
Le PDCI-RDA secoué par une assignation en annulation de l’élection de Tidjane Thiam
Un vent de tempête souffle sur le plus vieux parti de Côte d’Ivoire. M. Tchétché Abié Charles, cadre et membre du Bureau Politique, a saisi le Tribunal de Première Instance d’Abidjan pour contester la légalité de l’élection de Cheick Tidjane Thiam à la présidence du parti. L’audience est fixée au 9 avril 2026.
La sérénité affichée à la Maison du Parti à Cocody semble voler en éclats. Alors que le PDCI-RDA tente de se mettre en ordre de bataille, une offensive judiciaire vient remettre en cause les fondations mêmes de sa direction actuelle. L’assignation, portée par Me Ouei Hervé, Commissaire de justice, vise l’annulation pure et simple des résolutions du 9ème Congrès Extraordinaire tenu le 12 mai 2025.
Au cœur de l’argumentation du requérant, M. Tchétché Abié Charles, figure la question de l’éligibilité de Tidjane Thiam. S’appuyant sur l’article 08 de la loi de 1993 relative aux partis politiques et l’article 41 des statuts du PDCI, le plaignant soulève un point de droit crucial : la nationalité.
Selon l’exploit d’huissier, l’acquisition volontaire de la nationalité française par M. Thiam en 1987 entraînerait, par application du Code de la nationalité ivoirienne, la perte de sa nationalité d’origine.
« Un citoyen français ne peut diriger un parti politique en Côte d’Ivoire », martèle l’acte d’assignation. À cela s’ajoute le non-respect supposé de la clause des dix ans d’ancienneté au sein du Bureau Politique, condition sine qua non pour briguer la présidence.
Un congrès jugé « clandestin » et irrégulier
Le requérant ne s’attaque pas seulement à l’homme, mais aussi à la forme. Le 9ème Congrès Extraordinaire du 12 mai 2025 est qualifié de « clandestin ».
Plusieurs griefs sont énumérés :
Absence de convention d’investiture : Contrairement aux exigences de l’article 123 du règlement intérieur, le candidat n’aurait pas été investi selon les formes prescrites.
Opacité des listes : Le délai de 30 jours pour la communication de la liste des délégués n’aurait pas été respecté.
Éclatement du scrutin : Le texte souligne que le congrès s’est tenu de façon « éclatée » sur le territoire, au mépris de l’unité de lieu et d’action habituelle au parti depuis 1946.
La carte de « l’empêchement absolu »
Plus surprenant encore, l’assignation plaide, « par extraordinaire », la vacance du poste de président. Le plaignant évoque un « empêchement absolu » de Tidjane Thiam, arguant que ce dernier résiderait à l’étranger depuis plus d’un an, rendant impossible la direction effective du parti.
L’acte pointe du doigt une gestion par « visio-conférence » et une « mésintelligence » croissante entre les militants, illustrée par des défections et des contestations internes. En conséquence, il est demandé au Tribunal de nommer un président par intérim, conformément à l’article 40 des statuts, afin d’assurer la continuité de l’ordre public.
Quel avenir pour le PDCI ?
Cette procédure judiciaire intervient dans un climat politique déjà tendu. Si le tribunal accédait aux requêtes de M. Tchétché Abié Charles le 9 avril prochain, le PDCI-RDA se retrouverait sans tête officielle à quelques mois d’échéances cruciales.
L’article 40 des statuts du PDCI prévoit qu’en cas d’empêchement absolu du Président, l’intérim est assuré par le doyen d’âge des Vice-Présidents pour une durée maximale de six mois.
Hilaire GUEBY







