
Santé publique et pollution – Dr Kouamé Corneille (Coordonnateur du projet uPOPCI) : «Les déchets électroniques peuvent provoquer cancers et troubles graves »
Lemandatexpress – Dans un environnement marqué par la problématique de la pollution, les déchets d’équipements électriques (DEEE) suscitent un vif intérêt. Dans cet entretien, le coordonnateur du projet uPOPCI, Dr Kouamé Corneille, revient sur les actions menées pour améliorer la gestion des déchets industriels en Côte d’Ivoire. Il explique les enjeux liés aux polluants organiques persistants, les risques pour les populations et les solutions envisagées, notamment à travers la mise en place de centres de démantèlement.
Coordonnateur du projet uPOPCI, dites-nous quelle est la matrice d’action de ce programme ?
Avant de répondre à cette question, permettez-moi de rappeler succinctement que le projet uPOPCI est issu du FEM (Fonds pour l’environnement mondial). C’est un projet pilote, financé par le FEM, avec pour agence d’exécution l’ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel) en Côte d’Ivoire. Il vise la gestion rationnelle des polluants organiques persistants non intentionnels (POPni) et des diphényles éthers polybromés, afin de réduire les émissions du secteur des déchets industriels. Sa zone d’exécution est, bien entendu, le district d’Abidjan. Pour revenir à votre question, la matrice de notre projet s’articule autour de trois points essentiels. D’abord, la mise en place d’un cadre légal et le renforcement des capacités institutionnelles. Ensuite, la mise à niveau des capacités opérationnelles de tous les acteurs du secteur. Enfin, la création d’activités commerciales autour de la gestion de ces déchets.
Comment le projet se décline-t-il sur le terrain ?
Il faut savoir, avant toute chose, que des études et des enquêtes ont été menées pour répertorier les acteurs et les zones de concentration des activités liées à ces polluants. Ensuite, des tests ont été réalisés pour améliorer la gestion de ce milieu. Par ailleurs, des formations et des campagnes de sensibilisation ont été organisées à l’endroit des acteurs et des populations, afin de leur faire prendre conscience des dangers liés à ces déchets. Le projet a également permis l’équipement du laboratoire de l’UFR de sciences pharmaceutiques à hauteur de 65 millions de FCFA pour l’analyse des PBDE (diphényles éthers polybromés). En outre, des équipements de protection individuelle ont été distribués. Enfin, l’activité phare du projet reste la construction de deux centres de démantèlement : l’un pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et l’autre pour les véhicules en fin de vie.

Quel impact le projet uPOPCI peut-il avoir sur la gestion des DEEE ?
L’impact du projet est visible. Au niveau institutionnel, il contribue à la mise en place d’un cadre légal. Au niveau des acteurs, il a permis une prise de conscience et un renforcement des capacités, ainsi qu’une amélioration des capacités opérationnelles. Enfin, au niveau des populations, on observe également une meilleure sensibilisation aux dangers des polluants organiques persistants. En somme, le projet uPOPCI favorise une prise de conscience générale et une amélioration des capacités de gestion des déchets DEEE.
À quel point la population est-elle exposée à ces polluants issus des déchets d’équipements électriques et électroniques ?
Le risque est réel, car les populations évoluant dans le secteur des DEEE travaillent souvent de manière informelle, sans protection. Or, ces polluants présentent des caractéristiques dangereuses : ils sont persistants dans les écosystèmes, bioaccumulables et hautement toxiques. Ils peuvent entraîner des risques de cancer, des troubles hépatiques et des troubles immunitaires. De plus, leur grande mobilité leur permet de se disperser sur de longues distances dans l’air, contaminant ainsi de vastes zones. Ainsi, les acteurs qui manipulent ces déchets sans protection s’exposent eux-mêmes à des risques, tout en mettant également en danger les populations.
Et comment ?
Par exemple, le brûlage des câbles pour récupérer le cuivre libère dans l’air des polluants organiques persistants. En raison de leur forte mobilité, ces substances se propagent facilement et contaminent l’environnement ainsi que les populations.
Quelle solution apportent les deux centres de démantèlement dont vous avez parlé tantôt?

Les deux centres de démantèlement du projet uPOPCI, dont l’un est dédié aux DEEE et l’autre aux véhicules en fin de vie, permettront de traiter ces déchets de manière appropriée. Ils offriront des capacités opérationnelles aux acteurs du secteur en leur montrant les bonnes pratiques de démantèlement, afin d’éviter toute contamination. Toutefois, il faut rester mesuré : ces centres ne suffiront pas à résoudre l’ensemble du problème, car il s’agit d’un projet pilote. Nous espérons que le gouvernement, à travers le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, poursuivra les efforts engagés. Nous comptons également sur l’implication du secteur privé pour investir et répliquer ce modèle. À terme, nous souhaitons que les populations prennent pleinement conscience des dangers liés à ces déchets et adaptent leurs comportements.
Quelle est la quantité de déchets d’équipements électriques et électroniques produite chaque année ?
Selon des données de 2019, la Côte d’Ivoire produit environ 30 000 tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques par an. Toutefois, ces chiffres méritent d’être actualisés. Le projet uPOPCI travaille avec les douanes ivoiriennes pour affiner ces données. À cet effet, un atelier organisé le 27 juin 2024 a permis de valider un processus de suivi des importations et de la circulation de ces équipements. Plusieurs acteurs ont participé à cet atelier, notamment les points focaux des conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm, des représentants de ministères techniques (Transport, Commerce, Industrie), les autorités portuaires d’Abidjan et de San Pedro, ainsi que le secteur privé. Ce dispositif permettra, à terme, de disposer de données actualisées et fiables.
Sur quoi porteront vos activités en 2026 ?
En 2026, le projet se concentrera sur l’achèvement de la construction des deux centres de démantèlement, leur équipement et leur mise en service. Il est également prévu de former tous les acteurs appelés à y intervenir. Le projet prévoit en outre d’accompagner une entreprise du secteur des plastiques, afin d’améliorer la gestion des plastiques durs. En définitive, notre objectif est de contribuer à la réduction des polluants en Côte d’Ivoire.
Entretien réalisé par Martial Galé







