le dire avec gravité : cette crise ne se résume ni à une élection contestée ni à une interprétation de textes. Elle touche au capital moral d’une profession dont la crédibilité représente l’un des piliers de la République.
Aucune victoire de circonstance ne vaut la fragilisation durable d’une institution commune. Aucune défaite ponctuelle ne justifie la remise en cause du cadre collectif.
Une organisation de journalistes n’est pas un champ d’affrontement permanent. Elle est une institution morale appelée à inspirer confiance à la Nation entière.
L’heure n’est donc plus à la démonstration de force, mais à la démonstration de maturité.
Reconnaître que chacun porte une part de responsabilité dans l’escalade n’est pas un aveu de faiblesse. C’est le premier acte du courage démocratique. Prendre de la hauteur, c’est comprendre que l’intérêt supérieur de la profession dépasse toujours les victoires individuelles.
La voie de sortie : légitimité et sagesse
Une UNJCI forte suppose des journalistes forts — non par la radicalité des positions, mais par la fidélité aux règles, l’acceptation de la contradiction et la volonté de préserver le bien commun.
Face à l’impasse actuelle, une issue s’impose avec clarté : l’organisation d’élections inclusives, ouvertes et incontestables, permettant à l’ensemble des journalistes d’exprimer librement leur choix et de désigner souverainement leur président.
La légitimité ne peut naître que d’un suffrage accepté par tous. Et la paix durable repose toujours sur un consentement librement exprimé.
Dans ce processus, l’arbitrage du comité des sages apparaît essentiel. Par leur expérience, leur recul et leur autorité morale, ils peuvent garantir une sortie de crise apaisée, capable de restaurer la confiance et de consolider durablement l’organisation.
Quelle leçon pour demain ?
La véritable question posée aujourd’hui est simple : quelle image la profession veut-elle laisser à la génération qui observe ?
Celle d’une corporation divisée par ses tensions, ou celle d’une communauté capable de transformer le conflit en progrès démocratique ?
L’histoire retiendra moins les désaccords que la manière dont ils auront été dépassés.
La Côte d’Ivoire s’est construite sur une culture politique rare : celle du dialogue préféré à la rupture. Les journalistes, plus que quiconque, ont la responsabilité de préserver cet héritage vivant.
Car une Nation demeure forte lorsque ceux qui veillent sur sa conscience collective démontrent que, même dans la tempête, la parole reste possible.
Retrouver l’esprit du dialogue aujourd’hui, ce n’est pas revenir en arrière. C’est rappeler que la paix exige une discipline intérieure faite de respect, de droit et d’écoute.
C’est à ce prix seulement que cette crise pourra devenir non pas une fracture, mais un moment de maturité démocratique pour la presse ivoirienne — et pour la Nation tout entière.
Car lorsque les journalistes choisissent librement leur président, c’est toute la démocratie ivoirienne qui respire.
Izou Dine







